Attendant son procès, une terroriste palestinienne présumée enceinte en prison
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Attendant son procès, une terroriste palestinienne présumée enceinte en prison

Anhar al-Deek, 25 ans, avait été arrêtée en mars après une attaque au couteau ; elle serait la première Palestinienne à avoir un enfant en cellule dans le pays depuis 2008

Des défenseurs israéliens des droit de l'Homme demandent la libération d'Anhar al-Deek, 25 ans, à l'entrée de la prison de Damon, dans le nord d'Israël, le 29 août 2021. (Crédit : Roni Ofer/Flash90
Des défenseurs israéliens des droit de l'Homme demandent la libération d'Anhar al-Deek, 25 ans, à l'entrée de la prison de Damon, dans le nord d'Israël, le 29 août 2021. (Crédit : Roni Ofer/Flash90

Une Palestinienne mise en examen pour une attaque au couteau présumée contre les habitants d’un avant-poste israélien devrait accoucher en prison, dans l’attente de son procès. Ce serait la première fois qu’un tel événement se produit depuis 2008.

Anhar Al-Deek, 25 ans, avait été arrêtée le 8 mars dans une exploitation agricole illégale, Sdeh Ephraim, située aux abords de la ville palestinienne de Ras Karkar, dans le centre de la Cisjordanie. Au mois d’avril, un juge militaire israélien avait ordonné son maintien en détention jusqu’à la fin des procédures judiciaires intentées à son encontre.

Al-Deek était déjà enceinte au moment de son arrestation. Actuellement en prison et alors que la date de son accouchement approche, son histoire a pris un nouvel écho sur les réseaux sociaux palestiniens. Le hashtag « Sauvez Anhar al-Deek » en arabe est devenu viral et des articles au sujet de la jeune femme ont été largement partagés par les médias arabophones.

La dernière Palestinienne à avoir donné naissance à un enfant alors qu’elle se trouvait en détention avait été Fatima al-Ziq, originaire de Gaza, en 2008, selon des informations transmises par l’agence de presse officielle palestinienne WAFA.

Les prisonnières sécuritaires palestiniennes sont traitées comme toutes les autres s’agissant d’un accouchement en milieu carcéral, a commenté Hanna Herbst-Shechter, porte-parole du service des prisons israélien (IPS).

« Selon les régulations de l’IPS, les mères qui sont détenues peuvent garder auprès d’elles leur bébé jusqu’à l’âge de deux ans. L’IPS est préparée à de tels cas de figure et est apte à prendre en charge ce type de situation », a commenté Herbst-Shechter.

Les services ont refusé tout autre commentaire. Un responsable de la sécurité a néanmoins expliqué qu’al-Deek serait emmenée sous surveillance dans un hôpital israélien.

L’officiel a démenti les informations relayées par certains médias palestiniens, qui ont déclaré qu’al-Derek serait enchaînée à son lit pendant l’accouchement.

« [Les gardes] resteront à l’extérieur et derrière la porte, bien sûr. Elle accouchera dans un hôpital, dans les conditions garanties par un service hospitalier de maternité et on ne va pas la mettre illico dans un taxi pour la renvoyer », a continué le responsable.

Selon les procureurs militaires israéliens, Al-Deek était entrée dans la ferme de Sdeh Ephraim. Elle s’était alors emparée d’un couteau et elle avait cherché à attaquer l’une des propriétaires de l’exploitation agricole, Leah Zeev. Cette dernière avait immédiatement appelé à l’aide son mari par téléphone.

Les deux filles de Zeev, âgées de huit et un ans, étaient dans la maison au moment de l’attaque. L’aînée avait pris la fuite lorsqu’al-Deek avait saisi le couteau qui avait une lame de dix centimètres de long, selon l’acte de mise en examen.

Al-Deek « a brandi le couteau en s’approchant de la victime, qui a alors reculé et appelé à l’aide », continue l’acte.

