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Assassinat de Samuel Paty : les 4 accusés contestent les faits à l’ouverture du procès en appel

Les avocats ont demandé que le ministre de l'Intérieur, et l'ex-ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti, soient cités comme témoins afin de les entendre "sur les défaillances qui ont conduit à l'assassinat"

Des proches et collègues de Samuel Paty pendant la Marche Blanche, à Conflans-Sainte-Honorine, le 20 octobre 2020. (Crédit : Bertrand Guay/AFP)
Des proches et collègues de Samuel Paty pendant la Marche Blanche, à Conflans-Sainte-Honorine, le 20 octobre 2020. (Crédit : Bertrand Guay/AFP)

Les quatre hommes, condamnés en première instance à des peines de 13 à 16 ans de réclusion criminelle pour leur rôle dans l’assassinat, en octobre 2020, du professeur Samuel Paty par un islamiste tchétchène, ont contesté les faits qui leur sont reprochés, lundi, à l’ouverture de leur procès en appel.

L’enseignant d’histoire-géographie avait été décapité le 16 octobre 2020 aux abords du collège du Bois-d’Aulne, à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), par Abdoullakh Anzorov, abattu par la police juste après le crime.

Lors du procès en première instance, les huit accusés (sept hommes et une femme) avaient tous été reconnus coupables et condamnés à des peines allant d’un à 16 ans de prison.

Quatre d’entre eux sont rejugés devant la cour d’assises d’appel spéciale de Paris jusqu’au 27 février.

Parmi eux figurent deux amis d’Anzorov, Naïm Boudaoud et Azim Epsirkhanov, condamnés à 16 ans de réclusion pour complicité d’assassinat, ainsi que Brahim Chnina et le prédicateur islamiste Abdelhakim Sefrioui, qui avaient écopé respectivement de 13 et 15 ans de réclusion pour association de malfaiteurs terroriste. Ils sont accusés d’avoir participé à la campagne de haine ayant conduit à l’assassinat de l’enseignant.

Les quatre autres personnes qui n’ont pas fait appel étaient en contact avec Anzorov sur les réseaux sociaux.

Mensonge

Tout est né du mensonge d’une élève de 13 ans, la fille de Brahim Chnina, qui a accusé le professeur d’avoir discriminé les élèves musulmans de sa classe lors d’un cours sur la liberté d’expression, au cours duquel il avait présenté une caricature de Mahomet. Elle n’y avait pourtant pas assisté, mais son mensonge avait été massivement relayé sur les réseaux sociaux par son père et Abdelhakim Sefrioui.

Après plusieurs jours d’une campagne virulente ciblant l’enseignant de 47 ans, ce dernier a été tué par Abdoullakh Anzorov, un islamiste radical tchétchène.

En décembre 2024, les magistrats de la cour d’assises spéciale de Paris ont admis que Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui ne connaissaient pas l’assassin.

Cependant, selon les juges, « les deux accusés ont, en connaissance de cause, pris le risque, malgré les menaces visant Samuel Paty, qu’une atteinte volontaire à son intégrité physique soit portée par un tiers, violent et radicalisé, qui est devenu leur bras armé ». Ils « ont contribué à créer un état d’esprit propre à susciter le crime », « en attisant la colère et la haine d’un esprit radicalisé ».

Concernant les proches d’Anzorov, les magistrats de première instance ont retenu qu’ils étaient « parfaitement » conscients de la dangerosité de leur ami et qu’ils l’avaient pourtant aidé, notamment dans sa recherche d’armes.

À l’issue de la première journée d’audience, largement consacrée à des questions d’organisation et à la lecture du rapport retraçant les faits et les investigations, la présidente a donné la parole aux quatre hommes assis dans le box des accusés.

Tous ont contesté les faits qui leur étaient reprochés.

« Je voulais présenter mes excuses, dire que je regrette infiniment et dire que je ne reconnais pas les faits », a déclaré Brahim Chnina.

« Je suis totalement innocent et je suis en réalité accablé chaque fois que j’entends l’acte d’accusation », a déclaré de son côté Abdelhakim Sefrioui.

Pour les conseils de Brahim Chnina, Mes Frank Berton et Louise Tort, dans ce dossier, « on a une extension de l’association de malfaiteurs terroriste » qui « n’est pas normale » ni « légitime ».

La défense de Sefrioui attend de son côté que la cour d’assises d’appel reconnaisse « l’innocence » du prédicateur.

« Il y a une évidence matérielle dans ce dossier : il ne connaissait pas l’auteur de l’attentat et celui-ci n’avait absolument pas vu la vidéo dans laquelle il apparaissait », a déclaré avant le début du procès l’un de ses avocats, Me Vincent Brengarth.

Les avocats ont demandé que le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, et l’ex-ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti, soient cités comme témoins afin de les entendre « sur les défaillances qui ont conduit à l’assassinat ».

Toutefois, leur présence, prévue vendredi, est incertaine.

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