Art loyal : Mandelblit défend Zilber, que Shaked a voulu faire renvoyer
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Art loyal : Mandelblit défend Zilber, que Shaked a voulu faire renvoyer

Pour beaucoup, la loi sur la loyauté culturelle s'apparente à de la censure ; Le président de la Knesset (Likud) a défendu Dina Zilber, "quelqu'un d'une grande éthique"

Le procureur général Avichai Mandelblit lors d'une conférence à Jérusalem le 3 septembre 2018. (Yonatan Sindel/Flash90)
Le procureur général Avichai Mandelblit lors d'une conférence à Jérusalem le 3 septembre 2018. (Yonatan Sindel/Flash90)

Le procureur-général Avichai Mandelblit a répondu mercredi à une requête de la ministre de la Justice Ayelet Shaked, qui avait demandé à ce que l’une de ses adjointes soit renvoyée après que cette dernière eut critiqué différents projets de lois soumis par le gouvernement.

Mardi, la procureure générale adjointe Dina Zilber a attaqué la loi dite de « loyauté dans les arts » au cours d’une réunion de la commission de l’Éducation, de la Culture et des Sports, disant que la législation – qui menace de retirer les financements gouvernementaux aux institutions culturelles qui produisent un art considéré comme trop critique à l’égard du gouvernement ou de l’Etat – « pose de réelles difficultés ».

Alors que le ministère des Finances est actuellement celui qui a le dernier mot sur le refus du financement public d’une oeuvre, le projet de loi de Regev lui transférerait le plein pouvoir sur les budgets pour les activités artistiques.

L’autorité que le texte vise à transférer au ministère de la Culture entraîne « un effet réfractaire et d’auto-censure », a estimé Zilber devant les députés, ajoutant que « le pays change. Ce ne sont pas des jours simples et ils nous amènent non seulement de nouvelles lois mais… un dialogue dans la confrontation, des blessures et des cicatrices sur notre tissu social partagé, avec des calomnies et des étiquetages – qui est avec nous et qui est contre nous ».

« S’il y a quelqu’un de loyal, alors c’est qu’il y a de l’autre côté un traître ? une cinquième colonne ? », a interrogé Zilber pendant la réunion à la Knesset.

Elle accusé les députés de chercher « des conseillers juridiques obéissants, des artistes accommodants, des médias complaisants et un public respectueux, avec une opinion unique. »

Ses propos ont entraîné la fureur de la ministre de la Justice Ayelet Shaked, qui les a qualifiés de non-professionnels, demandant son limogeage.

Le procureur-général Avichai Mandelblit, à gauche, et la ministre de la Justice Ayelet Shaked lors d’une cérémonie à Jérusalem, le 13 juin 2017 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Mercredi, Mandelblit a répondu à Shaked, lui disant sans ambages qu’elle ne disposait pas de l’autorité nécessaire pour émettre une telle demande.

« La décision portant sur la désignation du responsable juridique qui représentera le procureur-général est placée sous ma seule autorité et sous ma seule responsabilité », a écrit Mandelblit à la ministre de la Justice dans un courrier, qualifiant sa requête « d’inappropriée ».

Mandelblit a dit à Shaked qu’il étudierait les propos tenus par Zilber à la Knesset pour voir s’ils étaient malvenus de la part d’une conseillère juridique du gouvernement. Tant que cet examen sera en cours, a-t-il déclaré, Zilber ne représentera pas son bureau lors des audiences au Parlement israélien.

Shaked a semblé adoucir ses critiques, mercredi, suite à la réponse de Mandelblit, disant lors d’une conférence sur la sécurité routière à Tel Aviv que « si un bureaucrate du service public souhaite s’engager dans le débat politique, il a tout à fait le droit de démissionner, de rejoindre un parti ou un groupe de défense et de faire entendre sa voix. Mais il ne peut pas le faire en tant que partie prenante du système de conseil juridique du gouvernement ».

« Tous les bureaucrates de l’Etat se dévouent aux positionnements adoptés par le gouvernement et la Knesset », a-t-elle ajouté.

« On ne peut pas diriger un Etat d’une autre façon ». Les conseillers juridiques ont le droit d’exprimer « un point de vue légal en désaccord avec un positionnement du gouvernement », a-t-elle ajouté, « mais certainement pas celui d’exprimer un point de vue politique » lorsqu’ils se présentent dans le cadre de leurs fonctions professionnelles.

Elle a ajouté qu’elle attendrait les résultats de l’enquête du procureur-général avant de décider de passer à l’action pour sanctionner les propos de Zilber qui, selon elle, « ont nui au système de conseil juridique ».

La procureur générale adjointe Dina Zilber à la Knesset, le 31 janvier 2017. (Yonatan Sindel / Flash90)

Les commentaires initiaux contre Zilber ont entraîné les critiques des députés de l’opposition.

Dans une lettre adressée à la ministre de la Justice, les députés du parti Yesh Atid l’ont rappelée à l’ordre, en estimant qu’elle avait « envoyé le message clair et menaçant à tous les employés de l’Etat que tous ceux qui oseront le critiquer seront poussés vers la sortie ».

Le parti du Meretz a indiqué qu’il proposerait une motion de censure en séance plénière suite à cet accrochage, qualifiant la demande visant à empêcher Zilber de représenter le procureur-général « d’attaque contre l’indépendance de la procureure-générale adjointe ».

« Shaked dépasse les limites de son autorité pour effrayer et intimider le système juridique placé sous sa compétence. La ministre de la Justice est supposée protéger l’indépendance du système juridique », a déclaré Tamar Zandberg, dirigeante du Meretz.

Zilber a également été défendue par des personnalités inattendues. Au cours d’un entretien accordé mercredi matin à la Radio militaire, le président de la Knesset et député du Likud Yuli Edelstein a dit : « Je ne suis pas d’accord avec tout ce qu’a pu dire Zilber mais c’est quelqu’un d’une grande éthique dans le service public et j’espère que tout cela sera géré correctement ».

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