Amos Yadlin : La pression maximale sur l’Iran n’a pas fonctionné
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Amos Yadlin : La pression maximale sur l’Iran n’a pas fonctionné

Suite à l'incident de Natanz, Amos Yadlin affirme que l'Iran peut faire avancer son programme nucléaire ; selon un analyste, Téhéran pourrait bientôt s'en prendre à Israël

Le président Hassan Rouhani, deuxième à droite, écoute le chef de l'Organisation de l'énergie atomique iranienne, Ali Akbar Salehi lors d'une visite d'une exposition sur les récentes avancées nucléaires à Téhéran, en Iran, le 10 avril 2021. (Crédit : Bureau de la présidence iranienne via AP)
Le président Hassan Rouhani, deuxième à droite, écoute le chef de l'Organisation de l'énergie atomique iranienne, Ali Akbar Salehi lors d'une visite d'une exposition sur les récentes avancées nucléaires à Téhéran, en Iran, le 10 avril 2021. (Crédit : Bureau de la présidence iranienne via AP)

Amos Yadlin, l’ancien chef des services de renseignement militaire de Tsahal, s’est dit préoccupé par le programme nucléaire iranien dimanche, après une importante coupure de courant qui a interrompu l’enrichissement d’uranium dans l’installation nucléaire iranienne de Natanz.

Des sources de renseignement non identifiées ont déclaré aux médias israéliens que le service de sécurité israélien Mossad était à l’origine de la panne d’électricité. L’Iran a qualifié cet acte de « terrorisme nucléaire ».

L’incident est survenu après que Téhéran et Washington ont ouvert des discussions indirectes sur le sauvetage de l’accord nucléaire iranien de 2015 à Vienne la semaine dernière, un rapprochement potentiel fermement opposé par Israël.

Ces dernières semaines ont également été marquées par une escalade des tensions et des accusations de sabotage maritime entre Israël et l’Iran.

Selon M. Yadlin, une coupure d’électricité causée par une cyberattaque ne serait pas un problème important si l’Iran dispose de systèmes de secours, tels que des générateurs, et constituerait plutôt un message pour Téhéran.

Si l’attaque présumée a également touché les systèmes d’alimentation de secours de l’installation, « ce serait plus grave » et il faudrait probablement plusieurs mois à l’Iran pour s’en remettre, a-t-il déclaré.

« Mais si quelqu’un a vraiment touché les 6 000 centrifugeuses – anciennes et nouvelles – c’est un exploit extraordinaire », a déclaré M. Yadlin, qui dirige l’Institute for National Security Studies (INSS).

Le directeur général de l’Institut des études de sécurité nationale (INSS) Amos Yadlin s’exprime lors de la conférence internationale annuelle de l’Institute for National Security Studies, à Tel Aviv, le 29 janvier 2020. (Tomer Neuberg/ Flash90)

M. Yadlin a déclaré que d’autres fuites dans les jours à venir permettraient d’en savoir plus sur les dommages subis par l’installation.

L’Iran dispose des connaissances nécessaires pour poursuivre son programme nucléaire, quels que soient les dégâts, a-t-il ajouté.

Il a déclaré que la campagne de « pression maximale » de l’ancien président américain Donald Trump n’avait pas ralenti les efforts nucléaires de l’Iran, mais les avait au contraire stimulés, et que l’Iran fixait les conditions des pourparlers à Vienne avec sa demande intransigeante d’un allégement radical des sanctions.

« La campagne de pression maximale ne les a pas arrêtés, elle a fait le contraire », a-t-il déclaré.

Les services de renseignement et l’armée israéliens maîtrisent la situation, mais les efforts diplomatiques du pays faiblissent, alors que Netanyahu se concentre sur la politique et que son procès et le gouvernement restent embourbés dans une impasse politique suite aux élections du mois dernier, a déclaré Yadlin.

L’analyste de la défense de la Treizième chaîne, Alon Ben-David, a déclaré que les dommages causés à Natanz pourraient compromettre l’influence de l’Iran dans les négociations avec les États-Unis.

« Dans les services de sécurité et de renseignement, les responsables américains se sont déclarés satisfaits des dommages subis par l’installation », a-t-il déclaré.

