Annexion : Gantz conseille aux chefs d’implantation de ne pas aller trop loin
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Annexion : Gantz conseille aux chefs d’implantation de ne pas aller trop loin

Le ministre de la Défense a dit aux maires de Cisjordanie que Washington voulait que lui et Netanyahu trouvent un compromis, rappelant l'importance de la paix avec la Jordanie

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Le ministre de la Défense Benny Gantz (au milieu) pose avec les chefs d'implantation au siège de la division Judée-Samarie de l'armée israélienne dans l'implantation de Beit El, le 9 juin 2020 (Crédit : Ariel Hermoni/ministère de la Défense)
Le ministre de la Défense Benny Gantz (au milieu) pose avec les chefs d'implantation au siège de la division Judée-Samarie de l'armée israélienne dans l'implantation de Beit El, le 9 juin 2020 (Crédit : Ariel Hermoni/ministère de la Défense)

Le ministre de la Défense Benny Gantz a mis en garde mardi les chefs d’implantation, leur conseillant de ne pas aller trop loin avec l’administration Trump et de se satisfaire de l’annexion par Israël des territoires approuvés par les Etats-Unis, selon deux maires présents dans la salle lorsque Gantz a tenu ces propos en Cisjordanie.

« Ce qui vous est offert, prenez-le. Pour le reste, vous pourrez voir plus tard », aurait dit le ministre de la Défense aux chefs d’implantations pendant leur rencontre organisée au siège de la division de Judée-Samarie de l’armée israélienne, à Beit El, une implantation du centre de la Cisjordanie.

Ces propos ont semblé répondre aux critiques exprimées par les chefs d’implantation, au cours de ces dernières semaines, contre le plan Trump. Certains s’y sont opposés parce qu’il offrirait, sous conditions, un État palestinien, et parce qu’il ne permettrait pas l’annexion d’une quantité suffisante de territoires en plus des implantations et de la vallée du Jourdain.

Il est difficile de savoir si Gantz a insinué qu’il était d’accord avec les plans d’annexion du Premier ministre Benjamin Netanyahu. Les Etats-Unis avaient dit, dans un premier temps, qu’ils reconnaîtrait cet extension de la souveraineté mais il semble qu’ils aient tempéré – pour le moins – leur enthousiasme pour cette initiative controversée.

Gantz a soutenu avec enthousiasme et publiquement le plan dit « de la paix à la prospérité » que le président Donald Trump avait dévoilé à la Maison Blanche au mois de janvier, mais il a également clairement établi qu’il voulait que l’annexion soit coordonnée avec les parties concernées, comme les Palestiniens et les Jordaniens. Cette condition préalable est largement considérée comme incompréhensible dans la mesure où Amman et Ramallah ont fait savoir sans équivoque qu’il était hors de question d’accepter une initiative unilatérale de ce type.

Lors de sa rencontre avec les chefs d’implantation – la première depuis qu’il occupe le poste de ministre de la Défense – Gantz a pris soin de souligner l’importance du traité de paix conclu entre Israël et la Jordanie.

« Quand nous prenons des initiatives diplomatiques, nous devons bien écouter ce qu’il se dit sur le terrain et autour de nous, notamment en ce qui concerne, par exemple, notre traité de paix signé avec la Jordanie », a-t-il déclaré, selon un communiqué de son bureau. « Ces accords contribuent grandement à notre sécurité et à notre stabilité régionales ».

Le ministre de la Défense Benny Gantz (deuxième à gauche) s’adresse aux chefs d’implantation au siège de la division Judée-Samarie de l’armée israélienne dans l’implantation de Beit El, le 9 juin 2020 (Crédit : Ariel Hermoni/ministère de la Défense)

« Il est de notre responsabilité, avant de prendre une décision sur l’annexion, de favoriser et d’aider les secteurs où des gens vivent légalement et en sécurité, et de leur permettre de vivre des vies normales », a-t-il ajouté, dans ce qui a semblé être une pique lancée à l’encontre des partisans du mouvement pro-implantation qui mettent en place des constructions illégales en Cisjordanie.

Gantz a reconnu que lui et Netanyahu n’avaient pas exactement le même point de vue sur l’élargissement de la souveraineté, ajoutant que les deux hauts-responsables oeuvraient à trouver des accords sur le sujet. Il s’est abstenu de dire qu’il tenterait de déjouer les initiatives d’annexion, selon un compte-rendu de son bureau.

Un leader d’implantation présent lors de la réunion a également raconté que Gantz leur avait dit que la Maison Blanche souhaitait qu’il y ait un compromis entre lui et Netanyahu concernant l’annexion.

Gantz a ensuite souligné – selon son bureau – que les Etats-Unis « sont notre meilleur ami, celui qui nous soutient dans tous les dossiers fatidiques décisifs, et nous préserverons ce partenariat ». Des propos qui ont paru être une réponse subtile à des commentaires qu’avait fait David Elhayani, le président du conseil de Yesha, l’organisation-cadre des maires d’implantation, qui avait clamé, la semaine dernière, que le plan de paix mis au point par l’administration américaine prouvait que Trump « n’est pas un ami d’Israël ».

Elhayani fait partie d’un camp constitué de plusieurs des 24 maires de Cisjordanie qui ont dénoncé avec véhémence le plan de Trump, disant qu’ils ne pouvaient pas accepter son objectif de l’établissement final d’un État palestinien et la transformation consécutive de 17 implantations en enclaves.

Mais tous les chefs d’implantation n’ont pas adopté cette approche combative d’Elhayani. Un nombre presque égal de maires a fait connaître son soutien au plan, disant qu’il représente toujours bien plus que ce dont ils auraient pu rêver il y a encore moins d’un an.

Commentant la réunion de mardi, la députée du Meretz, Tamar Zandberg, a estimé que Gantz « est en train de se réinventer en lobbyiste en faveur des Jeunes des collines et de l’annexion ».

« Gantz a même renoncé à sa volonté de changer la politique gouvernementale de l’intérieur et, au lieu d’empêcher l’annexion, il a rejoint ceux qui galopent vers la catastrophe », a-t-elle ajouté.

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