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Antisémitisme : Un théâtre britannique au cœur d’une controverse

Le Royal Court Theater avait donné un nom Juif à un personnage de milliardaire voulant contrôler le monde ; il avait été mis en garde contre ce choix par un metteur en scène juif

Une vue du Royal Court Theatre sur Sloane Square, à Londres, le 20 avril 2021. (Crédit :  Rob Pinney/Getty Images via JTA)
Une vue du Royal Court Theatre sur Sloane Square, à Londres, le 20 avril 2021. (Crédit : Rob Pinney/Getty Images via JTA)

Un théâtre britannique aurait été averti, plusieurs mois avant la première présentation au public d’une nouvelle pièce, que le nom à consonnance juive d’un personnage – un milliardaire – ayant pour ambition de dominer le monde pourrait être offensant.

Le célèbre Royal Court Theater, à Londres, a annoncé au début du mois avoir changé le nom de « Hershel Fink » et il a présenté des excuses même s’il n’a reconnu aucun préjugé anti-juif conscient. Cette initiative est survenue suite à l’indignation suscitée par le nom donné au personnage de la pièce Rare Earth Mettle écrite par Al Smith, présentée à la presse en date du 16 novembre.

Le théâtre a souligné que Hershel Fink, directeur-général d’une entreprise de voitures électriques qui a pour ambition de contrôler le monde, n’était pas un personnage juif et que le nom avait été changé, devenant Henry Finn dans la pièce – qui ne fait aucune référence aux Juifs par ailleurs.

Toutefois, dans un communiqué qui a été émis jeudi, le théâtre a déclaré que l’utilisation de ce nom avait fait l’objet d’une mise en garde au mois de septembre pendant une discussion de travail, de la part d’un metteur en scène juif.

Le 8 novembre, les responsables du Royal Court ont été informés que le nom avait été évoqué par un metteur en scène juif dans le cadre d’une discussion de travail de l’initiative « Metteurs en scène : Travail sur de nouvelles pièces en septembre 2021 », a dit le théâtre. « Nous discutons actuellement avec ce metteur en scène dans la mesure où nous nous interrogeons sur les raisons justifiant que cette remarque n’ait pas été transmise à l’auteur, et que les choses en soient restées là. Cet incident spécifique fera partie du réexamen interne réalisé par le conseil d’administration ».

Trois sources ont confirmé au Sunday Times que ce jeune metteur en scène juif avait évoqué son inquiétude avec le metteur en scène de la pièce, Hamish Pirie.

Il avait expliqué à Pirie que ce nom était clairement d’origine juive et qu’il épousait un trope antisémite, ce que les critiques pourraient dénoncer, a rapporté dimanche le Jewish Chronicle qui a cité l’article du Times.

Le théâtre a fait savoir que ses responsables se penchaient sur l’incident et qu’un réexamen interne était réalisé pour déterminer comment une telle chose avait pu survenir, dans toutes les sphères de l’organisation. Le Royal Court Theater a ajouté prévoir de travailler avec la communauté juive pour nouer de meilleurs liens.

« Nous sommes fiers du travail que nous avons effectué et que nous effectuons encore avec des auteurs et des artistes juifs », a dit le théâtre, qui a souligné une pièce en préparation sur l’antisémitisme à la gauche de l’échiquier politique, avec l’actrice juive Tracy-Ann Oberman.

Tracy-Ann Oberman dans le rôle de Nancy Malinovsky dans ‘Ridley Road.’ (Autorisation : Red Productions)

Oberman a répondu à l’article du Sunday Times en disant qu’elle allait mener son projet à bien avec pour objectif de directement s’attaquer, sur les planches, au problème de l’antisémitisme.

« Il n’y a pas de meilleur endroit pour commencer à détricoter les préjugés antijuifs, inconscients ou autres, que dans cette salle de théâtre historique de la gauche progressiste qui, à ce moment précis, se trouve au cœur de la tempête sur ce sujet particulier », a-t-elle écrit.

Oberman a estimé que la controverse entrait dans le cadre d’une problématique plus large qui devait retenir l’attention d’Equity UK, le syndicat des acteurs britanniques.

« Si le Royal Court est prêt à reconnaître le mal qui a été fait, alors les organisations telles qu’Equity UK doivent en prendre note et accepter qu’un grand nombre de leurs membres juifs ne se sentent pas en sécurité, représentés ou entendus dans ces groupes », a-t-elle écrit. « Le changement arrive ».

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