Après l’Hyper Cacher, la vie des juifs de France sous haute protection
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Après l’Hyper Cacher, la vie des juifs de France sous haute protection

Après un doublement en 2014, la tendance à la hausse de l'antisémitisme s'est confirmée de janvier à mai et celle de l'alyah aussi

Rassemblement pour les victimes juives de Vincennes - 10 janvier 2015 (Crédit : AFP)
Rassemblement pour les victimes juives de Vincennes - 10 janvier 2015 (Crédit : AFP)

La prise d’otages sanglante dans une épicerie casher parisienne, deux jours après l’attaque contre Charlie Hebdo, a causé un « traumatisme durable » chez les juifs de France, dont la vie communautaire a repris sous haute surveillance.

« Je ne me sens plus en sécurité ici. En tant que juifs, nous sommes une cible privilégiée, dans un pays qui est lui-même une cible », confie Noémie, 27 ans, une rescapée de la prise d’otages, qui peine à surmonter cette épreuve.

Le 9 janvier 2015, elle faisait une course pour sa grand-mère quand le jihadiste Amédy Coulibaly est entré dans l’Hyper Cacher, armes à la main. Il fait quatre morts avant d’être tué dans l’assaut de la police.

C’était un vendredi, jour d’affluence à quelques heures du Shabbat. L’attaque antisémite la plus meurtrière en France depuis plus de 30 ans – avec celle d’une école juive de Toulouse (sud-ouest) en 2012 – marque les esprits.

Depuis, l’Hyper Cacher a été refait à neuf et a progressivement retrouvé ses clients. « Il m’a fallu six mois pour commencer à revenir », raconte Samuel, 24 ans, un habitué des lieux. « Il y a eu une vraie rupture, maintenant on sait qu’on peut se faire tuer en allant faire ses courses, en marchant dans la rue ».

Petit réconfort, les manifestations du 11 janvier, réunissant en un même hommage victimes de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher, ont été perçues comme le sursaut longtemps attendu par la première minorité juive d’Europe, forte d’un demi-million de personnes, face à un antisémitisme de plus en plus violent.

Dans le cortège se trouvaient des Français juifs, croyants ou non, qui pour beaucoup espéraient voir leurs concitoyens descendre dans la rue après d’autres attaques antisémites, notamment celles de Toulouse ou celle contre le Musée juif de Bruxelles en 2014.

Mohammed Merah, seen in a home video. (photo credit: France 2)
Mohammed Merah. (Crédit : capture d’écran France 2)

Depuis, « en dépit d’un traumatisme durable, la vie a repris son cours. Avec le sentiment d’une fraternité retrouvée, le 11 janvier a vu se briser en mille morceaux le mur d’indifférence qu’avait érigé la société civile », se réjouit le grand rabbin de France, Haïm Korsia, interrogé par l’AFP.

‘Leur place est ici’

Les juifs se sont malheureusement habitués à la présence, rassurante et impressionnante à la fois, de soldats devant plus de 700 synagogues, écoles juives, centres communautaires.

Malgré ce dispositif, l’inquiétude persiste. Le nombre d’actes antisémites interpelle. Après un doublement en 2014, la tendance à la hausse s’est confirmée de janvier à mai (+ 84 % par rapport à la même période de 2014).

Les doutes devant l’avenir se lisent aussi dans l’émigration vers Israël, dont les causes (économiques, religieuses, identitaires…) ne sont cependant pas réductibles à l’insécurité.

La France a vécu en 2015 une deuxième année consécutive record, avec près de 7 900 départs.

Le phénomène commence à éroder la fréquentation des écoles juives françaises. Mais l’impact des attentats de janvier n’est pas mesurable sur des projets de vie préparés depuis des années. Et les appels à rester en France retentissent de plus en plus nettement.

L'adieu à Paris de centaines de juifs français faisant l'alyah (Crédit : Erez Lichtfeld)
L’adieu à Paris de centaines de juifs français faisant l’alyah (Crédit : Erez Lichtfeld)

L’alyah (« montée » en hébreu), « démarche spirituelle et religieuse, ne saurait avoir un sens qu’à la condition d’être le fruit d’une réflexion et d’un choix éclairés », fait valoir le grand rabbin Korsia. « Ceux qui veulent partir en Israël », disait le Premier ministre Manuel Valls en septembre, « personne ne peut les condamner. Mais leur place est ici ».

A l’Hyper Cacher, un an après l’attaque, les habitués témoignent d’une volonté de « reprendre le cours de sa vie ». « On réfléchit avant de venir, mais quand on voit la sécurité déployée, on se sent plus ou moins protégé », estime Déborah, 29 ans.

Esther, 48 ans, ne vient plus à l’Hyper Cacher le vendredi : « Je ne peux plus ». Mais elle était là pour sa réouverture dès mars. Samedi 9 janvier, à 18H30 GMT, d’autres anonymes se recueilleront devant le magasin, à l’appel de toutes les grandes organisations juives. En mémoire des 17 victimes des attentats de janvier.

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