Amman tente d’empêcher l’expulsion de Palestiniens de Jérusalem-Est
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Amman tente d’empêcher l’expulsion de Palestiniens de Jérusalem-Est

Ayman Safadi s'est rendu à Ramallah pour remettre à l'AP des documents attestant que la Jordanie avait construit des maisons pour loger des Palestiniens en 1948

Des centaines de Palestiniens et de militants juifs de gauche manifestent contre l'expulsion des résidents palestiniens de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est, le vendredi 16 avril 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Des centaines de Palestiniens et de militants juifs de gauche manifestent contre l'expulsion des résidents palestiniens de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est, le vendredi 16 avril 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le chef de la diplomatie jordanienne Ayman Safadi s’est rendu mercredi 21 avril à Ramallah pour remettre à l’Autorité palestinienne des documents après qu’un tribunal israélien aurait donné à certaines familles palestiniennes de Jérusalem-Est jusqu’au 2 mai pour quitter leurs maisons de Sheikh Jarrah, au risque d’être expulsés.

Le royaume jordanien a contrôlé pendant près de 20 ans Jérusalem-Est – dont la Vieille Ville –, depuis le départ des Britanniques en 1948 jusqu’à la guerre israélo-arabe de 1967, lors de laquelle Israël a annexé ces quartiers.

La Jordanie continue d’être gardienne des lieux saints musulmans à Jérusalem-Est et a signé un traité de paix avec Israël en 1994.

Après la création de l’État hébreu en 1948, la Jordanie avait construit des maisons pour loger des Palestiniens réfugiés à Jérusalem-Est, et dit détenir des contrats de location attestant de cela.

En se rendant à Ramallah en Cisjordanie, Safadi cherche à empêcher l’expulsion de Palestiniens de Jérusalem-Est après qu’un tribunal israélien a, selon la presse jordanienne, donné jusqu’au 2 mai à ces familles pour quitter leurs maisons dans le quartier de Sheikh Jarrah ou se faire expulser.

Lors d’une conférence de presse à Ramallah, il a souligné que « tous les documents dont nous disposons sur les biens immobiliers et les terres à Jérusalem ont été soumis à l’Autorité palestinienne ».

« Nous coopérons avec l’Autorité palestinienne et la communauté internationale pour empêcher l’expulsion des Palestiniens de Sheikh Jarrah. »

Le roi de Jordanie Abdallah II lors de son discours pour l’inauguration de la session non ordinaire de la 19e législature, à Amman, en Jordanie, le 10 décembre 2020. (Crédit : Yousef Allan / The Royal Hashemite Court via AP)

« Pour le roi Abdallah II (de Jordanie), Jérusalem est une ligne rouge (…) Il faut engager une action internationale capable d’arrêter les mesures unilatérales israéliennes », a-t-il martelé. « Nous coopérons avec l’Autorité palestinienne et la communauté internationale pour empêcher l’expulsion des Palestiniens de Sheikh Jarrah. »

Aucun commentaire israélien n’a pu être obtenu dans l’immédiat au sujet de cette affaire.

À Amman, les Affaires étrangères ont expliqué « avoir trouvé les documents prouvant que le ministère du Développement qui avait construit ces maisons, avait conclu en 1956 des contrats de location pour des logements à Sheikh Jarrah ».

Il s’agissait, selon elles, de contrats entre le gouvernement jordanien, propriétaire des maisons, et des locataires palestiniens, certifiés par l’Office de l’ONU pour l’aide aux réfugiés palestiniens (UNRWA). D’après les documents, il s’agit d’habitations destinées à 28 familles.

Le porte-parole des Affaires étrangères à Amman, Daifallah al-Fayez, a indiqué à l’AFP que les bénéficiaires étaient des réfugiés palestiniens ayant fui leur maison en 1948. « Après 1967, il y a eu des tentatives répétées d’Israël pour expulser les Palestiniens de chez eux. »

Des centaines de Palestiniens et de militants juifs de gauche manifestent contre l’expulsion des résidents palestiniens de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est, le vendredi 16 avril 2021. (Crédit : Aaron Boxerman/The Times of Israel)

En début de semaine dernière, des centaines de militants de gauche ont manifesté aux côtés de Palestiniens locaux contre des brutalités policières présumées et des expulsions prévues dans le quartier de Sheikh Jarrah, à Jérusalem-Est.

Les expulsions à Sheikh Jarrah et les manifestations qui les accompagnent durent depuis des années. Selon l’association de gauche Ir Amim, quelque 600 dossiers d’expulsion – dont les maisons de 75 familles palestiniennes à Sheikh Jarrah – sont actuellement examinés par le ministère de la Justice.

Les Palestiniens de Jérusalem-Est et leurs alliés affirment que la loi est discriminatoire à leur égard, car elle permet effectivement aux Juifs de réclamer des biens à Jérusalem-Est, alors que les Palestiniens n’ont pas la possibilité de faire des demandes dans la moitié occidentale de la ville, à majorité juive.

Les expulsions, lorsqu’elles ont lieu, sont souvent le résultat de batailles judiciaires qui s’étendent sur des années, voire des décennies. Les litiges s’appuient sur une loi de 1950 qui permet au gouvernement israélien de récupérer les biens des Palestiniens considérés comme légalement absents, ainsi que sur une loi de 1970 qui offre aux Juifs une voie légale pour récupérer les biens appartenant à des Juifs à Jérusalem-Est avant 1948.

La question de Jérusalem est l’une des principales pommes de discorde entre Israël et les Palestiniens. Le premier estime que toute la ville est sa capitale « indivisible » et les seconds veulent faire de Jérusalem-Est la capitale d’un État auquel ils aspirent.

Aaron Boxerman a contribué à cet article.

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