Au cœur de Jérusalem, la misère d’un ‘camp de réfugiés’ palestinien
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Au cœur de Jérusalem, la misère d’un ‘camp de réfugiés’ palestinien

Dans un immeuble massif aux abords des hôtels les plus luxueux de Jérusalem, 300 squatteurs vivent dans des conditions misérables. Les propriétaires jordaniens et la Mairie se renvoient la balle… et ne font rien

Dov Lieber est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Le 'camp de réfugiés' Samoud, situé près du quartier Sheikh Jarrah de Jérusalem, le 10 novembre 2016. (Crédit : Dov Lieber/Times of Israël)
Le 'camp de réfugiés' Samoud, situé près du quartier Sheikh Jarrah de Jérusalem, le 10 novembre 2016. (Crédit : Dov Lieber/Times of Israël)

De nombreux habitants de Jérusalem passent devant cet immeuble massif situé juste aux abords de l’American Colony Hotel, près de la route reliant l’est et l’ouest de la ville, avec ses fenêtres étroites dont le verre est craquelé et brisé comme si une bombe avait explosé à l’intérieur il y a des années. Mais dont personne n’avait voulu jamais réparer les dégâts.

Peu de personnes seraient en mesure de deviner ce qu’il se déroule à l’intérieur.

Il y a pourtant des signes de vie : des vêtements accrochés aux fenêtres et des petites structures ressemblant à des bicoques faites de blocs de béton et de panneaux de métal, comme celles des bidonvilles indiens, sont dispersées ça et là dans le parking.

Les locaux et la presse arabe ont choisi de désigner cette structure monstrueuse et vétuste comme le « camp Samoud », ou camp indéfectible. Le terme Samoud comprend cette connotation islamique que l’on retrouve dans la foi indéfectible mais dans le cas des habitants de ce camp de cauchemar. Cela signifie également endurer le quotidien qui permettra une vie meilleure.

Le bâtiment abrite environ 42 familles arabes, soit environ 300 individus selon les estimations. Au cours des dernières années, il a fait quelques apparitions dans les informations arabes comme étant le lieu d’opération de raids policiers, mais son histoire de souffrance et de trahison est largement restée méconnu.

M., une source très familière de l’histoire de l’immeuble, qui s’est entretenu avec le Times of Israel sous couvert d’anonymat, a décrit des conditions de vie horribles dues à l’obscurité, l’humidité, le surpeuplement et un manque total d’intimité qui ont entraîné des conséquences sociales infernales – abus de drogues et d’alcool, violences, viols, mariages de mineurs – dès 14 ans – et de quoi fournir un « hôpital psychiatrique entier de cas à étudier ».

L'entrée du 'camp de réfugiés' Samoud, situé près du quartier Sheikh Jarrah de Jérusalem, le 10 novembre 2016. (Crédit : Dov Lieber/Times of Israël)
L’entrée du ‘camp de réfugiés’ Samoud, situé près du quartier Sheikh Jarrah de Jérusalem, le 10 novembre 2016. (Crédit : Dov Lieber/Times of Israël)

M. affirme également que l’immeuble a subi tant de dommages – de plus en plus de familles se taillant des espaces de vie à travers ses murs porteurs – qu’il existe un risque réel d’effondrement partiel, voire total.

Une visite récente de l’immeuble, qui n’a été rendue possible que par la garantie apportée, par l’un de ses habitants, de la mise en sécurité absolue du journaliste, a révélé un état de profond délabrement et de négligence.

Comment ce grand bâtiment, qui a la taille d’une petite forteresse, construit dans une zone touristique centrale — où se situent les meilleurs hôtels de Jérusalem-Est dont les célèbres enseignes de l’American Colony et de l’Oliver Tree — est-il devenu un refuge miséreux, un « camp de réfugiés » situé au cœur de Jérusalem ?

Et comment est-il possible que les propriétaires jordaniens de l’immeuble ainsi que la mairie puissent ne pas être en mesure d’expulser les habitants clandestins, en dépit du fait que les deux parties soient tout à fait conscientes des risques réels qui sont courus par les résidents ?

L’histoire met en lumière ce tourbillon politique surréaliste, chaotique et même grotesque qui existe à Jérusalem, où les ennemis perçus sont des voisins, dans cette ville au sein de laquelle un tiers de la population – les habitants arabes de Jérusalem Est – sont des résidents mais pas des citoyens.

