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Après le drame de Surfside, Américains et Israéliens développent une nouvelle doctrine mondiale

Les pompiers américains ont passé cinq jours à s'entraîner et à apprendre avec l'équipe de Tsahal rencontrée au milieu des décombres en Floride en juin

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Des soldats du Front intérieur de Tsahal s'entraînent avec des pompiers américains qui ont travaillé avec eux sur l'effondrement de l'immeuble de Surfside, en novembre 2021 (avec l'aimable autorisation de Tsahal).
Des soldats du Front intérieur de Tsahal s'entraînent avec des pompiers américains qui ont travaillé avec eux sur l'effondrement de l'immeuble de Surfside, en novembre 2021 (avec l'aimable autorisation de Tsahal).

Les deux équipes se connaissaient déjà. En juin, Tsahal a envoyé plusieurs de ses membres en Floride. Pendant plusieurs jours, ils ont collaboré avec les pompiers américains et internationaux dépêchés pour retrouver les victimes de l’effondrement d’un immeuble résidentiel qui s’est effondré le 24 juin et a tué 98 personnes, dont de nombreux membres de la communauté juive.

Début novembre, cinq pompiers américains et quinze sauveteurs des forces de défense israéliennes présents en juin en Floride se sont retrouvés pour cinq jours de formation et d’apprentissage en Israël.

Une formation précieuse. Si, en juin, tous ont collaboré pour chercher des survivants à Surfside, ils ont échoué à se connecter pleinement.

« Pendant le travail à Surfside, nous avons travaillé avec des masques à gaz et des lunettes de protection, et nous ne pouvions pas voir avec qui nous travaillions de l’autre côté », explique le lieutenant Yuval Klein de Tsahal avant d’ajouter que « tout le monde était couvert de la tête aux pieds. Ce n’est qu’ici, en Israël, que nous avons enfin eu l’occasion de boucler la boucle et de faire connaissance avec les pompiers héroïques qui ont travaillé au coude à coude avec nous à Miami. »

Originaire de Floride, d’Ohio et de Virginie, l’équipe américaine a passé trois jours à étudier et à effectuer un exercice de sauvetage avec ses hôtes de Tsahal, et deux jours de voyage pour comprendre Israël et ses habitants.

“L’idée de faire venir les intervenants américains en Israël est née lorsque les Israéliens étaient à Surfside, lorsque les deux parties ont compris qu’elles avaient beaucoup à apprendre de leurs partenaires”, a expliqué le colonel Golan Vach, commandant de l’unité nationale de secours de l’armée israélienne.

« Nous avons apporté avec nous une méthodologie qui leur a beaucoup apporté. Ils étaient très intéressés à la connaître. D’un autre côté, nous avons beaucoup à apprendre d’eux. Ils opèrent à un très haut niveau technique – à mon avis, ils sont les meilleurs du monde », a-t-il affirmé au Times of Israel.

Pour l’équipe israélienne, le mode de fonctionnement des Américains, leurs capacités logistiques et leur doctrine écrite complète ont été particulièrement impressionnants. Les Américains disposent également d’un équipement de pointe dont les Israéliens ne peuvent que rêver.

La partie américaine, quant à elle, a été particulièrement frappée par l’approche unique des opérations de sauvetage par les services de renseignement israéliens.

Brandon Webb, directeur de programme pour la Florida Task Force One et chef de bataillon pour Miami-Dade Fire and Rescue, a déclaré que la capacité de l’armée en matière de renseignement humain est unique.

« Ils peuvent obtenir très rapidement et avec précision des informations sur l’emplacement de chacun dans le bâtiment, et cibler les recherches sur les espaces vides que nous ciblons généralement pour les victimes vivantes. Puis, dès que cela est terminé, ils effectuent des recherches ciblées dans les décombres pour localiser rapidement et précisément les personnes décédées », a expliqué M. Webb.

« Ils utilisent ce temps pour non seulement localiser les membres de la famille des personnes qui ont été répertoriées comme disparues, mais aussi ils habilitent les membres de la famille à aider à compiler un dossier sur chaque personne disparue. Où dormaient-ils ? À quoi ressemblent leurs meubles ? Quelles sont leurs habitudes ? Quels sont les objets de famille identifiables que l’on peut trouver dans leur lieu de résidence ? », a-t-il ajouté.

Des équipes travaillent dans les décombres de l’immeuble Champlain Towers South, alors que les efforts d’extraction et de récupération se poursuivent sur le site de l’immeuble à condos partiellement effondré, le mardi 13 juillet 2021, à Surfside, en Floride. (AP Photo/Lynne Sladky)

« Vous donnez à cette personne les moyens de participer à l’effort de sauvetage », a-t-il déclaré, ajoutant que cette approche « facilite la transition du deuil au rétablissement ».

