Amos Oz sera enterré sans éloge funèbre
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Amos Oz sera enterré sans éloge funèbre

Le lauréat du prix Israël reposera à Tel Aviv à partir de 10 h 30 avant d'être enterré dans le kibboutz où il a été éduqué

L'écrivain israélien Amos Oz à son domicile de Tel Aviv, en novembre 2015. (Crédit : AP/Dan Balilty)
L'écrivain israélien Amos Oz à son domicile de Tel Aviv, en novembre 2015. (Crédit : AP/Dan Balilty)

Des milliers de personnes sont attendues pour rendre un dernier hommage lundi au grand auteur israélien Amos Oz, décédé vendredi à l’âge de 79 ans des suites d’un cancer.

La dépouille d’Amos Oz reposera au club Tzavta de Tel Aviv à partir de 10 h 30, le service funèbre commencera à midi.

Son enterrement aura lieu à 15 h au kibboutz Hulda, où il a été instruit, et ne comprendra pas d’éloges funèbres, rapporte le site d’informations Ynet.

Amos Oz était l’auteur le plus lu et le plus connu d’Israël, le président l’a d’ailleurs qualifié vendredi de « plus grand écrivain » du pays.

Il s’est vu décerner des dizaines de prix, dont le prix Israël et le prix Goethe attribué par l’Allemagne. Ses livres ont été traduits dans 45 langues. Son nom a souvent été cité pour le prix Nobel de Littérature, mais il lui a toujours échappé.

Né Amos Klausner à Jérusalem dans la Palestine britannique en 1939, la ville lui servait régulièrement de toile de fonds dans ses œuvres, comme dans La boîte noire (1987) et Dans la terre d’Israël.

Amos Oz (Crédit : Yossi Zamir/Flash 90)

Il laisse derrière lui sa femme et ses trois enfants.

Considéré comme l’un des écrivains les plus accomplis de l’histoire de la littérature israélienne, Oz faisait aussi partie des plus fervents militants de gauche et défenseurs d’une solution à deux États.

La comédie de familles malheureuses

Amos Oz était le fils unique de parents arrivés de Russie et de Pologne pour participer à la création d’un foyer pour les Juifs.

Adolescent, il s’était rebellé contre son éducation, tentant de s’affranchir du monde de ses parents qui embellissaient l’Europe et l’Occident pour se tourner vers les jeunes pionniers bâtisseurs des premières fondations de l’État.

« Je rêvais secrètement qu’ils m’emmènent avec eux un jour. Et qu’ils me transforment moi aussi en nation combattante. Que ma vie aussi deviendrait une nouvelle chanson, une vie aussi pure, directe et simple qu’un verre d’eau un jour de forte chaleur », écrivait-il.

Son enfance austère dans les dernières années de la Palestine britannique – hanté par la Shoah et la menace d’une guerre pour une terre revendiquée par deux peuples – fut un thème central de son œuvre.

Tout comme le suicide de sa mère quand il avait 12 ans, qui devînt le sujet de ses mémoires déchirantes Une histoire d’amour et de ténèbres. Désirant rompre avec sa vie à Jérusalem, il s’installa dans un kibboutz à l’âge de 15 ans et prit le nom d’Oz (force et courage en hébreu).

Le célèbre auteur israélien Amos Oz qui lit l’un de ses livres à Tel Aviv (Crédit : Tomer Neuberg / Flash90)

C’était au kibboutz, où il passa les 25 années suivantes en discontinu, qu’Oz se fit connaître comme écrivain, s’intéressant à la vie quotidienne et aux tribulations familiales.

Il fit son lycée au kibboutz Hulda dans le centre d’Israël et revînt au kibboutz après son service militaire obligatoire en 1961. Il publia ses premières nouvelles alors qu’il travaillait dans les champs de coton de la ferme.

Après un diplôme de littérature à l’Université hébraïque de Jérusalem, il passa 25 ans au kibboutz, partageant son temps entre l’écriture, l’agriculture et l’enseignement au lycée.

Réserviste dans une unité de tanks, Oz participa à la guerre des Six jours de 1967 et à celle de Yom Kippour en 1973.

« Mon œuvre est une comédie de familles malheureuses, pas une tragédie », avait-il dit un jour.

Parmi ses premiers livres, la plupart publiés en hébreu par la maison d’édition du parti travailliste, on trouve : Les terres du chacal (1965), Mon Michaël (1968).

Au cours de ses 50 ans de carrière, Oz a publié plus de 35 livres, dont 13 nouvelles, des livres et collections de nouvelles pour enfants, ainsi que des centaines d’articles sur la littérature et la politique.

L’ultime roman d’Amos Oz, Judas, a été nommé pour le prestigieux prix Man Booker. Enquête policière sur Jésus et Judas, le livre reprend plusieurs éléments chers à l’écrivain : des personnages énigmatiques, les alentours compliqués de Jérusalem et des questions sans fin sur l’État d’Israël.

Amos Oz, chez lui à Tel Aviv, évoquant ‘Judas,’ son dernier roman publié en anglais en september 2016 (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Dans un entretien avec le Times of Israël accordé après la parution du livre en 2016, Oz expliquait qu’il y a une partie de lui dans chacune des trois incarnations de “Judas”, ce qui n’est pas inhabituel, dans la mesure où tout ce qu’il a pu écrire est d’une manière ou d’une autre teinté d’autobiographie, inspiré de ce qu’il a pu entendre ou voir, rêver, lire, ou imaginer.

Militant pour la paix

Oz était l’une des plus grandes voies de la paix en Israël ainsi qu’un ami de Shimon Peres, ancien Premier ministre et président du pays lauréat du prix Nobel pour la Paix pour son dialogue et ses traités avec les Palestiniens. Oz a écrit de nombreux essais et prononcé de nombreux discours pressant les dirigeants du pays d’établir un État palestinien dans le cadre d’un accord de paix avec Israël.

Il était l’un des fondateurs du mouvement La Paix Maintenant, une organisation opposée aux implantations israéliennes en Cisjordanie, et un ardent défenseur de l’Initiative de Genève de 2003, un plan de paix officieux approuvé par d’anciens dirigeants israéliens et palestiniens. Il militait également pour le parti politique israélien Meretz.

Le célèbre auteur israélien Amos Oz ramasse des olives avec des Palestiniens dans le village d’Aqraba, près de la ville de Naplouse, en Cisjordanie, le 30 octobre 2002 (Crédit : AP Photo/Jacqueline Larma)

Aux côtés de Grossman et de Yehoshua, Oz était devenu un pilier du mouvement israélien pour la paix, de plus en plus marginalisé depuis deux décennies.

Pour l’auteur David Grossman, également lauréat du prix Israël en littérature, « le monde a rétréci » depuis le décès d’Oz.

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