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Au cimetière juif de Sarre-Union, Darmanin fustige Zemmour sans le nommer

Une cérémonie a marqué la réhabilitation du cimetière du Bas-Rhin, profané en 2015 - une occasion pour le ministre de dénoncer les "voix qui attaquent la République"

Gérald Darmanin au cimetière juif de Sarre-Union, le 28 octobre 2021 (Crédit : capture d'écran Twitter)
Gérald Darmanin au cimetière juif de Sarre-Union, le 28 octobre 2021 (Crédit : capture d'écran Twitter)

Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a vilipendé jeudi les « voix dissonantes » qui « attaquent la République », en visant sans le nommer Eric Zemmour, lors d’une cérémonie marquant la réhabilitation du cimetière juif de Sarre-Union (Bas-Rhin), profané en 2015.

« Nous devons écouter avec beaucoup d’attention les discours et les volontés de nous diviser : les voix dissonantes – aussi sympathiques peuvent-elles être pour faire naître des débats artificiels – sont des voix qui attaquent la République », a-t-il déclaré à la tribune.

« Une République qui attaque la laïcité en essayant de cacher des vêtements ou en faisant changer des prénoms, je crois profondément qu’elle nous prépare des lendemains bien difficiles », a-t-il ajouté, dans une allusion aux déclarations du polémiste d’extrême droite Eric Zemmour qui propose de contraindre les parents de choisir des « prénoms français ».

Au cimetière juif de Sarre-Union, où 269 tombes et le monument rendant hommage aux victimes de la déportation avaient été profanés par des adolescents le 15 février 2015, Gérald Darmanin a pointé les « débats qui réveillent des intentions négatives ».

Il a rappelé qu’il y avait eu « en Alsace une vingtaine d’actes antisémites depuis le début de l’année ».

« Malheureusement, pour que des gens passent à ces attaques, il faut qu’il y ait des discours qui légitiment une partie de ces actes. Donc quand on a la chance d’être entendu par des millions de Français, ce qui est une grande responsabilité, on doit faire attention à ce qu’on dit », a-t-il poursuivi.

Au cours de la cérémonie, le maire de Sarre-Union, Marc Séné, a exprimé « l’énorme soulagement » que constituait la réhabilitation du cimetière juif, « pour la population du territoire, et surtout pour l’ensemble des familles qui ont été touchées par la profanation des sépultures de leurs êtres chers ».

Le maire de Sarre-Union Marc Séné et le président du Crif Alsace, en février 2015 (Crédit : Nathan Kretz/Times of Israel)

« Il faut que cette région finisse par faire son introspection », a réclamé Maurice Dahan, le président du Consistoire israélite du Bas-Rhin. « Quand un français juif est atteint, la France entière est atteinte. Formulons ensemble le souhait que cette réhabilitation amènera de la sérénité », a-t-il enchaîné.

« Je ne veux pas être pessimiste mais je n’ai pas l’impression que les choses se soit améliorées », a estimé auprès de l’AFP Harold Weiss, le Grand rabbin du Bas-Rhin.

« Il suffit de voir le nombre de profanations auxquelles on a été confronté depuis 2015, à Herrlisheim, Quatzenheim, Westhoffen, pour comprendre que cette profanation n’a pas servi de leçon et qu’il faut rester vigilant », a-t-il relevé.

La profanation du cimetière de Sarre-Union avait provoqué une très vive émotion. Le président François Hollande avait fait le déplacement pour une cérémonie de recueillement organisée en présence de nombreux responsables politiques et religieux.

Cette profanation avait été suivie d’autres dégradations dans des cimetières chrétiens du Calvados et de Haute-Garonne.

Ses auteurs, cinq adolescents, avaient été interpellés quelques jours après les faits, après que l’un d’eux se fut rendu de lui-même à la gendarmerie. Ils ont été condamnés à des peines de 8 à 18 mois de prison avec sursis et à 140 heures de travaux d’intérêt général pour profanations et dégradations de sépultures « en raison de l’appartenance des personnes décédées à une religion déterminée ».

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