Après 40 ans, John Irving revient à Jérusalem, décor de son nouveau roman
Le romancier plusieurs fois récompensé a pris la parole au centre culturel Mishkenot Shaananim, nostalgique de son séjour en Israël. Rien n'a filtré de son projet actuel, "Queen Esther"

Absorbé par son dernier roman Queen Esther, l’écrivain John Irving, connu pour Le Monde selon Garp et Les règles de la cidrerie, a fait son retour tant attendu à Jérusalem, 40 ans après sa dernière visite.
Depuis l’auditorium Gilbert De Botton du centre culturel Mishkenot Shaananim, devant un public nombreux et passionné, Irving a fait le point sur son nouveau projet : « Je l’ai terminé… mais j’ai laissé des blancs. »
Agé de 82 ans, il avait le cheveu blanc, contrastant avec ses tatouages sombres, sur le bras, en hommage à Moby Dick et à cette région qui fut la sienne, la Nouvelle-Angleterre.
Les personnages d’Irving ayant un lien avec le judaïsme sont nombreux, ce qui, de son aveu, lui vient d’amis d’enfance juifs qu’il a connus lorsqu’il s’est mis à la lutte. Eux et lui se sentaient rejetés.
« J’ai grandi dans une petite ville de la Nouvelle-Angleterre et j’ai toujours senti que je n’étais pas d’ici. Je me suis toujours senti étranger », a déclaré Irving.
« Je ne suis pas juif, mais j’ai toujours été pro-Israël et pro-juif. Les premiers Juifs que j’ai connus ont été mes coéquipiers de lutte. Eux aussi avaient des problèmes. Mais nous étions ensemble pour pratiquer cette activité, il était donc naturel – ou tout du moins il me paraissait naturel – d’être avec eux », a-t-il précisé.
« Vous êtes Juif d’honneur », lui a dit la modératrice, Gili Izikovich, dans un anglais approximatif.
L’interview a été entrecoupée de lectures d’œuvres d’Irving, dont « Le monde selon Garp », lu en hébreu par Adi Gilat.
A la fin de l’événement, Irving a dénoncé le « fascisme de l’imagination », qu’il a décrit comme une façon de brider la pensée et de la circonscrire aux seules expériences de soi, au lieu de s’intéresser au monde avec l’esprit ouvert.
Irving aurait dû se rendre au centre culturel de Jérusalem pour le Festival international des écrivains, en mai dernier, mais il avait contracté la COVID-19 et avait donc donné une interview sur Zoom à Ari Folman, connu pour son film « Valse avec Bashir ».
« Queen Esther », du nom du personnage biblique, devrait se dérouler en partie dans la Jérusalem des années 1980, soit à l’époque de la dernière visite d’Irving en Terre Sainte.
On en sait encore très peu sur ce roman, Irving ayant tendance à garder le secret sur ses projets. Il en a toutefois lu des extraits lors d’un événement littéraire à Buffalo en mars dernier.
Irving a, à plusieurs reprises, dit son enthousiasme pour ce voyage en Israël. « Il y a beaucoup de nostalgie dans ce voyage », confiait Irving au Times of Israel en mai.
« J’ai 82 ans, je ne peux aller nulle part sans que cela me rappelle des gens que j’ai connus, mais ce sentiment a toute sa place dans le roman », avait-il poursuivi.
Interrogé par le Times of Israel sur son message aux Israéliens suite au 7 octobre, Irving a répondu : « Je suis pro-Israël, je vous soutiens. J’ai toujours été ainsi. Mais ce n’est pas à moi de faire passer des messages, parce que ce n’est pas mon pays. »







