Au Caire, l’art de dompter un lion chez soi au temps du coronavirus
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Au Caire, l’art de dompter un lion chez soi au temps du coronavirus

La famille El-Helw s'est lancée dans le spectacle depuis son domicile, afin de pouvoir garder le contact avec le public via les réseaux sociaux

Ahsraf el-Helw, dresseur de grands chats, avec Joumana, une lionne africaine de 5 ans, chez lui au Caire, la capitale égyptienne, le 10 mai 2020.  (Crédit : Mohamed el-Shahed / AFP)
Ahsraf el-Helw, dresseur de grands chats, avec Joumana, une lionne africaine de 5 ans, chez lui au Caire, la capitale égyptienne, le 10 mai 2020. (Crédit : Mohamed el-Shahed / AFP)

« Joujou, je ne suis pas content ! », dit d’un air sévère Ashraf El-Helw, jeune dompteur égyptien de 26 ans, à sa lionne Joumana, qui rechigne à faire son numéro devant l’aquarium du salon familial.

Depuis que Le Caire a fermé les lieux de loisirs en mars pour cause de maladie Covid-19, les El-Helw, dompteurs de lions et de tigres depuis trois générations, sont privés de cirque. Donc, théoriquement, au chômage technique.

Mais, bien décidée à ne pas perdre la main, la famille cairote s’est lancée dans le spectacle depuis son domicile, afin de pouvoir garder le contact avec le public via les réseaux sociaux.

Une première représentation, diffusée sur les comptes Instagram et Facebook des frères El-Helw le mois dernier, a récolté des milliers de vues. Pour les prochaines éditions, ils espèrent récupérer davantage de clics et quelques revenus, et, dans le grand salon carrelé de quelque 80 m2, on a poussé les meubles pour faire place à la piste, ses deux tabourets de cirque et deux solides tables.

« Avant le corona, l’activité était bonne car les gens adorent le cirque en Egypte. Mais tout s’est arrêté », raconte Ashraf.

« Peur pour les meubles »

S’il affirme s’en sortir « pour le moment », avec une bonne trentaine d’employés à payer et une quarantaine de fauves à nourrir, « il ne faudrait pas que ça dure trop longtemps ».

En ces temps de pandémie, la famille – célèbre en Egypte pour ses performances au Cirque national, sur les bords du Nil, au Caire – a profité de sa notoriété pour diffuser, avec l’aide de Joumana, le message suivant : « Restez chez vous, en sécurité ».

En attendant des jours meilleurs, au 8e étage d’un grand immeuble de béton en plein cœur de la mégalopole égyptienne, Joumana s’entraîne donc pour le prochain spectacle, dont la diffusion est prévue pour l’Aïd el-Fitr, marquant la fin du mois de radaman, fin mai.

« C’est la première fois que j’amène un grand lion à la maison », s’exclame Ashraf entouré de son frère Youssef, 24 ans, et de sa soeur Bushra, 28 ans, également dompteurs.

« Ma mère était gênée au départ car elle avait peur pour les meubles », confesse Ashraf.

« Allez ! », ordonne subitement Ashraf, en français selon la tradition du dressage.

La lionne de quatre ans finit par sauter de son tabouret sur une table pour aller happer un bout de viande disposé à l’autre extrémité d’une passerelle en bois.

Comme ses maîtres, la lionne emprunte l’ascenseur pour se rendre deux fois par semaine à ses séances de dressage. Le reste du temps elle vit dans un parc, hors de la ville, où les El-Helw s’occupent de plusieurs autres félins.

Ahsraf el-Helw, dresseur de grands chats, prend l’ascenseur avec Joumana, une lionne africaine de 5 ans, chez lui au Caire, la capitale égyptienne, le 10 mai 2020. (Crédit : Mohamed el-Shahed / AFP)

« Avec les voisins ? Il n’y a aucun problème, ils nous font confiance », assure à l’AFP le jeune dompteur.

Lorsque Joumana arrive dans sa grande cage de fer installée à l’arrière d’un 4X4, les El-Helw et leurs assistants bloquent la cage d’escalier, le temps que la lionne atteigne l’ascenseur.

Hussein Suleiman, le chef de la sécurité de l’immeuble assure n’avoir reçu « aucune plainte ». « La famille est charmante, les gens viennent prendre des photos quand ils voient passer la lionne. »

« Avec amour »

Il y a bien eu, au début, quelques réactions indignées d’internautes craignant les maltraitances. Mais Ashraf assure qu’il « entraîne les animaux avec amour ».

« Les coups de fouets ce n’est que dans les dessins animés, c’est une image fausse », ajoute-t-il, en affirmant qu’il ne se sert que d’une simple baguette rigide.

Ahsraf el-Helw, dresseur de grands chats, avec Joumana, une lionne africaine de 5 ans, chez lui au Caire, la capitale égyptienne, le 10 mai 2020. (Crédit : Mohamed el-Shahed / AFP)

Ashraf a repris très jeune la tradition familiale à la tête de sa fratrie, en effectuant son premier spectacle à 15 ans.

« Nous sommes une famille d’entraîneurs, mon grand-père Mohamed El-Helw a été tué en 1978 par le lion Sultan », en pleine représentation, raconte-t-il, en référence à un accident mortel bien connu dans le pays.

Et dans la famille El-Helw, la grand-mère Mahassen « était surnommée ‘la dame de fer’ car elle était la première femme au Moyen-Orient à entraîner des animaux sauvages », poursuit Ashraf, dont le père, Mohamed Junior, était aussi un célèbre dompteur.

Dans un coin de la pièce, la maman des jeunes dompteurs, la soixantaine, habillée d’une abaya noire regarde la répétition, amusée. En son temps, elle aussi s’est essayée au dressage.

Karim, le plus jeune frère, 20 ans, se languit de pouvoir à son tour faire du dressage son métier. « Dès que j’aurai fini mes études, je commencerai à m’entraîner », affirme à l’AFP cet étudiant en commerce.

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