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Allemagne: L’Institut Goethe ne veut plus recevoir un auteur palestinien controversé

Muhammad Al-Kurd devait participer à une conférence sur l'extrême-droite mondiale ; les animateurs de la table ronde se sont retirés, mettant en cause un racisme anti-palestinien

Stuart Winer est journaliste au Times of Israël

Capture d'écran d'une vidéo du pète et activiste Mohammed Al-Kurd s'exprimant lors d'un événement de solidarité aux Nations unies, au mois de novembre 2021. (Crédit : YouTube)
Capture d'écran d'une vidéo du pète et activiste Mohammed Al-Kurd s'exprimant lors d'un événement de solidarité aux Nations unies, au mois de novembre 2021. (Crédit : YouTube)

L’Institut Goethe, qui dépend de l’État allemand, a annulé la participation d’un poète et auteur palestinien qui devait s’exprimer lors d’une conférence à la fin du mois. L’annulation de l’invitation qui avait pourtant été lancée est due à des propos anti-israéliens tenus par l’écrivain. Les deux animateurs de la table ronde à laquelle Al-Kurd devait prendre part se sont retirés de l’événement en signe de protestation.

Muhammad Al-Kurd devait ainsi participer à un panel organisé dans le cadre du sommet « Au-delà du loup solitaire – la Dynamique de la droite mondiale » qui devait avoir lieu à Hambourg, du 23 au 26 juin. Ce rassemblement vise à observer « l’impact des mouvements d’extrême-droite et leurs intrications dans le monde ».

La table ronde en question devait être animée par l’artiste Moshtari Hilal et par l’essayiste Sinthujan Varatharajah, qui habitent tous les deux Berlin et qui avaient invité Al-Kurd pour qu’il participe à un débat consacré au fascisme.

Vendredi, l’Institut a publié sur Twitter un communiqué disant que l’intervention d’Al-Kurd avait été annulée.

« Après réflexion », l’Institut a décidé qu’Al-Kurd « n’est pas un intervenant approprié pour cette tribune », a-t-il annoncé.

« Dans des publications parues dans le passé sur les réseaux sociaux, il a tenu des propos au sujet d’Israël qui ne peuvent être considérés comme acceptables par l’Institut Goethe – et en particulier parce que le prochain sommet vise, entre autres, à débattre des possibilités et des moyens d’améliorer le discours social », a expliqué l’Institut.

Il a ajouté que « le travail nécessaire de coopération interne » n’avait eu lieu qu’après la programmation de la participation d’Al-Kurd.

Dans un communiqué conjoint qui a été publié sur le compte Twitter de Varatharajah, Hilal et ce dernier ont écrit qu’ils se retiraient de l’événement et que « cette annulation vient répondre aux tentatives de la part de l’Institut Goethe d’intervenir dans nos décisions tutélaires et, ce faisant, elle a mis en place un climat de censure antipalestinienne. »

« Le veto opposé par l’Institut Goethe aux appels lancés par Al-Kurd remet en question l’objectif même de cette conférence », ont-ils déclaré, « ajoutant à un climat de racisme antipalestinien ».

« Ce qu’il nous est impossible de tolérer et de soutenir d’une manière ou d’une autre », ont-ils ajouté.

Ils ont accusé l’Institut d’avoir « explicitement décidé » que « les violences qui touchent les Palestiniens ne peuvent être nommées et débattues en Allemagne dans un programme consacré à la dynamique de la droite mondiale, dépréciant ainsi l’oppression palestinienne en considérant qu’elle ne mérite pas de faire l’objet de discussions ».

Affirmant que l’Institut Goethe est « l’ambassade culturelle » de l’Allemagne, il ont noté que le consulat allemand avait ignoré les demandes soumises par Al-Kurd d’un visa pour lui permettre de venir. L’Allemagne, ont-ils poursuivi, épouse « la politique raciste d’étouffement de la dissension palestinienne » sur son territoire.

De son côté, l’Institut a indiqué que « même si nous sommes en désaccord avec le raisonnement qui a entraîné l’annulation de leur participation, nous déplorons cette décision et nous la respectons. » Il a ajouté qu’il avait offert de discuter davantage de la question mais que cette demande n’avait pas été acceptée.

Al-Kurd et sa sœur jumelle, Muna, qui sont originaires du quartier Sheikh Jarrah, à Jérusalem-Est, ont figuré sur la liste établie par le magazine TIME des cent personnalités les plus influentes de l’année 2021 pour leur activisme. Ils avaient été arrêtés au mois de juin 2021, soupçonnés d’avoir pris part à des émeutes dans ce quartier sensible de Jérusalem. Ils avaient finalement été remis en liberté.

Al-Kurd a été accusé d’avoir utilisé des tropes antisémites dans ses poésies et sur les réseaux sociaux. Il est le correspondant palestinien de The Nation.

Au mois de janvier, il avait écrit sur Twitter : « Fuck Israël et Fuck ce culte de la mort génocidaire qu’est le sionisme ».

Plus récemment, le 3 juin, après la port d’un jeune Palestinien de 17 ans, tué par les soldats israéliens pendant des échauffourées à proximité de la barrière de sécurité, il avait écrit sur Twitter que « le sionisme, c’est la mort ».

Deux jours plus tard, il avait commenté une affirmation laissant entendre que la BBC avait modifié ses propres reportages pour faire disparaître les références aux violences commises par les Israéliens de droite en écrivant : « Pourquoi les règles du journalisme se plient donc ainsi pour cajoler les défenseurs du sionisme et leurs certitudes illusoires sur le régime israélien meurtrier et assoiffé de sang ? »

Il avait aussi publié des des messages anti-américains, écrivant au mois d’août, l’année dernière, que « l’armée des États-Unis est une organisation meurtrière et terroriste. »

Le président américain Joe Biden, avait-il ajouté, « n’est pas un raté, c’est un criminel de guerre qui a réussi ».

Le jour suivant, en référence aux vétérans de l’armée américaine, il avait écrit que « puisse leur trouble de stress post-traumatique ne jamais guérir ».

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