Amir Peretz rend visite à la famille du Bédouin tué par la police
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Amir Peretz rend visite à la famille du Bédouin tué par la police

Le ministre a présenté ses excuses au nom du gouvernement qui avait qualifié Yaqoub Abou al-Qia'an de terroriste ; 1ère visite officielle depuis le meurtre commis en janvier 2017

Yaqoub Mousa Abu al-Qian (Crédit : autorisation)
Yaqoub Mousa Abu al-Qian (Crédit : autorisation)

Le ministre de l’Économie Amir Peretz a rendu visite jeudi aux proches d’un enseignant bédouin abattu par la police en 2017, et s’est excusé au nom du gouvernement qui l’avait qualifié de terroriste. Il a promis de former une équipe qui décidera de l’indemnisation de la famille.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est excusé publiquement mardi soir, car le gouvernement avait affirmé que Yaqoub Abu al-Qia’an – abattu par la police lors de la démolition de sa maison – était un terroriste.

Ces excuses constituent la première reconnaissance d’un acte répréhensible de la part d’un représentant du gouvernement, malgré l’abondance de preuves montrant que la victime n’était pas un terroriste et n’avait pas attaqué la police. Elles ont été présentées le lendemain d’un reportage télévisé qui accusait la police et les procureurs d’avoir dissimulé plusieurs affaires, dont la fusillade, pour éviter de ternir leur nom alors qu’ils enquêtaient sur Netanyahu, ce qui a conduit certains à s’interroger sur les motivations du Premier ministre à présenter ces excuses.

Amir Peretz a dit se réjouir des regrets de Netanyahu, ainsi que de ceux du président Reuven Rivlin, mais a pris ses distances des accusations formulées par le chef du gouvernement selon lesquelles la police et les procureurs avaient qualifié Yaqoub Abu al-Qia’an de terroriste pour lui nuire personnellement.

Le ministre de l’Economie Amir Peretz lors de la cérémonie de sa prise de fonction à Jérusalem, le 18 mai 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Ce sont deux choses très différentes, et nous ne devons pas permettre qu’elles soient liées, car cela ne ferait que nuire au message », a ainsi déclaré M. Peretz. « Cet incident devrait être utilisé pour favoriser la coexistence et la reconnaissance mutuelle entre toute la société israélienne et la communauté arabe en général, et la communauté bédouine en particulier. »

« Je suis venu avant tout pour exprimer ma profonde tristesse pour la perte de vies humaines et l’incident tragique d’Umm al-Hiran », a déclaré M. Peretz. « Je veux dire de la manière la plus claire et la plus nette – nous sommes venus pour rendre justice à Yaqoub. Il est de notre devoir de laver son nom. Il n’y avait aucune raison pour que la famille voie son nom entaché. »

Il a également annoncé que lui et le ministre de la Justice Avi Nissenkorn avaient décidé de former une équipe pour peser l’aide financière à la famille.

La veuve de Yaqoub, Amal, a salué les paroles d’Amir Peretz ainsi que les excuses de Netanyahu et souligné que le ministre était le premier à rendre visite à la famille après presque quatre ans. Membre du Parti travailliste, Amir Peretz ne faisait pas partie du gouvernement au moment de l’incident.

« J’espère que cette visite aura des résultats et que la famille recevra une compensation adéquate pour ce qui s’est passé », a-t-elle ajouté. « Je veux que vous enleviez le prisme à travers lequel vous voyez la société bédouine. C’est une communauté normale comme toutes les communautés du monde. Elle compte à la fois des gens excellents et bons, et des gens mauvais et des voleurs. Plus la société bédouine sera négligée, plus le crime et les mauvaises choses proliféreront. »

Mercredi, le fils de Yaqoub, le Dr Hussam Abu al-Qia’an, a déclaré que sa famille était sans abri depuis l’incident de janvier 2017.

« Nous saluons les excuses de Netanyahu, bien qu’elles soient arrivées tardivement », a-t-il fait savoir, selon des médias. « Je l’invite à venir voir comment nous vivons. Nous le poursuivrons en justice pour les dommages causés à la famille. »

« Si vos excuses sont honnêtes », a-t-il dit, s’adressant au Premier ministre, « venez réhabiliter nos vies et notre maison ».

Yaqoub Abu al-Qia’an a été abattu par des policiers en janvier 2017, lorsque des officiers sont arrivés pour superviser la démolition de maisons dans son village natal d’Umm al-Hiran, un village bédouin non reconnu que l’État était en train de raser pour ouvrir la voie à une nouvelle ville juive.

Alors que les officiers convergeaient vers le village, l’enseignant de 47 ans et père de 12 enfants a mis quelques affaires dans son 4×4 et a quitté sa maison, disant qu’il ne pouvait pas supporter de la voir être rasée.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’exprime lors d’une conférence de presse à Beit Shemesh, le 8 septembre 2020, au cours de laquelle il a présenté ses excuses à la famille de Yaqoub Mousa Abu al-Qia’an. (Capture d’écran : Facebook)

Peu après, la police lui a tiré dessus, lui faisant perdre le contrôle de sa voiture, laquelle a accéléré en descente et a percuté un groupe de policiers, tuant l’un d’entre eux.

Après l’incident, Roni Alsheich, alors chef de la police israélienne, et Gilad Erdan, alors ministre de la Sécurité publique, l’ont qualifié de terroriste et ont affirmé qu’il appartenait à l’État islamique. Un rapport publié au début de l’année a toutefois révélé que la seule preuve supposée des liens terroristes d’Abou al-Qi’an était du matériel éducatif islamique se trouvant chez lui.

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