Après un an de calme, Metula se reconstruit. Les touristes reviendront-ils ?
Seuls 40 % des habitants évacués de la ville frontalière du nord sont revenus depuis le cessez-le-feu conclu en novembre dernier avec le Hezbollah

Asher Greenberg ouvre la porte de l’un des trois tzimerim (sorte de chalets) qu’il possède dans cette ville du nord, au milieu des bougainvilliers colorés et des arbres feuillus. À l’intérieur de cette charmante location de vacances se trouve une table en bois pour deux personnes et un lit bien fait.
Mais une fois de plus, en ce jeudi après-midi, les touristes ont annulé leur réservation.
« Les gens veulent venir s’amuser, pas se retrouver au milieu d’un chantier de construction », explique Greenberg.
Avec ses toits de tuiles rouges, ses vieux bâtiments en pierre, ses vergers et sa rue principale pavée bordée d’hôtels et de restaurants, la ville la plus septentrionale d’Israël a longtemps été comparée à la Toscane, ce qui lui valait la venue de milliers de touristes chaque année.
Mais tout a brutalement changé le 8 octobre 2023, lorsque le Hezbollah a commencé à tirer, presque chaque jour, des barrages de roquettes, de missiles et de drones sur Israël en solidarité avec le groupe terroriste du Hamas, jusqu’à ce qu’un cessez-le-feu soit conclu fin novembre 2024.
Près de 60 % des maisons et bâtiments municipaux de Metula ont été gravement endommagés sinon totalement détruits lors des près de 14 mois de violences, et la quasi-totalité de ses 2 000 habitants ont été contraints d’évacuer, à l’instar des 60 000 personnes originaires d’autres communautés frontalières.
Seul le kibboutz Manara, lui aussi situé à la lisière de la frontière nord, à 24 kilomètres de Metula, a connu plus de destructions, avec 75 % de ses bâtiments détruits.
La Direction de la réhabilitation du Nord a alloué 3,4 milliards de shekels pour aider les communautés du nord à se reconstruire.
Le 17 septembre dernier, l’administration chargée de la reconstruction du nord a annoncé que 87 % environ des habitants du nord étaient revenus ou que de nouveaux venus étaient arrivés, certaines communautés faisant même état d’une croissance par rapport à leur population d’avant-guerre, grâce au calme étonnamment résistant sur le front libanais.
Selon le porte-parole de la municipalité de Metula, la population n’est revenue qu’à 40 % de son niveau d’avant-guerre, soit le chiffre le plus bas de toutes les villes du nord évacuées dans les jours qui ont suivi le pogrom du 7 octobre 2023 dirigé par le Hamas dans le sud d’Israël, qui a déclenché les combats dans le nord.
Une école maternelle a rouvert ses portes mais l’école primaire, détruite par des roquettes du Hezbollah, reste fermée. Seuls 34 % des élèves de Metula sont revenus, un chiffre bien inférieur à celui des autres écoles du nord, selon les chiffres du ministère de l’Éducation.
Ses infrastructures ont été tellement détruites qu’une grande partie de la ville est toujours en travaux. Après deux années de guerre, la reprise de l’activité touristique – autrefois florissante à Metula et, avec ses exploitations agricoles et ses vergers, le pilier économique de la ville – reste problématique.
Un lent retour à la normale
Si l’on compare la Galilée à un doigt allant d’Israël au Liban, alors Metula serait son ongle, un ongle situé plus au nord que toute autre ville israélienne. Située sur des collines pittoresques coincées entre la fertile vallée de Hula, en Israël, et celle d’Ayoun, au Liban, la non moins pittoresque ville de Metula continue d’exister malgré la difficulté de vivre à proximité d’une frontière souvent agitée.
Dans la rue principale, autrefois accueillante, il y avait cinq hôtels, plusieurs restaurants et la plus grande synagogue de la ville. Seuls un hôtel et un restaurant ont rouvert leurs portes. Tout le reste est en travaux, à commencer par le complexe sportif Canada Center, avec sa piscine olympique et l’une des rares patinoires du pays, qui jouit d’une belle fréquentation.
Le joyeux chant des oiseaux, qui faisait le charme de Metula avant la guerre, est aujourd’hui voilé par le bruit des ouvriers venus chaque jour des villes voisines pour réparer les routes, les bâtiments et les infrastructures.
Partir de zéro
Assises sur un banc devant la bibliothèque, deux habitantes de longue date, Nicole Gino et Dana Daniel Horowitz, parlent de la difficulté d’attirer à nouveau les touristes dans une ville émaillée de tant de bâtiments criblés de balles, aux fenêtres brisées, aux toits bombardés.
