Argaman : une trêve à Gaza sans inclure l’AP renforcerait le Hamas
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Argaman : une trêve à Gaza sans inclure l’AP renforcerait le Hamas

Un reportage télévisé cite le chef du Shin Bet mettant en garde les ministres qu'un accord avec le groupe terroriste en ignorant Abbas "valide le terrorisme", affaiblit les modérés

Le chef du Shin Bet, Nadav Argaman, assiste à une réunion de la commission de la Défense et des Affaires étrangères de la Knesset le 20 mars 2017 (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)
Le chef du Shin Bet, Nadav Argaman, assiste à une réunion de la commission de la Défense et des Affaires étrangères de la Knesset le 20 mars 2017 (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

Le chef de l’agence de sécurité Shin Bet a averti les ministres du cabinet que le fait d’exclure l’Autorité palestinienne (AP) d’un accord de cessez-le-feu à long terme entre Israël et le groupe terroriste du Hamas dans la bande de Gaza enverra le message que le terrorisme est récompensé, a rapporté jeudi la télévision israélienne.

Selon le reportage de Hadashot TV, Nadav Argaman a également déclaré aux membres du cabinet de sécurité qu’une trêve qui ignore le président de l’AP Mahmoud Abbas renforcerait le Hamas en Cisjordanie, où l’AP qui est internationalement reconnue est basée.

« Repousser [Abbas] du processus [de parvenir à un accord] renforcera le Hamas en Cisjordanie et prouvera que le terrorisme est payant », a déclaré M. Argaman. « Une telle décision affaiblirait également les modérés et prouverait aux Palestiniens que seule la voie de la violence aboutit à des résultats ».

Le Hamas et l’AP sont en profond désaccord depuis que le groupe terroriste a pris violemment le contrôle de la bande de Gaza en 2007. Un certain nombre d’accords de réconciliation n’ont pas réussi à aplanir leurs divergences, le dernier en date étant un accord parrainé par l’Égypte signé en octobre.

Le nouveau vice-président du Hamas Salah al-Arouri, (assis à gauche), et Azzam al-Ahmad, (assis à droite), signent un accord de réconciliation au Caire le 12 octobre 2017 alors que les deux mouvements rivaux palestiniens oeuvrent à mettre un terme à leur scission d’une décennie lors de négociations sous les auspices de l’Egypte (Crédit : AFP/Khaled Desouki)

Dans un discours prononcé mercredi, M. Abbas a déclaré que le Hamas n’était pas sérieux sur la question d’un accord de réconciliation. Il a également critiqué les efforts déployés par les États-Unis pour améliorer les conditions humanitaires à Gaza.

Ces commentaires sont intervenus après que les services de renseignement égyptiens ont organisé des pourparlers séparés avec les responsables du Fatah et du Hamas au cours des dernières semaines pour discuter de réconciliation.

Le jeudi, Abbas a refusé de rencontrer le chef du renseignement égyptien Abbas Kamel, a rapporté la Dixième chaîne israélienne. Kamel a participé aux efforts de réconciliation entre le Hamas et le Fatah d’Abbas, ainsi qu’aux pourparlers de cessez-le-feu à la frontière de Gaza.

Kamel est arrivé en Israël mercredi, où il a rencontré le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le conseiller à la sécurité nationale Meir Ben-Shabbat et le chef du Shin Bet Nadav Argaman pour discuter du cessez-le-feu avec le Hamas.

Il avait alors l’intention de se rendre à Ramallah pour rencontrer Abbas, mais le chef de l’AP aurait dit à Kamel qu’il était occupé, un changement de programme décrit comme une « humiliation » pour Kamel.

Les reportages télévisés de jeudi ont été diffusés un jour après la réouverture par Israël du point de passage de marchandises de Kerem Shalom, alors que le calme relatif s’est installé à la frontière de Gaza après des jours d’affrontements frontaliers et d’échanges violents entre les parties.

Le point de passage avait été en grande partie fermé pendant plus d’un mois pour sanctionner la violence régulière le long de la frontière, les tirs de roquettes et les attaques quotidiennes de cerfs-volants et de ballons incendiaires depuis le 30 mars, date de début de la « Marche du retour », une série de manifestations, souvent violentes, le long de la barrière de sécurité de Gaza.

Plus tôt jeudi, une chaîne de télévision libanaise a rapporté que l’accord à long terme durera un an et verra l’établissement d’une liaison maritime entre Gaza et Chypre. Israël contrôlera la sécurité du trafic maritime entre l’enclave côtière palestinienne et Chypre, selon le rapport de la chaîne de télévision al-Mayadeen.

Le Hamas a depuis longtemps fait de l’accès à un port maritime un objectif stratégique clé. Dans les conditions du blocus naval israélien, les marchandises à destination de Gaza sont actuellement expédiées vers les ports israéliens, puis acheminées par camion vers Gaza.

Israël a imposé un blocus à Gaza depuis que le Hamas, qui a prêté serment de destruction d’Israël, s’est emparé du territoire de l’Autorité palestinienne. Israël dit que le blocus est en place afin d’empêcher les armes et autres équipements militaires d’entrer dans la bande de Gaza.

Le Hamas a mené trois guerres avec Israël au cours de la dernière décennie.

L’Égypte, elle aussi, a en grande partie maintenu le passage de la frontière de Gaza fermé, pendant des années, suite à ses mauvaises relations avec le groupe islamiste au pouvoir à Gaza.

Des camions transportant des marchandises entrent dans la bande de Gaza par Kerem Shalom après sa réouverture par Israël le 15 août 2018. (Flash90)

Des sources ont indiqué à al-Mayadeen que l’accord à venir inclura le financement par le Qatar des factures d’électricité de Gaza en coopération avec Israël, et le paiement par le Qatar des salaires des employés de la fonction publique à Gaza en coopération avec l’Égypte.

Gaza a un approvisionnement limité en électricité et les fonctionnaires n’ont pas été payés depuis des mois en raison d’une dispute entre le Hamas et l’Autorité palestinienne.

L’espoir est de conclure un accord final d’ici vendredi, selon le rapport.

Le quotidien arabe Al-Hayat, basé à Londres, rapporte qu’en plus de mettre fin aux récents combats, le plan initié par l’Égypte comprendrait des projets humanitaires pour Gaza et de futures négociations indirectes entre Israël et le Hamas pour l’échange de prisonniers.

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman avait lancé l’idée d’installer un dock flottant pour le trafic maritime palestinien à Chypre lorsqu’il avait rencontré le président chypriote Nicos Anastasiades en juin, selon les propos rapportés par Hadashot à l’époque.

Le plan était conditionnel au retour de deux civils israéliens et des corps de deux soldats de l’armée israélienne détenus par le Hamas, selon le reportage télévisé.

D’après un autre rapport de la Dixième chaîne jeudi, Liberman a rencontré l’envoyé du Qatar à Gaza pendant son voyage à Chypre, et les deux ont discuté des efforts pour parvenir à un cessez-le-feu à Gaza et des propositions du Qatar pour améliorer les conditions humanitaires dans la bande de Gaza, ainsi que du retour des citoyens israéliens et des corps des soldats de l’armée israélienne.

Deux civils israéliens apparemment malades mentalement – Avera Mengistu et Hisham al-Sayed – qui sont entrés de leur propre gré à Gaza en 2014 et 2015, respectivement, sont actuellement détenus par le Hamas, ainsi que les dépouilles de deux soldats de l’armée israélienne tués, Hadar Goldin et Oron Shaul.

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