Rechercher

Après la présidentielle, nouvelle percée historique de l’extrême droite en France

Le parti d'extrême-droite a obtenu un groupe de 80 à 95 députés, soit dix à quinze fois plus d'élus qu'actuellement à l'Assemblée nationale, où le président a perdu la majorité

La dirigeante du parti d'extrême droite français Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, prononce un discours après les premiers résultats des élections législatives à Henin-Beaumont, dans le nord de la France, le 19 juin 2022. (Crédit : DENIS CHARLET / AFP)
La dirigeante du parti d'extrême droite français Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, prononce un discours après les premiers résultats des élections législatives à Henin-Beaumont, dans le nord de la France, le 19 juin 2022. (Crédit : DENIS CHARLET / AFP)

Deux mois après avoir réalisé un score inégalé à la présidentielle en France, l’extrême droite enregistrait une nouvelle percée historique dimanche au second tour des législatives en obtenant un groupe de 80 à 95 députés, soit dix à quinze fois plus d’élus qu’actuellement, selon les premières estimations.

Cette progression de l’extrême droite à l’Assemblée nationale marque un tournant en France qui jusqu’à présent comptait parmi les quelques pays d’Europe contenant l’avancée de cette famille politique, notamment grâce à un mode de scrutin majoritaire qui lui est défavorable.

La candidate du Rassemblement national (RN) à l’Elysée Marine Le Pen, qui avait déjà obtenu un score jamais vu (41,5 %) au second tour de la présidentielle le 24 avril face au président centriste libéral Emmanuel Macron, a salué un groupe de « loin le plus nombreux de l’histoire » de son parti.

Promettant d’incarner une « opposition ferme » mais « respectueuse des institutions », elle a prévenu que les nouveaux députés RN défendraient leurs « idées sur l’immigration, la sécurité, le chômage, la justice fiscale et sociale, les territoires oubliés, les citoyens maltraités ou la démocratie bafouée ».

La constitution d’un groupe à l’Assemblée – qui requiert un minimum de 15 députés – est une première pour le RN depuis la législature 1986-1988 lorsqu’une dose de proportionnelle avait été instaurée, permettant au parti, alors nommé Front national, d’y parvenir.

Le palais Bourbon, siège de l’Assemblée nationale française. (Crédit : Luctor/Domaine public/WikiCommons)

Loin d’être cosmétique, la formation d’un groupe permet à son président de demander la création d’une commission spéciale, ou y faire opposition, de réclamer une suspension de séance ou encore de bénéficier d’un temps de parole plus important pour les questions au gouvernement. En un mot, de peser davantage dans le débat.

Le scrutin ouvre donc de nouvelles perspectives au parti d’extrême droite qui devrait devancer en siège à l’Assemblée le parti de droite Les Républicains (LR).

La coalition présidentielle sortante Ensemble! perd quant à elle la majorité absolue face à l’alliance de la gauche Nupes, selon les premières estimations.

Le leader de la coalition de gauche NUPES Jean-Luc Mélenchon prononce un discours après les premiers résultats des élections législatives à Paris, le 19 juin 2022. (Crédit : Bertrand GUAY / AFP)

Dans le détail, le RN gagne notamment des députés en Moselle (est), dans les Hauts-de-France (nord) et dans le Var (sud) et réalise le grand chelem dans les Pyrénées orientales (sud), où il remporte les quatre circonscriptions.

« Tsunami »

Le patron par intérim du RN, Jordan Bardella, a salué sur la chaîne TF1 un « tsunami » pour son mouvement.

Ce soir, Emmanuel Macron « est un président minoritaire. Nous allons à l’Assemblée nationale pour construire cette opposition que les autres groupes ne sont pas », a-t-il poursuivi.

Le RN réalise cette performance en dépit d’un scrutin majoritaire et d’une absence d’alliances avec le parti d’extrême droite du polémiste Eric Zemmour, Reconquête !, et sur fond de forte abstention, autour de 54 %.

Marine Le Pen devrait présider le groupe RN. Elle avait dit récemment son « envie de mener la bataille à l’Assemblée avec un groupe de députés » et confié avoir « été extrêmement frustrée ces cinq dernières années, où on n’avait pas les moyens de se battre, où on n’avait pas les moyens de s’exprimer ».

Prendre la présidence du groupe devrait la conduire à lâcher la tête du parti, briguée à demi-mot par Jordan Bardella, et par le maire de Perpignan et vice-président du RN Louis Aliot.

Marine Le Pen avait pourtant peiné à se faire entendre pendant la campagne face au duel Ensemble ! et la gauche de Nupes. Elle avait même démarré sa campagne en quasi perdante, en assurant qu’Emmanuel Macron obtiendrait une majorité.

La responsable d’extrême droite avait ensuite revu à la hausse ses ambitions, en soulignant que le RN, arrivé en tête dans 108 circonscriptions, pourrait « potentiellement » obtenir autant de sièges.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...