Antisémitisme : des personnalités britanniques ne voteront pas pour le Labour
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Antisémitisme : des personnalités britanniques ne voteront pas pour le Labour

John le Carré et Jimmy Wales font partie des signataires d'une lettre ouverte indiquant que soutenir le Parti travailliste envoie le message que "les préjugés antijuifs

Jeremy Corbyn quitte sa résidence dans le nord de Londres, le 28 octobre 2019. (Crédit : DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP)
Jeremy Corbyn quitte sa résidence dans le nord de Londres, le 28 octobre 2019. (Crédit : DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP)

Plus d’une vingtaine de personnalités britanniques, dont des auteurs, des historiens et des acteurs, ont publié une lettre ouverte jeudi, dans laquelle ils expliquent qu’ils ne pourront pas voter pour le Parti travailliste lors des prochaines élections en raison des scandales d’antisémitisme qui agitent le parti d’opposition.

Le problème de l’antisémitisme au sein du Labour sous la direction du dirigeant d’extrême gauche, Jeremy Corbyn, est très présent dans les débats en vue des élections du 12 décembre, qui devraient porter majoritairement autour du Brexit.

La lettre, publiée dans le Guardian, a notamment été signée par l’auteur de romans d’espionnage John le Carré, le fondateur de Wikipedia, Jimmy Wales, l’historien militaire Antony Beevor et l’acteur Tom Holland.

« Nous entendons nos amis juifs et nous constatons que leur souffrance a été délaissée, mise de côté par les arguments sur le futur européen de la Grande-Bretagne. Pour ceux qui insistent pour dire que le Labour est la seule alternative au dur Brexit de Boris Johnson, il semble qu’aujourd’hui, l’anxiété des Juifs n’est pas à l’ordre du jour », ont écrit les signataires.

La lettre considère la question de l’antisémitisme comme « centrale dans un débat plus vaste autour du type de pays que nous voulons être » et le fait de l’ignorer en raison du Brexit enverrait le message que tolérer « les préjugés anti-juifs étaient un prix qui valait la peine d’être payé pour obtenir un gouvernement travailliste ».

« Quelle autre communauté voit ses préoccupations ainsi ignorées ? Qui sera la prochaine ? », peut-on lire dans la tribune.

Combattre le racisme ne peut pas s’accompagner d’un abandon de la lutte contre l’antisémitisme, ont ajouté ses auteurs.

Jimmy Wales (Crédit photo: CC BY Jol Ito, Flickr)

« Et pourtant, c’est ce qu’un soutien apporté au Labour et à l’entrée de M. Corbyn à Downing Street reviendrait à dire », continuent-ils dans l’article. « La voie vers une société plus tolérante doit englober les Juifs de Grande-Bretagne avec une solidarité indéfectible ».

Tout en se refusant à prendre parti pour une formation politique, les signataires estiment qu’ils ne peuvent « en conscience » appeler à appuyer un parti qu’ils ne soutiendront pas. « Nous refusons de voter pour le Labour le 12 décembre », écrivent-ils.

Certains, parmi les signataires de la tribune, ont déjà dénoncé Corbyn dans le passé.

L’article note également l’enquête lancée sur le parti Travailliste concernant les accusations d’antisémitisme par la commission de l’Egalité et des droits de l’Homme britannique, et clame que Corbyn « a une longue expérience dans ses capacités à devenir le camarade d’antisémites. »

En réponse, le Labour a noté qu’un certain nombre de signataires avaient exprimé leur soutien pour les partis démocrate-libéral et conservateur.

« Nous prenons les accusations d’antisémitisme très au sérieux, nous entreprenons des actions solides et nous sommes absolument déterminés à déraciner la haine anti-juive de notre formation et de la société au sens large », a déclaré un porte-parole du parti.

Des membres de la communauté juive manifestent contre le chef du parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn, et contre l’antisémitisme au sein de son parti, devant les chambres du Parlement britannique dans le centre de Londres, le 26 mars 2018. (Crédit : AFP / Tolga Akmen)

La formation Travailliste britannique est régulièrement accusée d’antisémitisme, des allégations qui impliquent directement Corbyn, mis en cause en raison de son échec présumé à mettre un terme aux discours de haine et pour des actions passées au cours desquelles il a paru ignorer, détourner le regard ou encourager le fléau.

Suite à l’arrivée de Corbyn à la tête du parti, en 2015, les discours de haine anti-juifs et anti-israéliens ont commencé à proliférer dans les rangs du Labour. Des milliers d’incidents ont été répertoriés par des groupes internes aux Travaillistes comme Labour Against Antisemitism, et externes, notamment par l’organisation Campaign Against Antisemitism.

Certaines accusations émanent du soutien passé apporté à Corbyn à des causes pro-palestiniennes et de son refus d’adopter une définition de la haine anti-juive universellement acceptée – un positionnement qu’il a depuis partiellement réexaminé.

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