L’immeuble appartient au Waqf de Jérusalem, l’instance musulmane qui contrôle les propriétés importantes comme les mosquées et les écoles de Jérusalem-Est. Le Waqf est en fait un organisme appartenant au gouvernement jordanien qui a continué ses opérations au sein de la capitale après que le royaume hachémite a perdu Jérusalem-Est au profit d’Israël durant la guerre de 1967.

M. dit penser que le Waqf ne procèdera pas à l’expulsion forcée des familles parce que ce serait un désastre en termes de relations publiques, de crainte qu’il ne soit perçu comme travaillant aux côtés des autorités israéliennes à évincer les familles palestiniennes de leurs logements.

Dans une interview accordée au Times of Israel, un responsable du Waqf affirme avoir les mains liées dans la mesure où il ne peut se tourner vers la police israélienne sans une autorisation expresse d’Amman, et parce que « l’instance n’a aucune coordination avec les autorités [israéliennes]. »

Le bâtiment lui-même, situé à l’entrée du quartier de Sheikh Jarrah, devait devenir un centre communautaire islamique et possède un cinéma.

Selon M., l’immeuble n’a jamais été terminé faute de financement. Et il est donc resté interdit d’accès à travers une grande partie des années 1990 — soit jusqu’à l’arrivée des premières familles, qui étaient alors une dizaine.

Un membre du Conseil municipal a déclaré au Times of Israël qu’il aimerait se pencher sur la possible utilisation de ce site central – qui sert au camp Samoud – dans une perspective d’utilité publique pour les habitants juifs et arabes de Jérusalem.

Mais ni la municipalité, ni le Waqf n’ont travaillé sur une solution permettant la réinstallation des familles du camp Samoud – jusqu’à ce que le Times of Israël ne commence à se pencher sur le récit de la création de ce camp.

La genèse des réfugiés ‘indéfectibles’

Durant le printemps 1997, Mohammad Abdul-Aziz Mohammed al-Husseini a lancé un mouvement de protestation sous un chapiteau en compagnie de dix familles face à l’intention des autorités israéliennes de leur retirer leur statut d’habitants de Jérusalem, ce qui signifiait la perte de leur liberté de se déplacer à travers le pays ainsi que le renoncement au droit aux services civils tels que les soins de santé et la sécurité sociale.

Mohammad Abdul-Aziz Mohammad al-Husseini, 62 ans, chez lui au 'camp de réfugiés' Samoud, près du quartier Sheikh Jarrah  à Jérusalem, en Israël, le 10 novembre 2016. (Crédit :  Dov Lieber/Times of Israël)
Mohammad Abdul-Aziz Mohammad al-Husseini, 62 ans, chez lui au ‘camp de réfugiés’ Samoud, près du quartier Sheikh Jarrah à Jérusalem, en Israël, le 10 novembre 2016. (Crédit : Dov Lieber/Times of Israël)

Husseini et sa famille sont originaires de la ville d’Eizariya, située sur le flanc sud-est du mont des Oliviers, à un peu plus de 3 kilomètres de Jérusalem.

A l’époque, le ministère de l’Intérieur israélien venait tout juste d’adopter de soudaines mesures de répression, retirant leur carte d’identité bleue – attestant d’une résidence à Jérusalem – à des individus dont il n’était pas possible de prouver que « le centre de vie » se trouvait en effet au sein des frontières municipales de la ville.

Cette politique est encore appliquée aujourd’hui. En 2002, la barrière de sécurité avec la Cisjordanie est venue séparer physiquement Eizariya de Jérusalem.

Husseini explique qu’il avait présenté son dossier devant les Tribunaux israéliens et que le droit à conserver sa carte d’identité de résident lui avait été confirmé, mais qu’il avait perdu sa capacité à toucher des allocations civiles en tant qu’habitant d’Eizariya.

Ce mouvement de protestation, organisé sous des chapiteaux fournis par l’ONU, selon M., a duré du printemps 1997 jusqu’à l’hiver suivant. Husseini a décidé de soustraire les familles aux frimas glaciaux de Jérusalem et les a emmenés dans l’immeuble abandonné du centre islamique inachevé. Cette initiative devait être temporaire.

« Ils y sont entrés clandestinement mais pour des raisons humanitaires. Nous [le Waqf] n’avons rien dit et avons détourné les yeux », explique Ghaleb Nasri a-Din, gestionnaire du département des propriétés du Waqf, au Times of Israël.

Vingt ans après, les 10 familles originales se sont multipliées à travers des mariages, des naissances et l’emménagement de proches qui ont voulu profiter d’une location gratuite et d’une adresse à Jérusalem leur permettant de conserver les fameuses cartes d’identité bleues.

