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Amman ne lie pas leurs deux citoyens détenus à l’Israélien arrêté – officiels

Des sources au ministère des Affaires étrangères affirment que contrairement à la suggestion d'un officiel jordanien, le gouvernement n'a pas lié les différents dossiers

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le roi de Jordanie Abdallah II durant une visite surprise du Premier ministre à Amman, le 16 janvier 2014. (Crédit : AP/Yousef Allan/Jordanian Royal Palace)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le roi de Jordanie Abdallah II durant une visite surprise du Premier ministre à Amman, le 16 janvier 2014. (Crédit : AP/Yousef Allan/Jordanian Royal Palace)

Mercredi, des officiels israéliens ont déclaré que la Jordanie n’avait pas affirmé que la récente détention d’un citoyen israélien, qui aurait illégalement traversé la frontière, était liée au sort des deux Jordaniens détenus dans une prison israélienne, contrairement à ce qu’indiquait un commentaire d’un officiel haut placé à Amman.

Israël a arrêté Heba al-Labadi, âgée de 32 ans, et Abdul Rahman Miri, âgé de 29 ans, au point de passage d’Allenby dans la Vallée du Jourdain, respectivement le 20 août et le 2 septembre. Les deux Jordaniens sont détenus sous le régime de détention administrative, qui permet à Israël de maintenir des suspects pendant des mois sans motifs d’inculpation. Les autorités affirment qu’elle n’est utilisée que lorsque la révélation publique des accusations est susceptible de mettre en danger la sécurité du pays et de dévoiler des informations sécuritaires. Les autorités ont expliqué qu’un juge avait examiné les éléments du dossier et autorisé la détention administrative de Labadi.

Mardi soir, la Jordanie a rappelé son ambassadeur à Tel Aviv pour protester contre la détention prolongée de ses deux citoyens.

Plus tard dans la soirée, Sufyan Qudah, un porte-parole du ministère jordanien des Affaires étrangères, a suggéré que le royaume hachémite utilise l’Israélien détenu comme une monnaie d’échange pour assurer la libération des deux Jordaniens.

Heba al-Labadi, photo non datée. (Autorisation)

Mercredi, des sources au ministère des Affaires étrangères ont déclaré que l’Israélien, qui avait traversé la frontière dans le nord vers la Jordanie, tentait d’échapper aux autorités israéliennes puisqu’il était recherché pour des délits liés à la drogue. Ils ont ajouté que de telles affaires criminelles n’étaient pas rares, et qu’elles étaient habituellement traitées en l’espace de quelques jours à travers les canaux diplomatiques et sécuritaires.

Les officiels ont affirmé que le rappel de l’ambassadeur israélien par Amman visait à envoyer le message aux Jordaniens que les autorités augmentaient la pression sur Jérusalem. De nombreuses personnes ont utilisé le cas de Labadi et Miri pour alimenter des protestations anti-gouvernement.

« A la lumière de l’échec d’Israël de répondre à nos demandes depuis des mois de libérer les citoyens jordaniens Hiba al-Labadi et Abdoul Rahman Miri et de leur détention prolongée de manière illégale et inhumaine, nous avons rappelé l’ambassadeur jordanien à Tel Aviv pour des consultations », a tweeté Safadi mardi.

Le ministre jordanien des Affaires étrangères Ayman Safadi lors d’une conférence de presse avec le Secrétaire de la Ligue arabe Ahmed About Gheit dans la capitale jordanienne Amman le 6 janvier 2018. (AFP Photo/Khalil Mazraawi)

« Nous tenons Israël pour entièrement responsable des vies de nos citoyens, et nous continuerons à prendre toutes les mesures légales, diplomatiques et politiques pour assurer leur retour en bonne santé dans le pays, a-t-il fait savoir. Mettre en danger les vies de nos citoyens, dont la santé se détériore, est un acte que le royaume rejette ».

Mercredi, la députée Tamar Zandberg du parti de gauche Camp démocratique a déposé une requête urgente au Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui est également ministre de la Défense, lui demandant d’expliquer la raison de la détention administrative de Labadi et de Miri.

Cette décision est une indication supplémentaire de la situation tendue des relations entre Israël et la Jordanie, qui ont marqué le 25e anniversaire de la signature de leur accord de paix, le weekend dernier.

Les activistes israéliens manifestent en solidarité avec la jordanienne Heba al-Labadi (portrait), actuellement détenue en Israël et en grève de la faim, aux abords de la prison d’Ofer, en Cisjordanie, le 28 octobre 2019 (Crédit : AHMAD GHARABLI / AFP)

Plus tôt en octobre, le service de sécurité israélien du Shin Bet a déclaré que Labadi était détenue « sur la suspicion de son implication dans de graves violations sécuritaires », sans donner plus de détails.

Lundi, le quotidien Haaretz a cité Raslan Mahajna, l’avocat de Labadi, comme ayant déclaré qu’elle est suspectée d’avoir « rencontré des personnes identifiées » avec le groupe terroriste chiite du Hezbollah à Beyrouth lors de voyages en 2018 et 2019. Selon le journal, Mahajna a déclaré que Labadi avait rencontré une fois un employé de la station radio al-Nour possédée par le Hezbollah, alors qu’elle rendait visite à sa soeur dans la capitale libanaise.

Mercredi, Hiba al-Labadi, engagée dans une grève de la faim depuis 37 jours maintenant, a été transportée à l’hôpital Bnei Zion de Haïfa, après avoir été hospitalisée pour être soignée et alimentée par une sonde jeudi dernier et lundi. Elle était sortie mardi.

Selon son avocat, la ressortissante jordanienne a été placée à l’isolement, maltraitée, insultée et détenue dans des conditions brutales. Il a affirmé que des interrogateurs du Shin Bet ont tenté d’intimider sa cliente en la menaçant d’une longue peine de prison et de ne jamais être autorisée à rentrer chez elle.

Miri souffre d’un cancer depuis 2010 et a besoin de passer des examens médicaux réguliers, selon la Commission des affaires des prisonniers de l’Autorité palestinienne.

Mardi, un tribunal israélien a refusé un recours pour libérer Miri.

L’équipe du Times of Israel et Adam Rasgon ont contribué à cet article.

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