Appel de rabbins à prier contre l’Eurovision, « profanation » du Shabbat
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Appel de rabbins à prier contre l’Eurovision, « profanation » du Shabbat

Le Premier ministre a assuré aux dirigeants des partis ultra-orthodoxes que l'Eurovision était une manifestation internationale "sur laquelle le gouvernement n'a pas de contrôle"

Chaim Kanievsky (Crédit : capture d'écran YouTube)
Chaim Kanievsky (Crédit : capture d'écran YouTube)

D’éminents rabbins ultra-orthodoxes israéliens ont appelé mercredi à prier pour dénoncer la « profanation » que constitue, selon eux, la tenue du concours de l’Eurovision durant Shabbat, le jour sacré de repos hebdomadaire juif.

La compétition se déroule cette année à Tel-Aviv. Le Shabbat, observé du vendredi au samedi soir, prendra fin juste avant le début de la finale, mais les répétitions et les préparatifs auront lieu avant.

Or la religion juive interdit de travailler, de circuler en voiture ou d’allumer l’électricité durant ce jour sacré, et encourage plutôt l’étude de la Torah, la prière à la synagogue ou le sommeil.

Les ultra-orthodoxes, qui représentent environ 10 % de la population d’Israël, suivent rigoureusement les prescriptions juives dans tous les aspects de leur vie.

Les organisateurs de l’Eurovision se préparent à « profaner de manière publique et éclatante le jour sacré et glorieux du Shabbat, Dieu nous préserve », a écrit le rabbin Chaim Kanievsky dans un message manuscrit appuyé par un autre éminent rabbin, Gershon Edelstein.

« Ils forcent de nombreuses personnes respectueuses du Shabbat à travailler le samedi, nous ne pouvons rien faire contre de tels procédés qui menacent notre présence sur cette terre sainte », a déclaré le rabbin de 91 ans, dans cette missive publiée dans des médias religieux.

« Nous devons appeler à venir prier et à supplier Dieu de nous protéger », a-t-il ajouté, incitant les fidèles à se rendre dans les synagogues vendredi à minuit.

L’Eurovision se retrouve au coeur de la confrontation persistante en Israël entre l’observance des règles juives et la vie moderne, comme notamment l’utilisation des transports publics le samedi ou l’exemption de service militaire pour les étudiants des écoles talmudiques.

La querelle n’empêche pas les ultra-orthodoxes de participer à la vie publique et ils devraient à nouveau faire partie de la coalition de gouvernement que Benjamin Netanyahu s’emploie à former après sa récente victoire aux législatives. Les ultra-orthodoxes représentent la troisième force dans le Parlement nouvellement élu.

Le Premier ministre a assuré mardi aux dirigeants des partis ultra-orthodoxes que l’Eurovision était une manifestation internationale « sur laquelle le gouvernement n’a pas de contrôle ».

« Le gouvernement ne cherche pas à profaner le Shabbat. La plupart des participants (à l’Eurovision) viennent de l’étranger et ne sont pas juifs », leur a-t-il écrit.

Le parti ultra-orthodoxe Yahadout HaTorah avait annulé le 6 mai des négociations de coalition après avoir appris que des autorisations de travail avaient été accordées à des milliers de personnes, leur permettant de travailler pendant Shabbat, pour le concours de l’Eurovision.

« C’est choquant de découvrir que des milliers de permis de travail pendant Shabbat ont été émis », avait déclaré Moshe Gafni, coprésident du parti, au journal Yated Neeman, ajoutant que son parti n’accepterait pas « cette grave situation ». « Dans l’état actuel des choses, il est impossible de continuer (les négociations). Nous ne resterons pas silencieux face à la profanation du Shabbat », avait déclaré Gafni. « Nous avons informé (le Likud) qu’il n’y en aura plus. »

En vertu de la loi israélienne, il faut un permis spécial pour employer un Juif pendant Shabbat. Une autre loi, adoptée en 2017, impose au ministre du Travail, actuellement Haim Katz, du Likud, de prendre en compte plusieurs facteurs lorsqu’il accorde ces permis, notamment le bien-être des employés, la tradition juive, la possibilité d’une alternative, et les effets qu’auront le travail pendant Shabbat sur la sphère publique.

Cette loi faisait partie d’un accord de compromis conclu avec les partis ultra-orthodoxes, qui devraient être un pivot de la prochaine coalition que doit former le Premier ministre Benjamin Netanyahu. Le chef de YaHadout HaTorah Yaakov Litzman avait à l’époque menacé de quitter la coalition.

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