Attentat avorté de Villejuif en 2015 : l’ombre de la cellule du 13-Novembre
Rechercher

Attentat avorté de Villejuif en 2015 : l’ombre de la cellule du 13-Novembre

Un étudiant algérien, fiché S, avait appelé les secours après s'être tiré une balle dans la jambe menant à la découverte 4 kalachnikovs, 2 armes de poing et des gilets pare-balles

Des journalistes filment le site où le corps d'une femme avec trois blessures par balles a été retrouvé dans une voiture en feu à Villejuif, dans la banlieue sud de Paris, le 19 avril 2015. Les pompiers, prévenus par des passants qui ont vu la voiture en feu, sont arrivés sur les lieux et ont retrouvé le corps sans vie d'une femme âgée d'une trentaine d'année sur le siège passager à l'avant de la voiture en feu. La cause du décès n'a pas encore été établie. (Crédit : AFP PHOTO / FRANCOIS GUILLOT)
Des journalistes filment le site où le corps d'une femme avec trois blessures par balles a été retrouvé dans une voiture en feu à Villejuif, dans la banlieue sud de Paris, le 19 avril 2015. Les pompiers, prévenus par des passants qui ont vu la voiture en feu, sont arrivés sur les lieux et ont retrouvé le corps sans vie d'une femme âgée d'une trentaine d'année sur le siège passager à l'avant de la voiture en feu. La cause du décès n'a pas encore été établie. (Crédit : AFP PHOTO / FRANCOIS GUILLOT)

Trois ans après l’attentat avorté de Villejuif, l’enquête a pu préciser la piste d’un commanditaire lié à la cellule de Verviers, matrice des attentats de Paris et de Bruxelles, mais des questions demeurent sur la mission du principal suspect, Sid Ahmed Ghlam.

Ce 19 avril 2015, cet étudiant algérien, alors âgé de 23 ans et fiché S pour radicalisation islamiste, avait lui-même appelé les secours après s’être tiré une balle dans la jambe. Alertés, les policiers avaient découvert, dans sa voiture et sa chambre du XIIIe arrondissement de Paris, quatre kalachnikovs, deux armes de poing et des gilets pare-balles.

L’enquête allait montrer, comme il l’a reconnu ensuite, qu’il avait été téléguidé par le groupe Etat islamique (EI) pour attaquer ce dimanche-là une église à Villejuif (Val-de-Marne), près de Paris, trois mois après les attentats de Charlie Hebdo, de Montrouge et de l’Hyper Cacher qui ont fait rentrer la France dans l’ère de la menace jihadiste.

Avec cette question en suspens: la cible de Villejuif s’inscrivait-elle dans un vaste plan d’actions en Europe du groupe jihadiste, avant l’attaque d’un Thalys en août 2015 et les raids meurtriers du 13 novembre dans la capitale et à Saint-Denis?

Ce dimanche-là, un carnage avait été évité, mais au prix d’une vie: Sid Ahmed Ghlam est soupçonné d’avoir tué au matin une professeur de fitness de 32 ans, Aurélie Châtelain, dans sa voiture. Il nie ce meurtre, assurant qu’elle a été tuée accidentellement par un mystérieux complice dont il est le seul à affirmer l’existence. Une thèse jugée peu crédible.

Rapidement à l’époque, les enquêteurs parviennent à décrypter des échanges entre M. Ghlam et deux donneurs d’ordre de l’EI, dissimulés derrière des noms de combattants: Abou Moutana et Amirouche lui donnent pour instruction de trouver « une bonne église avec du monde ».

Des rapprochements permettront d’identifier ces deux vétérans du jihad, visés depuis un an par des mandats d’arrêts mais présumés morts en zone irako-syrienne: le premier serait Abdelnasser Benyoucef, entraîné par Al-Qaïda en Afghanistan et lié au Groupe islamiste des combattants marocains (GICM).

Le second est un de ses proches et une figure du jihad: Samir Nouad est considéré comme l’un des donneurs d’ordre d’Abdelhamid Abaaoud lorsque ce dernier pilotait à distance la cellule franco-belge de Verviers, démantelée en janvier 2015, selon une source proche du dossier.

Les enquêteurs pensent aussi avoir identifié M. Abaaoud, le futur coordinateur des attentats du 13-Novembre, derrière le pseudonyme Abou Omar, apparu dans des conversations avec M. Ghlam. Mais ce dernier réfute toute connexion avec le jihadiste belgo-marocain.

« Je n’avais pas connaissance des autres actions que l’Etat islamique menait », a affirmé Sid Ahmed Ghlam dans sa dernière audition devant le juge le 28 février.

« Sacrifice »

Selon son récit, M. Ghlam a été missionné par l’EI depuis la Turquie où il s’était rendu en octobre 2014 et février 2015. Devant le juge, il s’est présenté comme un jeune naïf, aveuglé par « l’idéologie » jihadiste et un « repenti » dont le renoncement est allé jusqu’à s’infliger une blessure par balle et aurait évité un possible massacre.

Mais cette version semble fragilisée par une expertise remise le 27 mars aux juges, selon une source proche du dossier. Sans apporter de conclusion formelle sur le caractère volontaire ou accidentel du tir, elle suggère néanmoins que M. Ghlam a pu se blesser lors de « la remise en place de l’arme au niveau de la ceinture ».

« C’est un rapport complexe et ambigu, difficilement exploitable », estime l’avocat du suspect, Me Gilles-Jean Portejoie.

Trois ans après, reste pour les proches d’Aurélie Châtelain le sentiment d’un « sacrifice », selon leur avocat Antoine Casubolo Ferro. Et l’attente d’un procès, encore lointain, « pour que Ghlam apporte l’explication: pourquoi et comment est-elle morte ? »

Dans l’enquête sur le matériel et les armes fournies à M. Ghlam, sept hommes, dont certains liés à la mouvance islamiste radicale, sont mis en examen. L’un d’eux, Farid B., a été réincarcéré en novembre après la découverte d’ADN sur un fusil d’assaut, et un autre, Jonhy M. a été remis en liberté en décembre.

Mamadou N. et Beramdane B. sont les derniers avoir été mis en examen et incarcérés, en janvier, pour des « infractions à la législation sur les armes en relation avec une entreprise terroriste ». Leur ADN a aussi été retrouvé sur des armes de M. Ghlam.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...