Zeev avait fui l’habitation avec sa petite fille d’un an et elle avait refermé la porte sur al-Deek, qui avait continué à brandir le couteau depuis l’intérieur, dans sa direction. A ce moment-là, le mari de Zeev, Eitan, était arrivé en compagnie de son frère et il avait neutralisé al-Deek en la menaçant d’une arme, poursuit l’acte de mise en examen.

La jeune femme avait lâché le couteau dès qu’elle avait vu l’arme et les deux hommes l’avaient surveillée jusqu’à l’arrivée des forces israéliennes.

Cette violente attaque n’avait pas été le premier incident entre la famille Zeev et les Palestiniens locaux. L’établissement de l’avant-poste de Sdeh Ephraim, en 2017, avait entraîné des manifestations – parfois violentes – des résidents palestiniens de Ras Karkar, une ville située à proximité.

Vue de l’avant-poste de la ferme Sdeh Efraim depuis le village de Ras Karkar en Cisjordanie, le 11 février 2021. (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israel)

Le propriétaire de Sdeh Eprahim, Eitan Zeev, est également traduit en justice depuis un an et demi pour avoir ouvert le feu de manière injustifiée sur plusieurs Palestiniens dans une ferme située à proximité de Naplouse, au mois de juillet 2020. L’arme de Zeev avait été saisie dans le cadre de cette procédure judiciaire.

Il y avait eu un autre attentat terroriste qui avait pris pour cible cette exploitation agricole au mois de février 2021, quand un jeune comptable palestinien, Khalid Maher Nofal, avait été mortellement blessé par balle par Zeev dans des circonstances troubles, au beau milieu de la nuit. Selon l’armée, Nofal avait cherché à pénétrer dans l’habitation familiale, en criant « Allah Akhbar ». Une lutte avait suivi et Zeev avait ouvert le feu, tuant le Palestinien.

Sur la base du témoignage de Zeev, l’armée avait rapidement annoncé que l’incident était un attentat terroriste. Mais les militaires avaient également reconnu que Nofal, cette nuit-là, n’était pas armé.

Al-Deek a été inculpée pour agression avec des circonstances aggravantes et pour possession d’un couteau. Son avocat, Akram Samarneh, explique qu’elle a des antécédents de maladie mentale, et qu’elle n’était pas dans son état normal quand elle a commis l’agression.

« Elle est atteinte d’une maladie psychiatrique. Elle ne sait pas comment elle est arrivée là… Elle dit qu’elle n’avait pas toute sa conscience quand elle a fait ce qu’elle a fait », déclare Samarneh lors d’un entretien téléphonique.

L’avocat affirme que sa cliente n’est pas apte psychologiquement à vivre un procès et qu’elle a demandé à être libérée. Les procureurs ont soumis un avis psychiatrique au tribunal contestant ces affirmations. Les juges, de leur côté, ont demandé des informations supplémentaires, a fait savoir Tsahal.

« Une Palestinienne dit être atteinte d’une maladie psychiatrique et les Israéliens disent que ce n’est pas le cas. Mais qui un tribunal israélien va-t-il croire ? Les Israéliens, bien évidemment », dit Samarneh.

C’est al-Deek qui choisira si elle veut garder auprès d’elle son enfant pendant deux ans. Une situation qui est difficile, reconnaît le responsable sécuritaire, car elle oblige à trouver un équilibre entre deux valeurs contradictoires : Mettre un innocent en prison et, en même temps, respecter le droit d’une mère à rester avec son bébé, même en détention.

« Mais nous parlons ici d’une détenue, pas d’une personne qui a été condamnée. Et il se pourrait que finalement, elle n’écope d’aucune peine et il est difficile d’anticiper ce qui va se passer », continue l’officiel.

Samarneh note que sa cliente mérite d’accoucher « dans l’hôpital qu’elle veut et dans les conditions qu’elle souhaite ».

« Elle veut élever ses enfants en liberté. Peut-elle vraiment l’élever entre quatre murs ? », interroge-t-il.

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