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Antony Blinken sera en Israël et à Ramallah la semaine prochaine

Pour son deuxième voyage dans la région, le secrétaire d’État souhaite notamment renforcer le soutien d'Israël aux efforts occidentaux pour mettre fin à la guerre en Ukraine

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Le secrétaire d'État Antony Blinken rencontre le Premier ministre Naftali Bennett à l'hôtel Willard à Washington, le 25 août 2021. (Crédit : Olivier Douliery/Pool via AP)
Le secrétaire d'État Antony Blinken rencontre le Premier ministre Naftali Bennett à l'hôtel Willard à Washington, le 25 août 2021. (Crédit : Olivier Douliery/Pool via AP)

Le secrétaire d’État américain Antony Blinken se rendra en Israël et en Cisjordanie la semaine prochaine, dans le cadre d’une tournée plus large dans la région, a annoncé jeudi le Département d’État.

Blinken mettra ce voyage à profit pour coordonner avec les alliés des États-Unis les réponses suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Seront aussi évoquées « les activités déstabilisatrices de l’Iran », les accords d’Abraham et l’amélioration des liens israélo-palestiniens, a déclaré le Département d’État.

Blinken rencontrera en Israël le Premier ministre Naftali Bennett, le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, le ministre de la Défense Benny Gantz et le président Isaac Herzog. Il rencontrera le chef de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, ainsi que des représentants de la société civile palestinienne à Ramallah.

Blinken décollera pour la région samedi, avec Israël et la Cisjordanie pour premières destinations. Il se rendra ensuite au Maroc et en Algérie avant de retourner aux États-Unis mercredi, a indiqué le Département d’État. Ce sera le deuxième voyage de Blinken en Israël et en Cisjordanie en qualité de Secrétaire d’État, et son tout premier depuis que le nouveau gouvernement israélien a prêté serment, en juin dernier.

L’administration Biden invite ses alliés, y compris Israël et les Palestiniens, à se joindre aux actions occidentales en faveur de l’Ukraine. Il a reçu une réponse limitée avec Israël et les Palestiniens, qui se gardent tous deux de contrarier la Russie.

Jérusalem, dont la position géopolitique est beaucoup plus forte que celle de Ramallah, est toutefois un peu sortie de sa réserve, en mettant en place un hôpital de campagne sur le territoire ukrainien afin de soigner les blessés de l’offensive russe. Israël a également envoyé plusieurs cargaisons de fournitures humanitaires en zone de guerre. Toutefois, dans l’idée de s’imposer comme médiateur entre la Russie et l’Ukraine, Israël a refusé à plusieurs reprises d’accéder à la demande de livrer des armes à Kiev et a choisi de ne pas imposer de sanctions contre les oligarques russes, position qui préoccupe l’administration Biden.

Le chef de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, à droite, rencontre le Secrétaire d’État américain Antony Blinken, à Ramallah, en Cisjordanie, le 25 mai 2021. (Crédit : AP Photo/Majdi Mohammed, Pool)

Plus tôt ce mois-ci, la Sous-Secrétaire d’État américaine aux Affaires politiques, Victoria Nuland, a averti Israël lors d’une interview à la Douzième chaîne : « Vous ne voudriez pas devenir le dernier refuge de l’argent sale qui alimente les guerres de Poutine. »

Lapid a par la suite annoncé qu’« Israël ne serait pas une voie de contournement des sanctions imposées à la Russie ». Cependant, aucune autre annonce n’a été faite pour indiquer comment le gouvernement prévoyait d’empêcher le pays d’être utilisé comme refuge par les oligarques russes.

De gauche à droite : le prince héritier d’Abou Dhabi Mohammed bin Zayed al-Nahyan, le président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi et le Premier ministre Naftali Bennett se rencontrent à Charm el-Cheikh, le 22 mars 2022. (Crédit : Porte-parole de la présidence égyptienne)

La visite de Blinken est également programmée au moment-même où les États-Unis espèrent conclure les négociations avec l’Iran sur un retour à l’accord nucléaire connu sous le nom de Plan d’action global conjoint [JCPOA]. Un point d’achoppement largement commenté ces derniers jours concerne une demande présumée des Iraniens que soit retiré le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) – une branche de son armée – de la liste des organisations terroristes étrangères du Département d’État, à laquelle il avait été ajouté en 2019.

Le gouvernement israélien a publiquement pris position contre cette décision, dont les implications seraient au final assez largement symboliques dans la mesure où d’importantes sanctions économiques américaines contre le CGRI resteraient en vigueur.

Jérusalem a souligné que le CGRI était à l’origine de nombreux attentats contre des cibles israéliennes et américaines, soutenant que rien ne justifiait une pareille décision, alors même que les Gardiens de la révolution avaient intensifié leurs activités dans la région ces dernières années.

Israël s’est également opposé à une relance du JCPOA, mais Bennett a préféré limiter le nombre de sujets irritants avec les États-Unis afin de ne pas tendre la relation avec son allié le plus important, contrairement à ce qu’avait fait le Premier ministre de l’époque, Benjamin Netanyahu, préalablement à la signature de l’accord nucléaire initial sous l’administration Obama.