‘Il vaut mieux vivre avec les Juifs que l’AP’

Un non-résident ne peut entrer seul dans le camp Samoud. Les habitants se méfient des étrangers. « Si vous entrez seuls, vous ressortirez sans votre chemise, dit M., en ne plaisantant qu’à moitié.

Husseini, 62 ans maintenant, le chef non-officiel et porte-parole du camp, a invité le Times of Israël à visiter son habitation et a envoyé ses petits-enfants, peut-être au nombre de 10, pour qu’ils escortent ce journaliste jusqu’à son appartement. Sans cet escorte, ce dernier n’aurait pas été autorisé à entrer dans les locaux.

Avant l’arrivée de l’escorte, un autre enfant est venu m’interroger – Pourquoi êtes-vous là ? Pourquoi prenez-vous des photos ? A la fois effrayé et sur ses gardes.

Les couloirs intérieurs de l’immeuble, si on peut les appeler des couloirs, sont nus, déchiquetés, décorés seulement de slogans et d’images religieuses ou politiques peintes à la bombe. Des fils électriques tombent des plafonds et des murs comme des plantes grimpantes dans la jungle.

Les fils électriques pendant dans le 'camp de réfugiés' Samoud, proche du quartier  Sheikh Jarrah de Jérusalem, le 10 novembre 2016. (Crédit :  Dov Lieber/Times of Israël)
Les fils électriques pendant dans le ‘camp de réfugiés’ Samoud, proche du quartier Sheikh Jarrah de Jérusalem, le 10 novembre 2016. (Crédit : Dov Lieber/Times of Israël)

A l’intérieur de l’habitation de Husseini, protégée par une lourde porte en métal, la peinture blanche des murs du salon est moisie et décollée. Certaines des autres pièces de l’appartement sont ceintes de mur en bloc de parpaings nus.

Deux des petits-enfants ont pris place sur un sofa, dans le salon. Ils regardent le film américain sorti en 2009 « Avatar » sur une grande télé à écran plat, le son poussé à son maximum. Une autre petite fille arpente l’appartement. Les vêtements portés par les enfants sont effilochés et délavés.

Husseini, qui s’exprime principalement en hébreu et parfois en arabe, dit être satisfait de son lieu de vie actuel.
Il n’a pas les moyens de payer la location d’un appartement, son seul revenu s’élevant à 3 700 shekels (environ 1 000 dollars), une allocation versée par la sécurité sociale israélienne tous les mois.

« Vous voyez, c’est bien ici. Est-ce que vous savez dans quelles conditions les gens vivent dans la Vieille Ville de Jérusalem ? Dans des placards. Je connais certaines personnes qui vivent dans des puits là-bas », dit Husseini.

Le 'camp de réfugiés' Samoud, proche du quartier Sheikh Jarrah de Jérusalem, le 10 novembre 2016. (Crédit :  Dov Lieber/Times of Israël)
Le ‘camp de réfugiés’ Samoud, proche du quartier Sheikh Jarrah de Jérusalem, le 10 novembre 2016. (Crédit : Dov Lieber/Times of Israël)

Alors que cela pourrait être la police israélienne qui l’ait obligé à quitter ce qu’il qualifie de belle maison à Eizariya par crainte de perdre sa carte d’identité bleue, sa colère est dirigée à l’encontre de l’AP, dont il affirme que ceux qui la constituent sont les individus « les plus orduriers du monde », et en particulier le Waqf, qu’il décrit comme un « gang criminel ».

A travers tout l’entretien, il ne cessera de maudire l’AP et le Waqf.

Il explique que l’ancien leader palestinien de Jérusalem Faisal al-Husseini, ex-directeur de la Maison de l’Orient – siège de l’OLP à Jérusalem – avait promis d’acheter un immeuble pour les habitants du camp Samoud à Abu Tor, un quartier accueillant Juifs et Musulmans au sud de la Vieille Ville. Il avait alors indiqué qu’environ 2 millions de dollars, offerts par les pays du Golfe, permettraient l’acquisition de ce bâtiment.

Mais Faisal était décédé en mai 2001 alors qu’il visitait le Koweït, et c’est l’un de ses proches, Adnan Ghaleb al-Husayni, qui est devenu à son tour le gouverneur palestinien de Jérusalem.

Husseini clame que lorsque Adnan al-Husayni a pris ses fonctions, le programme d’achat immobilier à Abu Tor a été soudainement supprimé.

