Après les recommandations policières, rien ou presque ne change pour Netanyahu
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Analyse

Après les recommandations policières, rien ou presque ne change pour Netanyahu

Tant que ses partenaires de coalition le soutiendront, l'appel à des inculpations ne devrait pas ébranler et encore moins mettre fin au leadership du Premier ministre

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la réunion annuelle du World Economic Forum (WEF) le 25 janvier 2018 à Davos, en Suisse. (Crédit : AFP / Fabrice Coffrini)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la réunion annuelle du World Economic Forum (WEF) le 25 janvier 2018 à Davos, en Suisse. (Crédit : AFP / Fabrice Coffrini)

Rejetant le rapport accablant de la police qui recommande des inculpations pour deux chefs d’accusation de pots-de-vin et d’abus de confiance, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a clairement établi mardi soir que, en ce qui le concerne, les choses ne devraient pas changer – ou presque.

Et il pourrait bien avoir raison, au moins dans un avenir proche.

Dans une déclaration faite depuis les abords de sa résidence, quelques minutes avant la publication par la police de ses recommandations dans les affaires 1 000 et 2 000, Netanyahu a une fois encore nié toutes malversations, prédisant que les autorités judiciaires classeront le dossier sans suite et qu’il continuera à diriger Israël au cours des années à venir.

Son calendrier pour la semaine – une conférence sur la gouvernance locale à Tel Aviv, et une conférence sécuritaire de haut-niveau à Munich – a été rendu public par son bureau quelques heures après l’annonce de la police, soulignant une insouciance ostensible. Il avait toutefois annulé une partie de ses obligations plus tôt dans la journée pour travailler sur sa réponse aux recommandations.

« Notre gouvernement ira au terme de son mandat », a déclaré Netanyahu avec confiance lors de son allocution télévisée de 13 minutes dans la soirée de mardi.

« Avec tous les ministres, nous continuerons à transformer Israël en puissance mondiale ascendante, en super-puissance technologique, militaire et économique qui bénéficie d’un statut international inégalé auparavant. Je continuerai à diriger l’Etat d’Israël avec responsabilité et avec loyauté tant que vous, citoyens d’Israël, continuerez à m’élire à votre tête ».

La vérité éclatera, a continué Netanyahu, demandant aux Israéliens de voter pour lui au cours des prochaines élections qui, a-t-il juré, auront lieu à la date prévue – le 5 novembre 2019 – et pas un jour avant.

Pour l’instant, il semble en effet probable que la coalition de Netanyahu n’éclatera pas et qu’il continuera à gouverner – au moins jusqu’à ce que le procureur-général Avichai Mandelblit prenne la décision de suivre les recommandations policières ou celle de clore le dossier.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) avec Avichai Mandelblit, alors secrétaire du cabinet, pendant une réunion du cabinet à Jérusalem, le 20 décembre 2015. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Il est bien trop tôt pour spéculer sur ce que Mandelblit — ancien secrétaire de cabinet de Netanyahu, nommé à son poste actuel sous l’impulsion unique du Premier ministre – décidera.

Certains analystes s’attendent à ce que le procureur général prenne au moins plusieurs mois, voire un an, avait de prendre une décision finale (même si depuis mardi soir, les politiciens de l’opposition ont commencé à lui demander d’accélérer ce processus).

De plus, si on en juge d’après les déclarations antérieures des chefs de parti de la coalition au pouvoir, personne ne veut être responsable de la destitution de Netanyahu et de son gouvernement sur la seule base des recommandations de la police.

Le président du parti HaBayit HaYehudi, Naftali Bennett, le chef du parti Koulanou Moshe Kahlon et le leader de Yisrael Beytenu Avigdor Liberman ont d’ores et déjà indiqué qu’ils n’ont pas l’intention de quitter le gouvernement ou de réclamer le départ de Netanyahu.

Le ministre des Finances Moshe Kahlon (à droite) et le ministre de l’Éducation Naftali Bennett, lors d’une conférence de presse sur al réduction des vacances scolaires, au ministères des Finances, à Jérusalem, le 8 janvier 2018. (Crédit :Hadas Parush/Flash90)

Les plans de voyage du Premier ministre inchangés après l’annonce policière

Deux heures après que la police a fait part de ses recommandations, le bureau de Netanyahu a indiqué que, mercredi matin, le Premier ministre se rendra comme prévu à une conférence organisée par la Fédération des autorités locales en Israël.

Jeudi, Netanyahu doit partir en Allemagne pour assister à la prestigieuse Conférence sécuritaire de Munich. Mardi soir, ce déplacement était encore maintenu.

A Munich, Netanyahu fera ce qu’il aime le plus : Prononcer des discours policés en anglais et se frotter aux plus grands hommes d’Etat de notre temps. Et, cette année, la conférence alignera une liste impressionnante de participants : le secrétaire-général des Nations unies António Guterres, la cheffe de la politique étrangère de l’Union européenne Federica Mogherini, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, le secrétaire-général de l’OTAN Jens Stoltenberg, et la procureure-générale du tribunal pénal international Fatou Bensouda.

Les Etats-Unis seront représentés par le secrétaire d’Etat à la Défense James Mattis, le conseiller à la Sécurité nationale H.R. McMaster, et le chef de la CIA Mike Pompeo. Les leaders du Royaume-Uni, d’Autriche, d’Ukraine, du Rwanda et d’Irak, et peut-être – plus intéressant encore – les ministres des Affaires étrangères de Turquie, d’Arabie saoudite et d’Iran seront également présents.

Le bureau de Netanyahu doit encore publier davantage d’informations sur l’emploi du temps du Premier ministre lors de ce déplacement à Munich mais l’histoire laisse suggèrer que son itinéraire à cette occasion comprendra plusieurs rencontres de haut-niveau ainsi que des réunions privées avec les responsables de pays qui n’entretiennent pas de relations diplomatiques avec Israël.

Dans la mesure où les recommandations de la police n’ont pas de véritable signification légale et que Netanyahu n’a pas encore été officiellement accusé de crime, il semble improbable que les responsables internationaux qui, dans un autre cas, auraient rencontré Netanyahu en viennent dorénavant à le snober.

Netanyahu lui-même, bien entendu, utilisera avec bonheur les prochaines séances photo pour se présenter comme cet homme d’Etat indispensable qui se battra sans relâche en faveur des intérêts israéliens.

Le message sous-jacent sera clair pour le public israélien : un tel atout national ne doit pas disparaître à ceuse de quelques cigares et bouteilles de champagne.

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