Amitié, délinquance et antisémitisme : la galaxie Cannes-Torcy
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Amitié, délinquance et antisémitisme : la galaxie Cannes-Torcy

Les membres de la filière jihadiste de Cannes-Torcy sont notamment jugés à partir de jeudi pour un attentat commis en 2012 contre une supérette casher de Sarcelles

Le Palais de Justice de Paris. Illustration. (Crédit : Benh Lieu Song/CC BY-SA 3.0/WikiCommons)
Le Palais de Justice de Paris. Illustration. (Crédit : Benh Lieu Song/CC BY-SA 3.0/WikiCommons)

Qui sont les membres présumés de la filière jihadiste de Cannes-Torcy jugés à partir de jeudi par la cour d’assises de Paris ? L’enquête dessine des profils différents, mais un groupe cimenté par des liens forts noués dans l’enfance, la haine des Juifs et une radicalisation souvent rapide.

Pour les enquêteurs, le groupe s’est soudé lors d’un « séjour fondateur » en juillet 2012 dans le sud de la France, où les Franciliens rejoignent les Cannois en camping-car, pour un été de prières « entre frères » et fomenter des attentats.

L’absent : le chef fanatique Jérémie Louis-Sidney

« Un chef de meute » : c’est ainsi que le décrit un des membres du groupe. Il est tué le 6 octobre 2012 par des tirs de riposte des policiers venus l’arrêter lors du premier vaste coup de filet contre la cellule.

Ses proches le décrivent comme un « fanatique », prêt à passer à l’acte. Selon sa mère il s’était radicalisé en prison en 2008.

Mohammed Merah, seen in a home video. (photo credit: France 2)
Mohammed Merah. (Crédit : capture d’écran France 2)

Les membres du groupe le voient comme un « meneur », l’ « émir » que « tout le monde écoutait », qui rapportait vidéos et écrits de propagande islamiste. Il avait « la haine des juifs », « pensait que le combat [du terroriste toulousain] Mohamed Merah était légitime ».

Imad Ibn Ziaten, Abel Chennouf, Mohamed Legouad, Gabriel Sandler, Aryeh Sandler, Myriam Monsonégo et Jonathan Sandler ont été tués entre le 11 et le 19 mars par Mohamed Merah.

Il a envisagé de tuer tous les buralistes qui vendaient Charlie Hebdo, a fomenté et participé à l’attentat contre l’épicerie casher de Sarcelles le 19 septembre 2012.

Le lieutenant, Jérémy Bailly

Il a grandi à Torcy, en Seine-et-Marne, fréquenté la mosquée où il rencontre Jérémie Louis-Sidney en 2011. La plupart des accusés originaires de Torcy sont ses amis d’enfance.

Il explique sa conversion à l’islam en 2009 par un « choc spirituel » face à la nature : il aurait eu « mal au cœur en tuant un poisson ». Il juge la France hostile à l’islam, est ulcéré par les caricatures du prophète dans Charlie Hebdo.

Un de ses co-accusés le décrit comme un « petit délinquant de cité », acquis à l’idée du jihad. Un autre le dit prêt à « tuer des mécréants ». Une liste manuscrite d’associations juives est retrouvée chez lui. Il nie avoir participé à l’attentat de Sarcelles.

La bande de Torcy

Plusieurs sont amis d’enfance, fréquentent la même mosquée de Torcy, connue pour être sous influence salafiste. Cette salle de prière a été fermée le 11 avril 2017 pour ses « incitations au jihad ».

Salate attarawih :

Posted by Mosquee torcy on Sunday, 5 July 2015

Alix Seng, de parents laotiens et bouddhistes, s’est converti en 2010. Ami d’enfance de Bailly, il fait un séjour en Tunisie et passe plusieurs mois au Caire en 2011-2012. Kevin Phan, lui aussi d’origine laotienne, est suspecté d’avoir participé à l’attentat de Sarcelles comme chauffeur.

Les frères Bokamba-Yangouma, fils d’un ancien ministre congolais, se signalent comme des petits trafiquants et consommateurs de drogue avant de basculer dans l’islamisme radical. L’un d’eux est en fuite, sans doute au Congo-Brazzaville.

Les frères Chebil, nés dans une famille musulmane, fréquentent plus régulièrement la mosquée de Torcy en 2012. Le cadet de la fratrie, Yassine, qui tente une carrière militaire avant d’y renoncer, organise son départ pour la Syrie fin 2014 et y serait mort.

Les « Cannois »

Comme à Torcy, c’est à la mosquée qu’un groupe se fédère, autour de Jérémie Louis-Sidney.

Dans ce groupe, on retrouve notamment Victor Guevara, issu d’une famille aisée du VIIIe arrondissement de Paris, qui après avoir décroché scolairement et enchaîné petits boulots et trafics, se convertit en 2009 pour « trouver sa vérité ». Son colocataire et ami Michaël Amselem, fils d’une mère catholique et d’un père juif non pratiquants, s’était converti en 2010. C’est dans leur appartement que Jérémie Louis-Sydney effectue des essais pour fabriquer une bombe artisanale, après avoir trouvé la « recette de la cocotte » sur internet.

Gravitant dans le même groupe de la mosquée Al Madina, Sydney Descoups, petit délinquant recalé de l’armée, dit « le Rouquin », le Tunisien Meher Oujani, Jamel Bouteraa, délinquant cannois récidiviste, et son ami d’enfance Nizar Jabri.

Ces derniers sont notamment suspectés d’avoir fomenté l’assassinat de militaires, ayant effectué des « repérages » autour du camp de Canjuers, près de Draguignan à partir de juillet 2012.

Dans le groupe des Cannois, plusieurs partent en Syrie : Ibrahim Boudina et Abdelkader Tliba fin 2012, vite rejoints par Rached Riahi. Les deux premiers rentrent après seize mois sur place, tandis que le troisième a intégré les rangs de groupes terroristes en Syrie.

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