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Au Liban en crise, le nouvel essor des métiers de l’artisanat

Depuis 2019, les revenus en livre libanaise se sont érodés, affectant sévèrement le pouvoir d'achat des habitants du pays où le taux d'inflation est parmi les plus élevés au monde

Un cordonnier réparant une chaussure alors qu'un client attend dans le magasin de réparation de chaussures d'Ahmed al-Bizri dans la ville côtière de Sidon, le 11 juillet 2023. (Crédit : Joseph Eid/AFP)
Un cordonnier réparant une chaussure alors qu'un client attend dans le magasin de réparation de chaussures d'Ahmed al-Bizri dans la ville côtière de Sidon, le 11 juillet 2023. (Crédit : Joseph Eid/AFP)

Dans un souk animé de la ville de Saïda, dans le sud du Liban, les clients affluent en grand nombre chez Ahmed al-Bizri, un cordonnier dont le métier connaît un regain inattendu en raison de l’effondrement économique prolongé qui frappe durement le pays.

« Notre métier a prospéré pendant la crise », explique à l’AFP al-Bizri, 48 ans, qui perpétue un savoir-faire transmis par son père. « Les gens préfèrent débourser cinq, voire onze dollars, plutôt que d’acheter de nouvelles chaussures », ajoute-t-il.

Depuis 2019, le Liban est confronté à une crise économique classée par la Banque mondiale (BM) parmi les pires au monde.

La dépréciation ininterrompue de la monnaie locale, qui a perdu près de 98 % de sa valeur par rapport au dollar sur le marché parallèle, a entraîné une inflation galopante et sapé le pouvoir d’achat d’une population déjà fragilisée.

Dans ce contexte, acheter de nouveaux vêtements est devenu un luxe pour de nombreux libanais. La majorité de la population vit désormais sous le seuil de pauvreté défini par l’ONU et le taux de chômage avoisine les 30 %.

Un mal pour un bien toutefois pour al-Bizri et de nombreux autres artisans, dont les métiers ont été relancés par la demande croissante pour leurs services.

Devant la boutique du cordonnier, deux artisans s’affairent à répondre aux demandes des chalands qui se succèdent. Visiblement pressé, un homme attend que ses chaussures, dont les semelles en piteux état ont été recollées, sèchent avant de les enfiler et repartir à la hâte.

« Notre travail a augmenté de 60 % » depuis le début de la crise », confie al-Bizri devant sa machine à coudre. « Toutes les catégories sociales viennent entretenir leurs chaussures. Même ceux qui avaient caché des paires il y a 20 ans les ressortent pour les faire réparer. »

Mais avec la dépréciation record de la monnaie locale, cette hausse de la demande ne se traduit pas nécessairement par une augmentation de ses revenus par rapport à la période précédant la crise.

« Aucun profit »

Depuis sa modeste boutique qui ne dépasse guère les deux mètres carrés, le cordonnier Walid al-Souri, 58 ans, accueille ses clients à la porte.

Une femme apporte un sac à coudre tandis qu’un jeune homme descend de sa moto, tenant à la main une chaussure d’été pour femme dont la semelle nécessite d’être recollée.

« C’est vrai que notre travail a augmenté, mais la monnaie n’a aucune valeur », déclare à l’AFP al-Souri.

Cet homme qui subvient aux besoins d’une famille de trois personnes répare une vingtaine de chaussures par jour pour quelque onze dollars au total, à peine de quoi couvrir ses besoins essentiels.

Il raconte qu’il se retrouve parfois contraint de réparer des chaussures usées et manifestement inutilisables, à la demande insistante de leurs propriétaires qui ne peuvent se permettre d’en acquérir de nouvelles.

« Il n’y a aucun profit, car les prix des matières premières (…) sont élevés, nous les payons en dollars », lâche-t-il devant sa machine poussiéreuse.

Depuis 2019, les revenus en livre libanaise se sont érodés, affectant sévèrement le pouvoir d’achat des habitants du pays où le taux d’inflation (171,2 % en 2022) est parmi les plus élevés au monde, selon la BM.

Et le vide présidentiel depuis plus de huit mois – un obstacle à la mise en œuvre des réformes exigées par la communauté internationale pour aider le pays – aggrave la situation.

« En profiter » 

Areen, jeune institutrice de 24 ans au chômage, se rend chez le couturier Mohammad Mouazzin pour faire rapiécer de vieux vêtements.

« On va chez des couturiers (…) car les circonstances nous y obligent », explique-t-elle en attendant son tour.

« Auparavant, on jetait les vêtements, chaussures et sacs, ou on les donnait à ceux dans le besoin. Aujourd’hui, on essaie d’en profiter », murmure-t-elle.

Mouazzin, 67 ans, exerce ce métier depuis quarante ans et accueille entre 50 et 70 clients par jour dans son magasin à deux étages, encombré de dizaines de sacs de vêtements.

« Les gens avaient l’habitude d’acheter un pantalon, de le porter quelques fois et de le jeter. Aujourd’hui, ils le donnent à leur frère ou à un cousin », relate-t-il.

Un peu plus loin dans cette ruelle du souk, le tapissier Moustafa al-Qadi, 67 ans, change les draps d’un lit en maugréant contre la qualité du tissu.

« La plupart des gens rapiècent », explique, au milieu de matelas et coussins colorés, al-Qadi, héritier d’un savoir-faire familial.

« Malheureusement, notre monnaie ne vaut plus rien. On espère que cette situation prendra fin parce qu’on étouffe, on se démène toute la journée, pour finalement rien. »

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