Après le meurtre de sa famille par les nazis, la riposte d’une femme
Rechercher
Interview

Après le meurtre de sa famille par les nazis, la riposte d’une femme

Des décennies après sa terrible épreuve, Rose Holm raconte comment elle a été laissée pour morte sur une pile de cadavres - et sa mission de vengeance

Rose Holm dans son appartement, montrant une photo de feu son époux, Joe (Crédit : Josefin Dolsten/JTA)
Rose Holm dans son appartement, montrant une photo de feu son époux, Joe (Crédit : Josefin Dolsten/JTA)

NEW YORK (JTA) — Les Nazis sont venus chercher la famille de Rose Holm dans l’après-midi. Et dans la soirée, cette adolescente de 16 ans gisait parmi des corps sans vie dans le bunker souterrain où elle se cachait avec ses proches.

« J’étais entre les morts et je ne savais pas moi-même si j’étais vivante ou morte », se souvient Holm, âgée maintenant de 92 ans.

Parmi les défunts, morts sous les balles, les parents de la jeune fille, son frère et l’une de ses soeurs – ainsi que 85 autres Juifs qui se cachaient dans ce bunker situé aux abords de Parczew, une ville de l’est de la Pologne. Un seul membre de la famille a survécu : une soeur qui avait quitté les lieux avec son mari et sa petite fille avant l’arrivée des Nazis.

C’est cet incident inimaginable qui a donné la force à Holm de se battre sans relâche contre les nazis.

Quelques mois plus tard, elle a rencontré un ami d’enfance qui l’a recrutée pour rejoindre un groupe de partisans juifs. Les membres de cette unité de combat, qui se trouvait sous le commandement de Chiel Grynszpan, vivaient dans la forêt le jour et combattaient les nazis pendant la nuit.

« Je me disais : ‘Il faut que je me venge, quoi qu’il puisse arriver, je m’en fiche’ « , a raconté le mois dernier Holm à JTA depuis son appartement de l’Upper East Side. « Je n’ai jamais pensé que j’aurais pu rester vivante et c’est ainsi que j’ai survécu auprès des partisans ».

Aujourd’hui, Holm porte une tenue élégante et parle d’une voix douce. Un collier de perles autour du cou, elle offre des cookies faits maison.

Chez les partisans, c’était très différent, s’exclame-t-elle durant l’interview.

« J’étais comme sauvage », dit-elle. « Je ne savais pas ce que je faisais. Quoi qu’on me dise, je le faisais ».

Holm est l’une des rares partisanes encore en vie.

« Chaque année, il y a de moins en moins de partisans qui peuvent partager leurs expériences », constate dans un courriel adressé à JTA Sheri Pearl Rosenblum, directrice du développement et de la sensibilisation pour la Fondation d’éducation chargée de la mémoire des partisans juifs.

Une sculpture dédiée aux soldats et aux partisans de la Seconde guerre mondiale. (Crédits : Shmuel Bar-Am)

Sur son site internet, le groupe présente les témoignages des partisans juifs, notamment ceux de Holm et de feu son époux, Joe. La Fondation a collecté les récits de 51 partisans juifs de 2002 à 2015. Seuls 15 sont encore en vie aujourd’hui.

Holm était l’une des cinq femmes de son unité – formée à ses débuts de 25 personnes mais qui en comptait 250 à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les unités de combat des partisans étaient réticentes à l’idée d’inclure dans leurs rangs des femmes et des enfants mais l’ami qui l’avait recrutée – son futur mari – avait indiqué aux autres militants que le maintien de la jeune femme à ses côtés conditionnerait sa propre présence dans le groupe.

Au sein de l’unité, Holm et d’autres femmes transportaient des fournitures et aidaient à actionner des grenades à main. Le groupe se concentrait sur la destruction des ports et des routes qui étaient utilisés par les nazis.

« Un train arrivait et on lançait les grenades à main », se souvient-elle. « Les grenades à main sont très effrayantes car si vous ôtez l’anneau de manière inappropriée, elle peuvent vous tuer ».

Les partisans dormaient dans la forêt avec peu de protection – voire aucune – contre les éléments extérieurs.

« Le premier hiver a été très, très mauvais. On dormait dans les bois sous la neige », raconte Holm.

Les combattants faisaient comme ils pouvaient avec la nourriture obtenue auprès des Polonais non-Juifs, qui avaient été menacés de mort s’ils n’acceptaient pas de venir en aide aux partisans.

« Pour la survie, on fait tout, on ne pense plus qu’on est un être humain », explique-t-elle.

Parfois, les partisans trouvaient un cochon qu’ils faisaient griller dans la forêt.

Illustration: Une image du soulèvement du ghetto de Varsovie au cours duquel les combattants juifs de la résistance ont tenu à distance les nazis pendant presque un mois, entre avril et mai 1943 (Crédit : Wikimedia Commons)

« La première fois, cela a été très dur mais quand vous avez faim, vous ne posez pas de questions », ajoute Holm, dont la famille religieuse observait des règles alimentaires strictes, évoquant le fait d’avoir mangé du porc.

Elle a frôlé la mort à de nombreuses reprises. Une fois, elle est entrée dans la maison d’un Polonais non-juif pour y trouver de la nourriture et des équipements. Elle a été découverte par un soldat allemand et a couru, tenant fermement dans sa main le pull que l’homme lui avait donné. Elle a trouvé plus tard des impacts de balle dans le pull, là où le soldat avait tiré, la manquant de peu.

Tout le temps qu’elle a passé auprès des partisans, Holm n’a jamais pensé à l’après-guerre.

Elle s’est rapprochée de l’ami qui l’avait recrutée et les deux se sont mariés peu de temps après la guerre, entourés des amis rencontrés chez les partisans. En 1945, le couple s’est installé dans un camp pour personnes déplacées en Allemagne avant de partir à New York en 1949, où elle a trouvé un emploi dans une usine de textiles et lui dans une usine de fabrication de cartons.

Joe Holm a tenu plus tard sa propre boucherie avant que le couple n’ouvre une usine de production de pulls pour femmes, environ 10 ans après s’être installé aux Etats-Unis. Rose et Joe ont eu deux enfants.

Illustration: Au coeur de la bataille pendant le soulèvement du ghetto de Varsovie (Autorisation : USHMM)

Joe est décédé en 2009. Aujourd’hui, Holm vit à leur domicile, entourée des photos de son époux, de ses enfants, de ses quatre petits-enfants et de ses trois arrière-petits-enfants.

Holm n’a pas toujours parlé de ses expériences de guerre : Les évoquer la rend triste. En 2013, toutefois, elle a raconté son histoire dans une vidéo pour la Fondation des Juifs partisans. Le groupe a également rendu hommage à Holm et à son mari dans des galas en 2010 et en 2011. Au début de l’année, son fils, Steven, a animé un événement organisé par la fondation pour honorer les survivants et leurs descendants.

Il y a une autre émotion qui l’étreint lorsqu’elle raconte son histoire : L’incrédulité qu’elle ait véritablement traversé cela et qu’elle ait survécu.

« Pendant toute ma vie, il m’est arrivée, étendue dans mon lit, de penser : ‘Est-ce que c’est vrai ?’ « , dit-elle. « Et je me disais que si je lisais cela dans un livre, je ne croirais pas que cela puisse m’arriver ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...