Partiellement endommagée pendant la guerre, la maison d’Horowitz est pour l’heure inhabitable. Celle de Gino a été touchée de plein fouet.
« À l’age de 70 ans, je dois recommencer à zéro », confie Gino. « J’ai tenté de sauver une chose, chez moi – là où mes six enfants ont grandi – mes albums photo. »
Les femmes confient qu’il leur a été difficile de revenir à Metula alors même que leur maison n’était pas habitable. Pour l’heure, elles vivent dans des appartements à Metula.
« Nous sommes heureuses d’être revenues, mais ce n’est pas simple », estime Horowitz. « Il n’y a pas de poste. Le médecin vient une fois par semaine, parfois toutes les deux semaines. »
Elle s’estime en sécurité mais explique avoir toujours des crises de panique lorsqu’elle entend des bruits sourds. Plus important encore, elle se sent coupable de la mort des soldats tombés au combat en défendant Metula et la région frontalière du nord.
« Ils se sont sacrifiés pour nous », dit-elle tristement.
Le chef sortant du Commandement Nord de Tsahal, le général de division Ori Gordin, s’est adressé aux journalistes depuis un poste de l’armée situé au nord de Metula, le 29 juillet, pour expliquer que, depuis le début du cessez-le-feu, l’armée israélienne avait mené plus de 500 frappes aériennes contre des cibles du Hezbollah au Liban, tué pas moins de 230 agents et détruit plus de 90 lance-roquettes et des milliers de roquettes.
« L’armée est constamment en défense avancée », avait ajouté Gordin. « Le Hezbollah est loin de nous, et nous le frappons dès que nous le pouvons. »
Un sentiment de sécurité
Depuis sa maisonnette de vacances, Greenberg explique que sa peur du Hezbollah ou de l’Iran a « disparu ».
Par le passé, les partisans du Hezbollah n’hésitaient pas à s’approcher de la frontière et pointer des lasers sur les automobilistes pour les aveugler, explique Greenberg. Aujourd’hui, dit-il, un avant-poste de l’armée empêche ces mêmes personnes de pénétrer dans la zone frontalière.
Selon les évaluations de Tsahal, la plupart des armes et agents du Hezbollah se trouvent dans des zones situées au nord du fleuve Litani, du fait des dégâts infligés par Israël aux infrastructures du groupe terroriste dans les villages situés le long de la frontière.
« Il n’y a pas de terroristes dans les environs », assure-t-il.
Selon les propriétaires d’hôtels situés dans d’autres secteurs évacués du nord, comme HaMakom à Netua ou encore l’hôtel Hagoshrim du kibboutz Hagoshrim, le taux d’occupation est revenu aux niveaux d’avant-guerre.
La raison pour laquelle les touristes ne sont pas là n’a rien à voir avec la peur, estime Greenberg. Cela tient tout simplement au fait qu’il n’y a nulle part où prendre un petit-déjeuner ou dîner. Ayuni, le seul restaurant à avoir rouvert ses portes, est fermé pour le Shabbat, de sorte que le week-end, rien n’est ouvert.
La ville a été fondée en 1896 par le baron Edmond de Rothschild. Pendant des années, sa population a plafonné à moins d’un millier de personnes jusqu’à l’ouverture du collège de Tel-Hai, non loin de Kiryat Shmona, à une dizaine de minutes de là.
« La ville se remet rapidement, mais elle est vide », constate Dalia Meiri qui, avec son mari Yigal, faisait de la randonnée dans la réserve naturelle de la rivière Ayun avant d’arriver à Metula, où ils se sont arrêtés pour constater les dégâts.
Le vide ne décourage pas Israël Lishansky, dont la grand-mère a ouvert l’hôtel Lishansky en 1936. Profondément lié à cette ville, il a rouvert l’ancien hôtel en août dernier, le seul hôtel de la rue principale de Metula ouvert à ce stade.
Lishansky travaillait lorsqu’il s’est arrêté pour dire quelques mots au Times of Israel depuis le hall de son hôtel, œuvre du mouvement Bauhaus.
« Le redémarrage est très difficile », confie-t-il.
Contrairement à l’Alaska Inn, situé de l’autre côté de la rue pavée, très endommagé et en pleine rénovation, l’hôtel Lishansky a subi moins de dégâts.
Pourtant, Lishansky travaille dur depuis mars pour le remettre en état et accueillir des clients.
« C’est compliqué de revenir ici, mais nous avons décidé de lui redonner une chance », conclut Lishansky. « Je reste optimiste. »
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