« Anne Frank était légale à Amsterdam »: Kaploun réfute la comparaison de Walz avec l’ICE
L’envoyé spécial de Trump contre l’antisémitisme a critiqué les propos du gouverneur du Minnesota tandis que le US Holocaust Memorial Museum a dénoncé de "fausses équivalences"

JTA – À l’approche de la Journée internationale de commémoration des victimes de la Shoah, l’envoyé spécial du département d’État américain chargé de la lutte contre l’antisémitisme, ainsi que le US Holocaust Memorial Museum, ont dénoncé des propos tenus par le gouverneur du Minnesota, Tim Walz, qui a comparé les opérations menées par les services fédéraux de l’immigration au sort qui avait été réservé à Anne Frank.
L’intervention du rabbin Yehuda Kaploun – qui a été nommé envoyé spécial pour la lutte contre l’antisémitisme par le président américain Donald Trump – a ravivé le débat sur la pertinence des comparaisons entre certaines politiques contemporaines et la Shoah. Kaploun a notamment rappelé « qu’Anne Frank se trouvait légalement à Amsterdam et elle respectait la loi néerlandaise ». D’autres responsables juifs ont également pris position contre les critiques qui visent les agents de l’immigration dans l’État.
« Une telle ignorance banalise l’horreur de la Shoah », a écrit Kaploun lundi sur X.
Un post qui a suivi une conférence de presse donnée par Walz, ce week-end, au cours de laquelle l’ancien candidat démocrate à la vice-présidence a déclaré « qu’il y a au Minnesota des enfants qui se cachent chez eux, trop effrayés pour sortir. Beaucoup d’entre nous ont grandi en lisant l’histoire d’Anne Frank ».
Kaploun a poursuivi en critiquant les prises de position de certains responsables politiques face à la situation de l’importante communauté migrante de l’État, actuellement ciblée par des opérations des services de l’immigration et des douanes – des raids menés dans un climat qui a été qualifié de chaotique par leurs détracteurs. Ces opérations ont suscité de vives critiques et elles ont été suivies par des violences, dont la mort de deux manifestants qui ont été tués par balle.
« Anne Frank était en situation régulière à Amsterdam et elle respectait la loi néerlandaise. Elle a été déportée vers un camp de la mort en raison de son origine ethnique et de sa religion. Son histoire n’a rien à voir avec l’immigration clandestine, la fraude ou l’anarchie qui sévissent aujourd’hui dans le Minnesota », a écrit Kaploun. « Nos courageux agents des forces de l’ordre méritent d’être félicités, et non diffamés par des comparaisons antisémites qui révèlent une méconnaissance totale de l’Histoire. »
Environ deux heures plus tard, le US Holocaust Memorial Museum est également intervenu, critiquant les propos de Walz sans commenter directement les opérations de l’ICE.
Walz, ancien enseignant dans le système public, a consacré son mémoire de maîtrise à l’enseignement de la Shoah.
« Anne Frank a été persécutée et assassinée uniquement parce qu’elle était juive », a écrit le musée lundi sur X.
« Il est inacceptable que des responsables politiques établissent de fausses équivalences avec son expérience à des fins partisanes. En dépit des tensions actuelles à Minneapolis, instrumentaliser la Shoah est profondément offensant, en particulier dans un contexte de recrudescence de l’antisémitisme. »
Le présentateur de CNN Jake Tapper, qui est juif, avait déjà tancé la semaine précédente un invité qui comparait les centres de détention de l’ICE à des camps de concentration.
Depuis une semaine, alors que les critiques contre l’ICE se multiplient, certaines voix, y compris dans les cercles conservateurs, ont repris des comparaisons entre l’agence fédérale et la Gestapo. Cette dynamique s’est intensifiée dans les heures suivant les déclarations de Kaploun et du musée, y compris au sein même de l’administration Trump.
Gregory Bovino, chef de la police des frontières qui a dirigé les opérations fédérales d’application des lois migratoires à Minneapolis, a lui-même dénoncé ces comparaisons récurrentes entre l’ICE et la Gestapo. Selon plusieurs médias, il serait sur le point de quitter la ville. Par ailleurs, un juge a ordonné au directeur par intérim de l’ICE, Todd Lyons, de comparaître devant un tribunal fédéral. La pression s’accentue également sur d’autres responsables, dont la secrétaire à la Sécurité intérieure Kristi Noem et Stephen Miller, conseiller de Donald Trump sur l’immigration, figure de l’aile dure de l’administration.
Les propos de Kaploun sur Anne Frank, qui ont été repris par d’autres responsables du département d’État, s’inscrivent dans une controverse récurrente portant sur l’usage de l’histoire de la famille Frank comme référence dans les débats contemporains sur l’immigration. Cette comparaison avait déjà émergé lors de la première vague de répression migratoire sous l’administration Trump et elle avait été intégrée à une adaptation animée du Journal d’Anne Frank en 2021.
Plusieurs historiens ont toutefois relevé les limites de l’argument avancé par Kaploun, soulignant la contradiction entre l’affirmation selon laquelle Anne Frank « se trouvait légalement à Amsterdam » et le fait que sa famille avait désobéi à l’ordre officiel enjoignant Margot Frank, la sœur d’Anne, à se présenter dans un camp de travail.
« La famille Frank a ignoré cette convocation, ce qui signifie qu’à partir de ce moment-là, elle se trouvait officiellement en situation irrégulière à Amsterdam », a écrit Joel Swanson, professeur d’études juives au Sarah Lawrence College, sur BlueSky.
« L’administration Trump pratique un révisionnisme de la Shoah afin de neutraliser toute empathie envers les migrants. »
D’autres historiens ont rappelé que les lois raciales nazies avaient progressivement et systématiquement exclu les Juifs de la vie publique en Europe.
« Le régime nazi a d’abord créé une apatridie de masse afin de faciliter la Shoah », a écrit l’historien et auteur John Ganz en réponse aux propos de Kaploun.
« Dans l’Europe occupée, les gouvernements collaborationnistes prétendaient parfois protéger les Juifs citoyens, mais ils étaient heureux, voire soulagés de voir disparaître les immigrants apatrides ou ceux qualifiés ‘d’illégaux’ ».







