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Amnesty fustige la loi sur l’expulsion des migrants

L'ONG affirme que la future loi privera les enfants de soins de santé, et l'a décrite comme "un manque de compassion honteux de la part de descendants de réfugiés qui ont oublié leur vécu"

Des migrants érythréens manifestent devant l'ambassade de l'Union européenne à Ramat Gan, près de Tel Aviv, demandant à l'UE de juger les dirigeants érythréens pour crimes contre l'humanité, le 21 juin 2016 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
Des migrants érythréens manifestent devant l'ambassade de l'Union européenne à Ramat Gan, près de Tel Aviv, demandant à l'UE de juger les dirigeants érythréens pour crimes contre l'humanité, le 21 juin 2016 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Un groupe de défense des droits de l’Homme a critiqué le gouvernement mercredi, après que ce dernier a approuvé le vote d’un projet de loi qui régulerait l’expulsion ou l’incarcération des migrants africains.

La commission des Affaires internes de la Knesset a décidé (sur la base d’un vote à 9 voix contre 5), d’approuver le projet de loi en deuxième et troisième lectures en session plénière. Cette décision a déclenché des critiques de la part du bureau israélien d’Amnesty International, qui l’a décrite comme « un manque de compassion honteux de la part de descendants de réfugiés qui ont oublié leur vécu ».

Amnesty a indiqué que la commission avait endurci ce projet de loi, imposant des limitations géographiques aux migrants, ce qui les priverait de services sociaux. L’organisation a souligné que le projet de loi révisé octroie au ministre de l’Intérieur l’autorité absolue pour interdire aux migrants d’accéder à Tel Aviv, le seul endroit où ils peuvent actuellement bénéficier de ces services.

L’organisation a également affirmé que les membres de la coalition ont rejeté les demandes des membres de l’opposition qui avaient souhaité que les femmes, les enfants, et les personnes en situation de handicap puissent jouir d’exceptions. Les membres de la coalition ont voté contre « la permission pour les enfants malades de consulter un docteur ».

Le projet de loi limite également les activités financières des migrants et évoque l’élargissement des opérations au centre de détention pour migrants Holot.

Des demandeurs d’asile protestent au centre de détention de Holot dans le sud du désert du Negev, en Israël, le 17 février 2014 (Crédit : Ilia Yefimovich/Getty Images)

Chen Bril Egri, chef de la Campagne pour Réfugiés et Chercheurs d’Asile à Amnesty International – Israël, a déclaré que la décision du gouvernement était « cruelle » et « témoigne d’un manque de compassion honteux de la part de descendants de réfugiés qui ont oublié leur vécu, et qui font preuve de mépris à l’égard des droits de l’Homme fondamentaux ».

De nombreux migrants affirment avoir fui les conflits et la persécution dans les pays tels que l’Erythrée et le Soudan et cherchent à obtenir le statut de réfugié. Les autorités israéliennes soutiennent qu’il s’agit de migrants économiques, et ont résisté aux appels les exhortant à les reconnaître comme réfugiés.

Le gouvernement a annoncé son intention de fermer le centre de Holot dans les prochains mois, dans le cadre des expulsions de grande ampleur vers les pays du tiers-monde, et ceux qui refusent seront incarcérés.

Dans un communiqué, le Haut-commissariat aux réfugiés des Nations unies (UNHCR) a fait savoir qu’il était « gravement inquiet des propositions annoncées hier… Selon les termes de ces dernières, les demandeurs d’asile d’Erythrée ou du Soudan seraient dans l’obligation d’accepter leur relocalisation dans des pays d’Afrique ou d’être emprisonnés en Israël ».

En août, la Cour suprême a approuvé une politique d’émigration, mais a également statué que les autorités israéliennes doivent d’abord s’assurer que les pays vers lesquels les migrants sont expulsés sont sécurisés. Bien que l’État n’ait pas évoqué nommément les pays tiers, il s’agirait, selon les médias, du Rwanda et de l’Ouganda.

L’expulsion vers un pays du tiers monde est une mesure sans précédent dans le monde occidental. L’Italie et l’Australie avaient signé des accords similaires avec des pays du tiers-monde : l’Italie avec la Libye, l’Australie avec la Malaisie, mais les deux propositions ont été rejetées par des tribunaux locaux. Dans les deux cas, les tribunaux ont jugé que ces accords violaient le droit international et la convention de 1951 sur les réfugiés, à laquelle Israël a également adhéré.

L’Autorité de la Population et de l’Immigration a déclaré qu’il y a environ 35 000 migrants africains en Israël, en 2017. Ils proviennent majoritairement d’Érythrée et du Soudan. Ils vivent dans les quartiers les plus pauvres de Tel Aviv. Certains résidents israéliens les tiennent pour responsables de l’augmentation de la criminalité dans la ville.

Marissa Newman a contribué à cet article.

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