La visite se déroulera quelques jours après que Bennett se soit rendu dans la station balnéaire du Sinaï de Charm el-Cheikh pour le tout premier sommet trilatéral avec le président égyptien Abdel-Fattah al-Sissi et le prince héritier des Émirats arabes unis, cheikh Mohammed bin Zayed Al Nahyan. Cela a constitué le dernier événement en date de la normalisation recherchée dans le cadre des accords d’Abraham entre Israël et ses voisins arabes, que l’administration Biden s’est engagée à soutenir.

L’administration Biden s’est largement concentrée sur le renforcement des accords existants et l’intégration de l’Égypte et de la Jordanie dans son giron. Convaincre de nouveaux pays de rejoindre les accords constituerait un défi de plus, car ceux qui étaient le plus intéressés ont déjà franchi le pas, et ceux qui ne l’ont pas encore fait pourraient attendre des incitations de Washington que l’administration Biden n’est pas prête à donner.

Les responsables américains ont par ailleurs exprimé leur malaise face à la décision prise à l’époque par l’ex-président américain Donald Trump de vendre des avions de combat F-35 aux Émirats arabes unis dans le cadre de sa négociation de l’accord de normalisation entre Jérusalem et Abou Dhabi. Le même malaise a été identifié au sujet de la reconnaissance par Trump de la région contestée du Sahara occidental en tant que territoire marocain dans le cadre de l’accord de normalisation de ce dernier avec Israël. Néanmoins, Biden n’est revenu sur aucune de ces décisions, compte tenu du large soutien existant en faveur des accords d’Abraham.

Sur le dossier israélo-palestinien, Blinken profitera de la visite pour inviter Israël à continuer à prendre des mesures de nature à préserver les perspectives d’une solution à deux États. Il s’agit notamment de l’augmentation du nombre de permis de travail délivrés aux Palestiniens en Cisjordanie et à Gaza, ainsi que de projets d’infrastructure dans les deux territoires. Il mettra également en garde les deux parties contre la prise de mesures unilatérales susceptibles d’attiser les tensions, en particulier avant une confluence de fêtes religieuses le mois prochain, qui inquiète les responsables de toutes parts, qui craignent une flambée de violence.

Le secrétaire d’État américain Antony Blinken, à gauche, et le ministre des Affaires étrangères israélien Yair Lapid, à droite, à Riga, en Lettonie, le 7 mars 2022. (Crédit : Olivier Douliery/Pool/AFP)

Blinken soulèvera également la question du consulat américain à Jérusalem lors de ses entretiens avec les dirigeants israéliens et palestiniens, a déclaré jeudi à la presse la Secrétaire adjointe par intérim pour les affaires du Proche-Orient, Yael Lempert.

Lors de sa dernière visite dans la région en mai dernier, Blinken avait annoncé que les États-Unis rouvriraient le consulat. Le consulat avait servi de mission de facto auprès des Palestiniens avant d’être fermé par l’ancien président Donald Trump en 2019.

Depuis cette annonce, rien n’a bougé et plusieurs sources proches du dossier ont déclaré au Times of Israel en décembre que le plan avait effectivement été mis de côté compte tenu de l’opposition israélienne. Cela n’a pas empêché les responsables américains de rappeler que le projet de réouverture de la mission restait d’actualité.

Lempert a déclaré aux journalistes lors d’une conférence de presse que la question serait évoquée, sans préciser si les États-Unis espéraient toujours voir se réaliser ce qui avait été une promesse de campagne du président américain Joe Biden.

Le bâtiment du consulat général des États-Unis à Jérusalem, le 4 mars 2019. (Crédit : Ariel Schalit / AP)

L’Autorité Palestinienne est déçue et contrariée par l’administration Biden, qui a relancé les relations et renouvelé son aide aux Palestiniens tout en acceptant assez largement la position israélienne selon laquelle les parties ne seraient pas prêtes à une solution négociée. Confrontés à une crise économique qui ne cesse de s’intensifier, les responsables de Ramallah affirment qu’ils ne peuvent pas se permettre d’attendre.

Abbas est également supposé accueillir le roi Abdallah de Jordanie la semaine prochaine, ce qui laisse penser que la visite de Blinken à Ramallah pourrait coïncider avec celle du monarque hachémite.

Pendant son séjour au Maroc, Blinken rencontrera le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, ainsi que le prince héritier des Émirats arabes unis, dans un effort manifeste d’améliorer les relations tendues avec Abou Dhabi, qui a dénoncé un manque de soutien américain face aux attaques de missiles des rebelles houthis du Yémen. Les Émirats arabes unis avaient fait pression sur l’administration Biden pour qu’elle qualifie de nouveau les Houthis soutenus par l’Iran d’organisation terroriste, qualification que Biden avait fait retirer peu de temps après son entrée en fonction.

En Algérie enfin, Blinken rencontrera le président algérien Abdelmadjid Tebboune et le ministre des Affaires étrangères Ramtane Lamamra, alors que les États-Unis seront le « pays d’honneur de la Foire internationale d’Alger, le plus grand salon professionnel de ce type en Afrique », a annoncé le Département d’État.

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