Amnesty accuse Washington de cibler les migrants et étudiants étrangers avec l’IA
Le nombre de personnes arrêtées par la police de l'immigration (ICE) a atteint un sommet en juin, avec plus de 60 000 immigrés en situation irrégulière incarcérés

Amnesty International accuse les autorités américaines d’enfreindre les droits humains en utilisant des outils d’intelligence artificielle (IA) pour surveiller les migrants et les manifestants étrangers anti-Israël, dans un contexte de mobilisation contre la guerre que mène Israël à Gaza.
Depuis le 7 octobre 2023, Israël est en guerre contre le Hamas, date à laquelle quelque 6 000 Gazaouis dont 3 800 terroristes dirigés par le Hamas ont pris d’assaut des communautés du sud d’Israël, tué plus de 1 200 personnes, principalement des civils, enlevé 251 otages de tous âges, et commis de nombreuses atrocités et en utilisant la violence sexuelle comme arme à grande échelle.
Israël a réagi en lançant une campagne militaire dont l’objectif est de détruire le groupe terroriste palestinien du Hamas, de l’écarter du pouvoir à Gaza et de libérer les otages.
Les groupes terroristes de la bande de Gaza détiennent actuellement 50 otages, dont 49 des 251 personnes enlevées par les terroristes du Hamas le 7 octobre 2023. Vingt d’entre eux seraient encore en vie.
« Il est très préoccupant que le gouvernement américain déploie des technologies intrusives assistées par IA dans le cadre d’un programme d’expulsions massives et de répression de l’expression en faveur de la Palestine », a déclaré Erika Guevara-Rosas, directrice générale de la recherche à Amnesty International, citée dans un communiqué de l’ONG publié dans la nuit de mercredi à jeudi.
Selon elle, le recours à ces technologies « débouche sur une multitude de violations des droits humains ».
L’ONG pointe notamment du doigt les outils informatiques dopés à l’IA des entreprises Babel Street et Palantir, spécialisées dans l’analyse de données à grande échelle et en temps réel, qui ont de nombreux contrats avec le gouvernement américain, notamment dans les secteurs de la défense et du renseignement.
Leurs logiciels, Babel X et Immigration OS, « ont des capacités automatisées qui permettent un suivi, une surveillance et une évaluation de masse constants », souligne Amnesty.
Selon l’ONG, ces technologies sont utilisées pour cibler les étudiants étrangers, les réfugiés et les demandeurs d’asile « à une ampleur sans précédent ».
« Cela se traduit par des détentions illégales et des expulsions massives, créant un climat de peur et exacerbant ‘l’effet paralysant’ sur les migrants et les étudiants internationaux dans les écoles et sur les campus universitaires », a insisté Guevara-Rosas.
« Faillible et opaque »
Depuis son retour à la Maison Blanche en janvier, Donald Trump mène une vaste campagne contre les universités, les accusant notamment de laisser prospérer sur leurs campus des mouvements anti-Israël, face à l’offensive israélienne dans la bande de Gaza, qu’il assimile à de l’antisémitisme.
Son administration a coupé des subventions de recherche à différents établissements, arrêté et menacé d’expulsion des manifestants anti-Israël, demandé l’interdiction à la prestigieuse université Harvard de recevoir des étudiants étrangers et ordonné la suspension du traitement de leurs visas pour passer au crible leurs réseaux sociaux.
Des étudiants étrangers ont expliqué à l’AFP qu’ils hésitaient à venir étudier aux États-Unis ou qu’ils craignaient d’aimer des contenus anti-Israël ou anti-Trump sur les réseaux sociaux.
« Babel X permettrait de parcourir rapidement les réseaux sociaux à la recherche de contenus liés au ‘terrorisme’ grâce à l’IA », note Amnesty.
« Mais les technologies probabilistes employées pour tirer des déductions sur les intentions des individus présentent d’importantes marges d’erreur et s’avèrent souvent discriminatoires et biaisées ; elles peuvent conduire à présenter à tort des contenus pro-palestiniens comme antisémites. »
Par ailleurs, le gouvernement américain mène une offensive majeure contre l’immigration.
Les arrestations se multiplient partout aux États-Unis : en juin, le nombre de personnes détenues par l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) a atteint un sommet, avec plus de 60 000 immigrés en situation irrégulière incarcérés.
Pour repérer les migrants, les autorités utilisent notamment des outils conçus par Palantir, une société connue pour ses outils informatiques d’aide à la décision et pour certains de ses clients, comme l’armée israélienne et l’ICE.
Selon Amnesty International, son logiciel Immigration OS « automatise un processus déjà très faillible et opaque, qui a des antécédents en matière de non-respect des procédures régulières et des droits humains ».