L’analyste de la défense de la Douzième chaîne, Ehud Yaari, a déclaré qu’avec les fuites dans les médias en hébreu qui semblent imputer au Mossad la responsabilité de l’incident de Natanz, « nous nous rapprochons du moment » où Téhéran n’aura d’autre choix que de répondre par une frappe militaire de son propre chef.

Un technicien travaille à l’usine de conversion d’uranium située juste à l’extérieur de la ville d’Ispahan, en Iran, le 3 février 2007. (AP Photo/Vahid Salemi, File)

M. Yaari a noté que l’Iran a fait preuve de retenue jusqu’à présent, malgré l’assassinat en novembre 2020 de son ancien chef du nucléaire Mohsen Fakhrizadeh, qu’il a imputé à Israël, et les frappes israéliennes successives en Syrie. Il y a plusieurs mois, les services de renseignement israéliens ont exprimé la crainte que l’Iran n’atteigne un point d’ébullition et ne se déchaîne bientôt, a-t-il ajouté.

Yaari a ajouté que, malgré les différents revers attribués à Israël, l’Iran a continué à progresser dans son programme nucléaire.

Il a expliqué que les déclarations de l’Iran concernant l’incident de dimanche indiquaient que les responsables de ce pays pensaient que la panne était une attaque délibérée et qu’ils avaient le droit de réagir.

S’ils parlent de « terrorisme nucléaire », cela signifie que des dommages ont été causés aux centrifugeuses et aux stocks d’uranium là-bas », a-t-il supposé.

L’ancien directeur de la CIA, James Woolsey, a déclaré le mois dernier que Washington sous-estimait la menace nucléaire iranienne, que Téhéran disposait déjà des composants nécessaires à la fabrication d’une bombe et que les services de renseignement et les inspecteurs nucléaires américains auraient pu manquer des signes indiquant que l’Iran se dirigeait vers une arme nucléaire.

La Corée du Nord, avide de pétrole iranien, pourrait tester elle-même les armes iraniennes ou échanger des connaissances avec Téhéran, à l’insu des services de renseignement américains. Le programme nucléaire iranien a été encouragé par la Corée du Nord, la Russie, la Chine et probablement le Pakistan, a déclaré Woolsey.

Cette photo satellite de Planet Labs Inc. montre l’installation nucléaire iranienne de Natanz, le 7 avril 2021. (Planet Labs Inc. via AP)

Aux premières heures de la matinée de dimanche, l’installation souterraine de Natanz a subi une perturbation électrique dans ce qui a été largement considéré comme une cyber-attaque israélienne. L’Iran a déclaré que l’attaque n’avait fait aucune victime et n’avait pas provoqué de pollution radioactive. Israël s’est officiellement abstenu de tout commentaire à ce sujet et l’Iran n’a pas spécifiquement accusé l’État hébreu d’être responsable de l’incident.

Dimanche soir, des sources de renseignement anonymes ont été citées par un certain nombre de médias en hébreu comme affirmant que le Mossad était impliqué dans l’attaque, qui aurait été plus grave que ce que l’Iran avait indiqué.

Selon les informations de la Treizième chaîne, la cyber-attaque a causé « de graves dommages au cœur du programme d’enrichissement de l’Iran. »

Sur cette photo prise et publiée le 10 avril 2021 par l’Organisation iranienne de l’énergie atomique, une nouvelle centrifugeuse IR-9 est exposée lors d’une cérémonie commémorant les nouvelles réalisations nucléaires de l’Iran à Téhéran.(Organisation iranienne de l’énergie atomique via AP)

Le moment de l’attaque ne serait pas non plus fortuit, puisqu’il survient le lendemain de la célébration par l’Iran de sa Journée nationale de la technologie nucléaire, le lendemain du jour où les scientifiques iraniens ont commencé à faire fonctionner des centrifugeuses plus puissantes, et au milieu des pourparlers en cours à Vienne visant à revitaliser l’accord nucléaire de 2015 entre l’Iran et les puissances mondiales, qui bat de l’aile et auquel Israël s’oppose farouchement.

La perturbation à Natanz semble avoir été conçue pour contrer les efforts de l’Iran visant à accroître la pression sur les États-Unis en amassant de plus grandes quantités d’uranium et en l’enrichissant à des niveaux plus élevés, alors que les deux parties négocient un retour à l’accord nucléaire de 2015.

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