Selon Husseini, lorsqu’il a demandé au nouveau gouverneur de la ville où en était le programme concernant Abu Tor, al-Husayni, utilisant un jargon populaire arabe, lui a répondu « Illi fat, mat » (Ce qui est passé est mort). Pour Husseini, la destinée des fonds qui avaient été donnés ne fait aucun doute.

« Maintenant, de nombreuses personnes disent : al-Yahud, Ahsan min a-Sulta, Les Juifs sont préférables à l’AP. Il vaut mieux vivre avec les Juifs. Pourquoi ? Le gouvernement d’Israël se préoccupe de sa population et ce n’est pas le cas de l’AP. »

Une solution onéreuse qui échoue lamentablement

Le Waqf a espéré pendant des années qu’Israël procéderait à l’expulsion forcée des familles du camp Samoud, selon M. Mais, ajoute-t-il, Israël n’a pas désiré agir sans une requête officielle de la part du Waqf, ses propriétés étant extrêmement sensibles au niveau diplomatique.

« Le Waqf a fait une partie de poker et a perdu », commente M.

Finalement, le Waqf a obtenu une large subvention de la part de l’Arabie Saoudite pour construire de nouveaux appartements en direction des familles à Sur Baher, un quartier arabe dans les faubourgs situés au sud-est de Jérusalem.

Des policiers israéliens près du corps d'un Palestinien, dans le quartier arabe de Sur Baher, à Jérusalem Est, le 7 avril 2009. (Crédit: Kobi Gideon/Flash90)
Des policiers israéliens près du corps d’un Palestinien, dans le quartier arabe de Sur Baher, à Jérusalem Est, le 7 avril 2009. (Crédit: Kobi Gideon/Flash90)

En 2005, certaines des familles hébergées dans le camp Samoud ont commencé à déménager dans leurs nouveaux appartements de Sur Baher.

D’autres, toutefois, ont refusé de rejoindre un village selon eux trop périphérique et éloigné du centre de la ville, et ont préféré rester.

De plus, certaines des familles du camp Samoud qui ont déménagé à Sur Baher ont été rejetées par les habitants du village.

Certains résidents de Sur Baher, bourgade composée de quelques grands clans, n’ont pas apprécié l’arrivée d’étrangers.

En particulier, selon M., dans la mesure où certaines familles du camp Samoud avaient mauvaise réputation, avec des passés de délinquance, de surconsommation de stupéfiants et d’alcool. Une poignée de nouveaux arrivants est malgré tout parvenue à s’intégrer dans les appartements à Sur Baher. Ils continuent à y vivre aujourd’hui.

Selon Husseini, ces gens avaient des liens familiaux avec le village, ce qui a facilité leur intégration.

Et pourtant, la solution onéreuse trouvée par le Waqf a échoué, et un grand nombre de familles sont revenues dans l’immeuble du camp, rejoignant ceux qui n’en étaient jamais partis.

Et même ces familles, qui habitant dorénavant à Sur Baher à ce jour, gardent leurs logements dans le camp Samoud, le transmettant à leurs enfants mariés, ou permettent à certaines des épouses – la polygamie est acceptée par l’islam – de garder une habitation là-bas. Un résident du camp Samoud, selon M., a cinq épouses et vingt enfants.

Le résultat a été la croissance non-vérifiée de la population vivant dans l’immeuble, avec chaque nouveau noyau familial qui a su se créer sa propre habitation dans l’espace somme toute limité offert par la structure. C’est aussi pour cela que des baraquements ont été ajoutés à l’extérieur de l’immeuble : pour y accueillir plus de familles encore.

Pour les résidents du camp Samoud, les factures sont une bénédiction

Husseini souligne que son habitation possède l’eau, l’électricité et le câble. « La vie est bien ici », répète-t-il encore une fois, même s’il reconnaît que d’autres occupants, dans l’immeuble, ont des habitations plus petites.

En 2007, une habitante a confié au site israélo-arabe d’information Panet qu’elle et ses enfants vivent en souterrain, sans air ni lumière du soleil, se plaignant des « conditions de vie terribles » qui mènent à la propagation des maladies.