« Elle peut réduire considérablement le temps nécessaire pour retrouver les personnes piégées », a déclaré M. Vach à propos de la méthode israélienne, en précisant qu’elle est applicable à tous les cas, de l’effondrement d’un bâtiment aux zones inondées. « Une fois que vous employez ce concept très simple, vous pouvez simplement retrouver les gens très rapidement. Lorsque nous avons démontré cette capacité à Surfside pendant le sauvetage, l’opération a été raccourcie … de plus de 50 %. »

Une nouvelle doctrine mondiale

Cette visite est censée être le début d’un processus dont le but ultime est une révision de la doctrine de sauvetage dans le monde entier.

Les équipes des États-Unis et de Tsahal ont procédé à un examen conjoint de l’opération de sauvetage de Surfside, ont participé à un exercice conjoint sur une base du Front intérieur à Zikim, ont visité la frontière de Gaza et une batterie anti-missiles du Dôme de fer, et se sont entretenues avec des responsables de la ville de Sderot, située à la frontière de Gaza.

Le maire de Surfside, Charles Burkett (à droite), serre dans ses bras Golan Vach, commandant de l’unité nationale de sauvetage de l’armée israélienne (à gauche), lors d’une cérémonie d’adieu à l’unité israélienne, le 10 juillet 2021 à Surfside, en Floride. (Crédit : Anna Moneymaker/Getty Images via AFP)

La visite a également permis aux Américains de comprendre la logique de la doctrine israélienne. « Ils comprennent maintenant pourquoi nous devons tout faire très rapidement », a expliqué Vach. « Ils étaient à la frontière de Gaza. Ils ont vu à quel point la frontière est proche, et à quelle vitesse nos forces doivent réagir dans tout le pays. Si nous n’avons pas un concept de renseignement très avancé, nous serons perdus. »

Le commandement du Front intérieur a envoyé une demande officielle aux représentants de la FEMA américaine [l’organisme gouvernemental américain qui assure l’arrivée des secours en cas d’urgence], pour réclamer de nouvelles réunions en 2022 afin de continuer à développer la doctrine de sauvetage.

« Quand je rentrerai chez moi”, s’engage Webb, “j’engagerai mes dirigeants à favoriser la poursuite et le renforcement de la relation pour s’assurer que c’est quelque chose qui s’inscrit dans la durée. »

Le lien avec les vivants

Lors d’interviews avec des chaînes de télévision américaines en juin, Vach avait refusé de parler des corps, faisant plutôt référence à des individus qui ne sont plus en vie. « Nous accordons une grande valeur aux personnes, même celles qui ne font pas partie des vivants », a-t-il expliqué.

Cette éthique, notamment en ce qui concerne la couverture des défunts, a laissé une impression sur l’équipe américaine.

Vach a raconté à la délégation américaine l’histoire du lieutenant Yakir Naveh, le pilote de l’armée de l’air israélienne dont l’avion s’est écrasé dans la mer de Galilée en 1962. Des plongeurs de l’armée israélienne ont finalement retrouvé sa dépouille 56 ans plus tard, en plongeant dans des conditions dangereuses et difficiles pour récupérer un soldat tombé au combat.

« J’ai dit, nous apprécions à ce point ceux qui ne sont pas parmi les vivants, nous nous battons pour nos prisonniers de guerre et nos disparus, alors que nous savons avec certitude que certains ne sont pas encore vivants. »

Une délégation de secouristes américains en visite en Israël suite à un travail conjoint avec la Défense passive de Tsahal sur l’effondrement de l’appartement de Surfside, novembre 2021 (Crédit : autorisation de l’armée).

« C’est quelque chose que j’apprécie maintenant », a réfléchi Webb. « Comment Israël est devenu un endroit si merveilleux pour travailler et vivre [dans], dans le court laps de temps où le pays a été établi ».

« Nous regardons toujours les familles. Les familles sont toujours vivantes… Traiter quelqu’un qui n’est pas encore vivant comme un corps, c’est ne pas comprendre comment cette personne est liée aux vivants », a-t-il expliqué.

La visite en Israël, qui devrait être la première d’une longue série, a resserré les liens entre les sauveteurs après les expériences difficiles vécues ensemble à Surfside.

« Nous avons travaillé avec eux dans des conditions très austères, très émotionnelles et très exigeantes, et ils nous ont accueillis à bras ouverts », a déclaré M. Webb. « Des gens formidables, hautement entraînés et dévoués à ce qu’ils font. Je n’ai rencontré aucun d’entre eux que je ne considérerais pas comme un ami ».

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