Abbas, un « ange de la paix » ?
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Décryptage

Abbas, un « ange de la paix » ?

Le porte-parole en chef du Vatican affirme qu’il « n'a pas entendu ces mots exacts prononcés » par le pape lors de l’entrevue de samedi

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Mahmoud Abbas et le pape François au Vatican, le 16 mai 2015 (Crédit : AFP)
Mahmoud Abbas et le pape François au Vatican, le 16 mai 2015 (Crédit : AFP)

Le Pape at-il appelé le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas un « ange de la paix »? A-t-il, de façon moins spectaculaire, exprimer l’espoir que le chef de l’AP devienne un ange de paix ? Ou François a-t-il dit quelque chose d’autre quand il a à Abbas, lors de leur entrevue au Vatican samedi, un médaillon représentant un ange de paix détruisant le mauvais esprit de la guerre ?

Deux jours plus tard, en dépit des articles sans équivoque de trois des agences de presse les plus éminentes au monde – qui ont informé que le pape a appelé Abbas un « ange de la paix », et en dépit d’un autre article tout aussi clair du journal italien La Stampa – qui indiquait que François a simplement exprimé l’espoir qu’Abbas deviendrait un tel ange, la propre agence de presse du Vatican n’a pas apporté plus de précisions. Et cela pourrait bien être parce que le Vatican n’est pas sûr lui-même de ce qui a été dit.

Le principal porte-parole du Vatican, le père Federico Lombardi, qui était présent lorsque le Pape a accueilli Abbas dans l’appartement papal du palais apostolique, a déclaré au Times of Israël qu’il « n’a pas entendu ces mots exacts prononcés ». Et cela, a précisé Lombardi, « parce qu’ils ont été dit d’une manière très familière entre le Pape et le président palestinien, qui étaient à proximité de l’un et l’autre ».

Pourtant, la description que fait Lombardi des intentions du pape semblait s’éloigner de la phrase « Abbas est un ange », et aller plus vers : « espérons qu’Abbas sera un ange ».

Lombardi a ajouté que François présente souvent aux dirigeants un grand médaillon de bronze rond représentant un ange de paix afin d’encourager leur engagement pour la paix.

« Quand le Pape présente la médaille à un président ou à un chef d’Etat, il offre quelques mots d’explication au sujet de son cadeau ainsi qu’une invitation à s’engager pour la paix pour celui qui le reçoit », a expliqué Lombardi. « Chacun d’entre nous doit être pour les autres et pour le monde un ‘ange de la paix’ ». Le mot ange, dans ce contexte, a expliqué Lombardi, signifie messager.

« En tout cas, le sentiment d’encourager un engagement pour la paix a été très clair, et je crois que le cadeau même du symbole d’un ange de la paix a été faite par le pape avec cette intention, comme tous les précédents cadeaux fait aux présidents, pas seulement à Abbas », a poursuivi Lombardi.

L’essentiel de la couverture médiatique internationale de l’événement, y compris celle du Times of Israël, a été basée sur les articles de l’Associated Press, l’Agence France-Presse ou Reuters, qui ont tous affirmé que le pape avait appelé Abbas « un ange de paix ».

L’Associated Press , par exemple, a indiqué : « François a fait ce compliment au cours de l’échange traditionnel de cadeaux à l’issue d’une audience officielle au Palais apostolique. Il a présenté à Abbas un médaillon et a expliqué qu’il représentait l’ « ange de la paix qui détruit le mauvais esprit de la guerre ». François ajouté qu’il pensait que le cadeau était approprié puisque ‘vous êtes un ange de la paix’. »

Plusieurs blogueurs, journalistes et analystes ont rapidement répliqué que ces articles étaient erronés, certains appelant cela une erreur de traduction de l’italien, d’autres ont évoqué la partialité des médias.

Selon l’édition anglaise du journal italien La Stampa, dans la section « Vatican Insider », le pape aurait déclaré à Abbas : « Que l’ange de la paix détruise le mauvais esprit de la guerre. Je pensais à vous : vous pouvez être un ange de la paix. »

Ni le site du Vatican, ni son agence de presse officielle, n’ont précisé la formulation exacte. Et un communiqué de presse a simplement évoqué des « discussions cordiales » sur un accord entre le Vatican et les Palestiniens. Cet accord, qui doit être signé dans un proche avenir, est considéré par de nombreux observateurs comme l’équivalent d’une reconnaissance officielle par le Saint-Siège de « l’Etat de la Palestine ».

« Puis l’attention s’est tournée vers le processus de paix avec Israël et l’espoir a été exprimé que les négociations directes entre les parties reprennent afin de trouver une solution juste et durable au conflit », a indiqué le communiqué de presse du Vatican. « A cette fin, le souhait a été exprimé qu’avec le soutien de la communauté internationale, les Israéliens et les Palestiniens puissent prendre avec détermination des décisions courageuses pour promouvoir la paix. »

Abbas s’est rendu au Vatican au cours du week-end dernier pour assister à la canonisation de deux religieuses palestiniennes, sœurs Mariam Bawardy et Marie Alphonsine Ghattas.

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