Mohammad Abdul-Aziz Mohammad al-Husseini, 62 ans, à l'entrée de sa maison du 'camp de réfugiés' Samoud, près du quartier Sheikh Jarrah de Jérusalem, le 10 novembre 2016 (Crédit : Dov Lieber/Times of Israël)
Mohammad Abdul-Aziz Mohammad al-Husseini, 62 ans, à l’entrée de sa maison du ‘camp de réfugiés’ Samoud, près du quartier Sheikh Jarrah de Jérusalem, le 10 novembre 2016 (Crédit : Dov Lieber/Times of Israël)

L’eau courante et l’électricité au camp Samoud ne sont pas seulement nécessaires au quotidien. Le paiement des factures pour ces services est la seule raison pour laquelle de nombreuses familles continuent à conserver leur place dans l’immeuble.

Lorsqu’Israël a capturé Jérusalem Est en 1967, les habitants arabes ont obtenu le statut de résidence, mais pas la citoyenneté. Ce statut de résident leur ouvre l’accès aux services gouvernementaux comme les soins de santé et la sécurité sociale, contre le paiement d’impôts.

Tandis que la question du statut de résidence a été problématique dès le début, avec les résidents de Jérusalem-Est placés dans l’incapacité de voter lors des élections nationales, la question est devenue cauchemardesque pour eux au milieu des années 1990.

En 1995, sans aucune déclaration publique, selon le groupe de défense des droits de l’Homme israélien B’Tselem, le ministère de l’Intérieur a demandé aux habitants de Jérusalem Est de prouver que la capitale était le « centre de leur vie ». Depuis lors, ce sont plus de 11 000 résidents de l’est de Jérusalem qui ont perdu leur statut de résident, rendant certains apatrides.

En 2002, la barrière de sécurité est venue physiquement séparer de nombreuses villes situées en périphérie de Jérusalem et la capitale.

Mais avant l’édification de la barrière, et avec l’exigence du « centre de vie » de la part d’Israël, les habitants de Jérusalem-Est désireux de construire des habitations ont été en mesure de le faire dans des villes palestiniennes voisines comme Eizariya et a-Ram, et l’ont fait en ignorant qu’Israël en viendrait à limiter l’octroi du statut de résidence à certains.

Des fidèles palestiniens grimpent sur une section de la barrière de séparation d'Israël avec le village  A-Ram vers Jérusalem, alors qu'ils vont prier à la mosquée Al-Aqsa, le 20 octobre 2016. (Crédit : Pierre Terdjman/Flash90)
Des fidèles palestiniens grimpent sur une section de la barrière de séparation d’Israël avec le village A-Ram vers Jérusalem, alors qu’ils vont prier à la mosquée Al-Aqsa, le 20 octobre 2016. (Crédit : Pierre Terdjman/Flash90)

« La ligne municipale a été dessinée arbitrairement entre Jérusalem-Est et la Cisjordanie. Parce qu’il n’y avait pas de murs, cette délimitation a fonctionné et le lieu où vous viviez importait peu », explique Daniel Seidemann, fondateur de Terrestrial Jerusalem, une ONG spécialisée dans les problèmes existant au sein de la capitale.

Depuis 1995, pour protéger leur carte d’identité bleue tant convoitée, les habitants de Jérusalem Est ayant un domicile en Cisjordanie ont renoncé à leurs plus jolies demeures en Cisjordanie pour les résidences qu’ils ont pu trouver au cœur des frontières municipales de Jérusalem.

Husseini a confirmé qu’un grand nombre des familles du camp Samoud, comme lui-même, ont des domiciles en Cisjordanie à proximité de Jérusalem. Mais afin de conserver leur statut en tant que résidents de Jérusalem, ils ont gardé leurs adresses dans le camp Samoud.

En payant les factures mensuelles, les familles au camp Samoud peuvent prouver que Jérusalem est le « centre de leur vie » et continuent à avoir accès aux soins de santé et à la sécurité sociale.

Depuis 1967, les habitants de Jérusalem-Est ont la capacité légale de réclamer la citoyenneté israélienne, mais une récente enquête menée par le Times of Israël a révélé que cette option a été depuis presque totalement gelée.

Les familles du camp Samoud sont maintenant responsables de leurs propres vies, selon le Waqf

Le Times of Israël a visité les bureaux du Waqf, qui sont situés dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 14 décembre et s’y est entretenu avec Ghaleb Nasri a-Din, qui gère le département des propriétés de l’instance.

A-Din a expliqué que le Waqf a fait ce qu’il a pu pour les familles du camp Samoud, qui ont profité du geste du Waqf visant à leur permettre de rester encore de façon temporaire dans l’immeuble.

« Nous avons construit d’autres logements pour eux à Sur Baher. Et maintenant, ils vivent encore là (dans le camp Samoud) sous leur propre responsabilité », explique-t-il, reconnaissant la dangerosité du bâtiment.

