Après l’attentat, les juifs canadiens forment une « chaîne pour la paix » autour des mosquées
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Après l’attentat, les juifs canadiens forment une « chaîne pour la paix » autour des mosquées

Madame le rabbin Yael Splansky, de Toronto a lancé une initiative de solidarité interconfessionnelle suite à l’attentat qui a fait 6 victimes à Québec

Des juifs de Toronto forment des "chaînes pour la paix" autour du Centre culturel Imdalul à Toronto, au Canda, le 3 février 201. (Crédit : Facebook/Holy Blossom Temple)
Des juifs de Toronto forment des "chaînes pour la paix" autour du Centre culturel Imdalul à Toronto, au Canda, le 3 février 201. (Crédit : Facebook/Holy Blossom Temple)

Des centaines de canadiens, dont de nombreux juifs ont formé des « chaînes pour la paix » autour des mosquées canadiennes vendredi, pour manifester leur solidarité avec les musulmans après l’attentat meurtrier qui a eu lieu dans une mosquée de la ville de Québec durant la prière, le 29 janvier.

Alexandre Bissonnette, un étudiant franco-canadien de 27 ans, connu pour ses positions nationalistes d’extrême-droite, a été inculpé pour six accusations de meurtre au premier degré, 5 tentatives d’homicide après le massacre qui a fait 6 morts et 19 blessés.

C’est Yael Splansly, grand-rabbin de la synagogue Holy Blossom de Toronto, qui est à l’origine de ces chaînes humaines.

Après que Splansky a lancé l’idée à ses collègues et a obtenu le soutien du Conseil des Rabbins de Toronto, de nombreuses synagogues de la ville se sont associées pour rassembler de nombreuses personnes. Ensemble, elles ont encerclé sept mosquées de la région de Greater Toronto. Les mosquées ont été réceptives à ce geste, et certaines églises se sont associées à cette initiative interconfessionnelle.

Des chaînes pour la paix et des visites de solidarité ont également eu lieu vendredi dans d’autres villes du Canada, notamment Ottawa, Edmonton, Montréal, Halifax et St John’s.

« Leur douleur est aussi notre douleur », a déclaré le rabbin Jarrod Grover à Inside Toronto. Vendredi, Grover s’est associé à la manifestation à la Fondation islamique de Toronto.

« Ces gens sont nos amis. Si vous les attaquez, vous nous attaquez. Nous allons montrer notre solidarité », a déclaré Grover à la synagogue Beth Tikvah.

Spansky a affirmé au Times of Israel que cette idée lui est venue après qu’elle a adressé une lettre de condoléances au dirigeants du Centre culturel islamique de Québec, le lieu de culte qui a été visé.

« Les mots ne restent que des mots. »

« Les mots ne restent que des mots. Mais quand je me suis souvenue des chaînes humaines formées par des musulmans à la synagogue d’Oslo en Norvège, après les attentats antisémites de Paris et de Copenhague, je me suis dit que nous pourrions en faire de même, que les juifs manifestent leur solidarité à l’égard des musulmans », a expliqué Splansky.

Le rabbin Adam Cutler de la communauté Beth Tezdec a également participé à la manifestation à la Fondation islamique de Toronto. Il a déclaré à Inside Toronto que l’attentat de Québec était une « atrocité ».

« C’est une valeur fondamentalement juive que d’aimer son prochain, que de lutter contre l’intolérance et la haine, et nous pouvons le faire en se tenant main dans la main avec les communautés qui se sentent vulnérables et apeurées », a déclaré Cutler.

Splansky et 250 autres personnes ont encerclé le Centre islamique Imdadul pendant que les fidèles priaient à l’intérieur la prière de Jum’ah. Holy Blossom entretenait déjà des rapports avec la mosquée. Les élèves du cours de préparation à la bar mitsva et bat mitsva (majorité religieuse) s’y étaient rendus le lundi précédent dans le cadre de son étude sur les religions du monde.

« Ils avaient préparé de la pizza casher pour les enfants. C’était tellement gentil de leur part », a raconté Splansky.

