Antisémitisme : Rupture au Labour autour des lanceurs d’alerte
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Antisémitisme : Rupture au Labour autour des lanceurs d’alerte

Le parti aurait menacé d'anciens membres s'étant confiés à la BBC dans une émission d'enquête ; pour l'adjoint de Corbyn, il est idiot de "faire taire d'anciens employés"

Jeremy Corbyn, dirigeant du Labour, arrive au Newport Center, à Newport, dans le sud du Pays de Galles, à l’occasion d'un rassemblement en soutien à la future candidate parlementaire Ruth Jones, candidate à l'élection partielle de Newport West, le 30 mars 2019. (Ben Birchall / PA via AP)
Jeremy Corbyn, dirigeant du Labour, arrive au Newport Center, à Newport, dans le sud du Pays de Galles, à l’occasion d'un rassemblement en soutien à la future candidate parlementaire Ruth Jones, candidate à l'élection partielle de Newport West, le 30 mars 2019. (Ben Birchall / PA via AP)

Le Parti travailliste britannique est au cœur d’une nouvelle controverse depuis dimanche, après des révélations selon lesquelles il aurait menacé de poursuivre en justice d’anciens employés qui se sont entretenus avec la BBC pour exposer le problème d’antisémitisme qui agite le parti.

D’après le Sunday Times, au moins six anciens officiels ont accepté de parler à la BBC et de divulguer de nouveaux détails sur le sentiment anti-juif au sein de la formation et sur sa gestion des nombreuses allégations visant son chef, Jeremy Corbyn. Les ex-employés avaient signé des accords de confidentialité avec le Labour.

Les avocats représentant le Parti travailliste leur ont depuis adressé un courrier dans lequel ils les menaçaient de poursuites et les accusaient de « manquer de façon obscène à leurs obligations en faisant fuité des informations aux médias de façon sélective » d’après le quotidien.

L’émission d’enquête de la BBC, Panorama, doit être diffusée mercredi et présenter de nouvelles preuves que des conseillers de Jeremy Corbyn sont intervenus dans des procédures disciplinaires pour protéger ses membres accusés d’antisémitisme. L’enquête comprendra également des interviews avec des « témoins clés bien placés, » selon la bande-annonce du reportage.

Le Parti travailliste aurait obtenu certains détails du contenu de l’émission lorsque la BBC l’a contacté pour savoir ce qu’il pensait de l’enquête, titrée « Le Parti travailliste est-il antisémite ? »

La lettre envoyée par le cabinet d’avocats Carter Ruck, qui représente le Labour, à Sam Matthews, ancien responsable des conflits, lui indique que certaines informations présentées dans le documentaire ne pouvaient vraisemblablement » que venir de vous », a rapporté le Sunday Times.

Nombreux sont ceux au Royaume-Uni, y compris d’anciens et actuels membres du Parti travailliste, ont critiqué ce dernier pour avoir utilisé les clauses de confidentialité pour faire taire ses employés, alors qu’elle a régulièrement appelé par le passé à protéger les lanceurs d’alerte dans d’autres contextes, l’affaire Wikileaks, par exemple.

L’adjoint de Jeremy Corbyn, Tom Watson, a déclaré sur Twitter dimanche que « recourir à des avocats onéreux afin de faire taire des employés est autant futile que stupide. Ce n’est pas la façon de faire du Labour, et je la déplore ».

« Le Parti travailliste s’oppose aux closes de confidentialité, mais semble en imposer », a tweeté le député travailliste, Wes Streeting.

« Je suis protégé par mon immunité parlementaire. Je lancerai l’alerte à la Chambre des communes pour tous ceux qui en ont besoin. Les rayons du soleil sont le meilleur désinfectant. Plus d’excuses ou de cachettes », a-t-il également assuré, ajoutant que Jeremy Corbyn devrait « faire la même promesse ».

Le chef du mouvement juif travailliste, Mike Katz, a fait savoir aux médias britanniques : « Sachant que le Labour a appelé à la fin des clauses de confidentialité et à une plus grande protection juridique des lanceurs d’alerte, il est à la fois hypocrite et parfaitement inapproprié qu’il engage des avocats onéreux contre d’anciens employés qui agissent dans l’intérêt public pour informer du racisme anti-juif institutionnel ».

L’ex-députée du Labour Luciana Berger, au centre, arrive avec les parlementaires Chris Leslie, 3ème à droite, Angela Smith, deuxième à droite, et Gavin Shuker, pour une conférence de presse à Londres durant laquelle ils ont annoncé leur départ du parti travailliste et la formation d’un nouveau groupe de députés indépendant, le 18 février 2019 (Crédit : Daniel LEAL-OLIVAS / AFP)

« Chaque jour, je me dis que le Parti travailliste britannique ne pourra pas s’enfoncer davantage. Et pourtant, il y parvient », a déploré pour sa part la députée Luciana Berger, qui avait quitté la formation en raison du scandale d’antisémitisme.

« Et cela vient d’un parti dont la direction a férocement défendu les lanceurs d’alerte et leur protection. Mais ils ne veulent pas se l’appliquer à eux-mêmes », a-t-elle écrit sur Twitter.

Un député travailliste et fidèle de Jeremy Corbyn, John McDonnell, a soutenu que la BBC ne voulait que protéger des informations confidentielles et que c’était différent des cas d’entreprises tentant de faire taire des lanceurs d’alerte révélant des faits de racisme ou des crimes.

Une source travailliste a été citée par le Sunday Times fustigeant la BBC : « Avec de possibles élections législatives en perspective, cela ressemble à une interférence et un parti pris de la BBC dans le processus politique ainsi qu’à une violation de leurs lignes de conduite éditoriales ».

Le chef du Parti travailliste de l’opposition britannique Jeremy Corbyn, (à gauche), s’entretient avec le chef adjoint Tom Watson au début de la conférence annuelle du parti à Liverpool, en Angleterre, le 23 septembre 2018. (Stefan Rousseau/PA via AP)

Un porte-parole du parti a déclaré aux médias britanniques : « Il semble que parmi ces anciens membres mécontents figurent ceux qui se sont toujours opposés à la présidence de Jeremy Corbyn, œuvré activement pour la saper et utilisé des moyens personnels et politiques pour le détruire. Leur crédibilité de sources est donc douteuse ».

La BBC a réagi dimanche, accusant le parti de « critiquer une émission qu’il n’a pas vue » et se disant confiante d’avoir respecté ses consignes éditoriales.

Les travaillistes se sont divisés autour des accusations selon lesquelles le parti serait devenu hostile aux Juifs sous la direction de Corbyn, un critique féroce d’Israël et soutien de longue date de la cause palestinienne.

Depuis son élection à la tête du Labour en 2015, Corbyn fait face à de nombreuses accusations sur son attitude critique envers Israël et de sa supposée tolérance de l’antisémitisme qui aurait instillé une haine des Juifs au cœur du parti.

En 2009, Corbyn a qualifié le Hamas et le Hezbollah d’amis et déclaré que le Hamas recherchait la paix et la justice. En 2013, il a défendu une peinture murale antisémite. En 2014, il a déposé des fleurs sur les tombes de terroristes palestiniens ayant assassiné des athlètes israéliens aux JO de Munich en 1972. L’année suivante, il a déclaré que les « sionistes » britanniques ne comprennent pas l’ironie britannique.

En février, neuf députés ont quitté les rangs du Parti travailliste, dénonçant la gestion de l’antisémitisme par la direction.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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