A un moment de l’interview, il sort un classeur massif, rempli de divers documents. C’est le dossier concernant le camp Samoud. Aucune pièce de ce dossier n’a été informatisée.

Il montre au Times of Israël des photographies prises par les employés du Waqf dans l’immeuble, montrant l’étendue des dégâts structurels à l’extérieur et à l’intérieur que les résidents ont causé, parmi lesquels l’ajout de fenêtres et de balcons.

A-Din blâme également la municipalité de Jérusalem face à cette situation, municipalité qui, selon lui, « nous a immobilisés » après qu’elle a fourni l’électricité et l’eau au bâtiment, encourageant donc les résidents à rester.

C’est survenu, dit-il, en 2011.

« La municipalité sait que l’immeuble est dangereux et pourtant, elle continue à l’approvisionner en eau et en électricité sans notre permission. C’est comme s’ils voulaient que ces gens restent là-bas », déplore-t-il.

Avant que la ville n’ajoute les infrastructures nécessaires à l’approvisionnement en eau et en électricité, les habitants du camp Samoud volaient les ressources de la mosquée adjacente. Cette mosquée est une propriété du Waqf. Mais a-Din ne pense pas que la municipalité ait fait en cela une quelconque faveur à l’organisme qu’il représente.

« Si quelqu’un vole, il faut le mettre en prison », dit-il.

Tandis qu’il affirme que le Waqf ne peut pas demander que la police israélienne évince les familles habitant le camp Samoud, il affirme que si la municipalité a conscience de la dangerosité de l’édifice, elle doit alors agir conformément à la loi et procéder aux expulsions nécessaires.

Hatem Rajoubi, juriste au Waqf, dit pour sa part qu’il a une solution.

« Au moment où la municipalité nous donnera l’autorisation de construire sur les terres dont nous sommes propriétaires, le Waqf n’aura aucune difficulté à prendre la responsabilité de construire des logements pour tous les gens qui vivent dans des immeubles dangereux, comme c’est le cas au camp Samoud. »

Rajoubi explique que le Waqf possède des terrains à Jérusalem Est où la municipalité n’autorisera pas de constructions.

Réaction de la municipalité de Jérusalem

Yoav Yeivin (du mouvement Hitorerut, Eveil de Jerusalem), membre du conseil municipal, indique qu’il va réfléchir à la suggestion faite par Rajoubi, tout en ajoutant qu’il désire également travailler sur la possibilité d’utiliser le terrain central sur lequel est établi l’immeuble du camp Samoud pour une utilisation publique.

Yoav Yeivin, conseiller municipal de Jérusalem du mouvement Eveil de Jérusalem. Il s'est saisi des questions relatives à Jérusalem Est. (Crédit : autorisation)
Yoav Yeivin, conseiller municipal de Jérusalem du mouvement Eveil de Jérusalem. Il s’est saisi des questions relatives à Jérusalem Est. (Crédit : autorisation)

« D’un côté, par devoir civil, humanitaire et public, j’ai l’intention d’essayer de donner l’autorisation au Waqf pour qu’il puisse construire sur ses terrains une résidence digne pour les familles du camp Samoud », dit-il.

Il continue : « D’un autre côté, je regarderai comment exploiter ce terrain pour une construction digne d’un service public à Jérusalem. »

Yeivin, qui a visité l’immeuble lui-même, a expliqué que « la densité de la population est croissante, les conditions sanitaires et de santé de la structure sont mauvaises et la municipalité de Jérusalem lutte pour offrir des services d’éducation appropriés aux enfants là-bas, à travers un programme à destination des jeunes en danger. »

En effet, la municipalité a délégué des travailleurs sociaux pour venir en aide aux enfants du bâtiment.

Toutefois, ajoute Yeivin, « dans la mesure où le bâtiment appartient au Waqf, la municipalité n’a presque aucune possibilité de fournir des services plus extensifs qu’ils ne le sont aujourd’hui. »

Yeivin conclut : « Nous ne permettrons pas à un bâtiment d’un tel volume, érigé dans une zone touristique majeure, d’être utilisé comme un camp de réfugiés au lieu d’accueillir une institution de services publics à destination de tous les habitants de Jérusalem, qu’ils soient Arabes ou Juifs. »

Le Waqf a indiqué au Times of Israël qu’il n’a aucunement l’intention de vendre ce terrain à la municipalité. Il souhaite pour sa part y faire construire un centre communautaire islamique – ce qui était la destinée originelle de l’immeuble.

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