Le rabbin de la communauté Holy Blossom, Yael Splansky (à droite ) s'entretient avec le chef du Centre culturel Imdadul losr de chaînes pour la paix à Toronto au Canada, le 3 février 2017. (Crédit : Facebook/Holy Blossom Temple)
Le rabbin de la communauté Holy Blossom, Yael Splansky (à droite ) s’entretient avec le chef du Centre culturel Imdadul losr de chaînes pour la paix à Toronto au Canada, le 3 février 2017. (Crédit : Facebook/Holy Blossom Temple)

Quand les prières se sont terminées, la chaîne s’est rompue et tout le monde est venu à la rencontre des fidèles, au son de chants de paix, notamment celui du chanteur-compositeur Moshe Ben Ari ‘Od Yavo Shalom Aleinu’, dans lequel figure le mot salam, paix en arabe.

« Certains des fidèles ont été surpris et émus. Certains avaient les larmes aux yeux. Les plus jeunes se sont emparés de leurs téléphones pour filmer la scène », raconte Splansky.

Des Juifs de Toronto forment une chaine pour la paix autour du Centre culturel Imdadul à Toronto au Canada, le 3 février 2017. (Crédit : Facebook/Holy Blossom Temple)
Des Juifs de Toronto forment une chaine pour la paix autour du Centre culturel Imdadul à Toronto au Canada, le 3 février 2017. (Crédit : Facebook/Holy Blossom Temple)

« L’un des dirigeants de la communauté, un homme nommé Mohammed, m’a confié qu’il a été impressionné de voir tant de personnes de tous âges confondus se déplacer – certaines personnes âgées sont venues avec des cannes, des parents ont amené leurs bébés en poussette », a déclaré le rabbin.

L’imam Yusuf Badat de la Fondation islamique de Toronto a salué le soutien de ses « frères et sœurs juifs ».

« Ils se tiennent à nos côtés », a déclaré Badat à Inside Toronto.

« En tant que Canadien, en tant que musulman, en tant qu’être humain, je suis fier de voir que nos communautés comptent des âmes tellement merveilleuses qui comprennent et qui sont là pour tendre la main », a affirmé Badat.

C’est la première fois qu’un rabbin, et d’autant plus une femme, reçoit un tel honneur dans cette mosquée.

Plusieurs communautés musulmanes ont invité des rabbins à prendre la parole dans leurs mosquées. Splansky a été invitée au Centre islamique Imdalul pour s’adresser aux fidèles durant la prière. C’est la première fois qu’un rabbin, et d’autant plus une femme, reçoit un tel honneur dans cette mosquée.

« C’était complètement spontané. Ils m’ont sorti de la chaîne et m’ont demandé de venir et de parler. Je leur ai exprimé toutes nos condoléances et je leur ai dit qu’ils n’étaient pas seuls, que nous sommes à leurs côtés. Nous avons la chance de vivre dans un pays qui est un sanctuaire de la liberté de culture, et nous ne devrions jamais avoir peur d’entrer dans la maison de Dieu », a analysé Splansky.

Le rabbin a également parlé de ceux qui se tenaient devant la mosquée dans la chaîne pour la paix et a mis en lumière l’importance de joindre les mots et la prière à l’action. Elle a souligné que cette chaîne n’était en rien une manifestation politique, mais elle l’a décrite comme « une prière en action ».

Selon Splansky, ses fidèles et d’autres juifs canadiens ont été ravis de pouvoir manifester leur sentiment à l’égard de l’attentat de Québec et des évènements politiques au sujet de la frontière sud.

« Nous savons ce pour quoi nous élevons et ce pour quoi nous ne nous lèverons pas. Et nous avons la chance et – nous en sommes reconnaissants – que notre travail reçoive le soutien du gouvernement », a-t-elle ajouté.

Le rabbin de la communauté Holy Blossom, Yael Splansky (à droite ) accueille les fidèles qui sortent du Centre culturel Imdadul losr de chaînes pour la paix à Toronto au Canada, le 3 février 2017. (Crédit : Facebook/Holy Blossom Temple)
Le rabbin de la communauté Holy Blossom, Yael Splansky (à droite ) accueille les fidèles qui sortent du Centre culturel Imdadul losr de chaînes pour la paix à Toronto au Canada, le 3 février 2017. (Crédit : Facebook/Holy Blossom Temple)
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