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Au Musée de la faune biblique, vous saurez tout sur le shofar et autres cornes

Dans ses collections, Natan Slifkin, le directeur du musée de Beit Shemesh a de tout - des béliers aux koudous en passant par le buffle africain et la licorne

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Natan Slifkin, directeur du Musée biblique d'histoire naturelle, avec l'un des nombreux shofars issus des collections, peu avant Rosh Hashanah 2023 (Avec l'aimable autorisation du service de relations Publiques)
Natan Slifkin, directeur du Musée biblique d'histoire naturelle, avec l'un des nombreux shofars issus des collections, peu avant Rosh Hashanah 2023 (Avec l'aimable autorisation du service de relations Publiques)

Il y a une vingtaine de cornes d’animaux exposées dans la salle des Shofars au Musée biblique d’histoire naturelle, mais je ne vous conseille pas d’essayer de vous attirer la grâce divine, à Rosh HaShana, en soufflant dans cette corne de bouquetin ressemblant à s’y méprendre à une épée.

On utilise plus traditionnellement une corne de bélier, qui rappelle le sacrifice d’Isaac et le bélier qu’Abraham a finalement sacrifié à la place de son fils.

Un bélier est une sorte de mouton, explique Natan Slifkin, directeur et fondateur du Musée biblique d’histoire naturelle de Beit Shemesh. Celui choisi par Abraham était sans doute d’une variété sauvage, peut-être un aoudad ou un mouflon. Il y a justement une corne de mouflon dans la salle des Shofars.

Il y a aussi des cornes d’oryx et de buffle d’Afrique, de longues cornes de koudou torsadées et des cornes de bouquetin délicatement arquées et striées, ainsi qu’une affiche de licorne et un jackalope empaillé.

Attention spoiler : Ni la corne de licorne ni les cornes du mythique jackalope ne peuvent être utilisées comme shofar.

Slifkin connaît tout sur chacune des cornes exposées dans cette salle, en sa qualité de rabbin titulaire d’un doctorat en histoire juive et de fondateur de ce musée inhabituel, à la fois zoo, musée d’histoire naturelle et galerie dédiée au shofar.

Des visiteurs dans la salle des Shofars du Musée d’histoire naturelle biblique de Beit Shemesh (Avec l’autorisation du service des Relations Publiques)

C’est ce mélange d’étude transversale de la nature et du judaïsme qui fascine Slifkin, natif de Manchester en Angleterre, où il a grandi dans une famille orthodoxe, animé d’une passion pour les animaux et la nature parfois incomprise de ses proches.

Ce n’est que vers l’âge de 20 ans que Slifkin a commencé à réfléchir à ce que la Torah disait des animaux, y trouvant une telle richesse d’enseignements qu’il en a fait sa vocation.

Slifkin a passé des années à encadrer et guider des visites consacrées à la Torah, que ce soit au zoo biblique de Jérusalem ou dans d’autres zoos, aux États-Unis. Quand il en a eu assez du froid glacial ou des chaleurs intenses au zoo du Bronx, il s’est installé à Beit Shemesh, où il a fondé le musée, en louant un espace dans une ancienne usine de céramique située dans une zone industrielle.

Au début, le musée n’est rien de plus qu’un sujet d’attention locale. Il est loin de se douter que la population ultra-orthodoxe de Beit Shemesh sera à ce point sensible à ce qu’il dit des liens qui unissent le judaïsme et le monde animal.

Slifkin, qui est un rabbin orthodoxe, dit avoir été banni de la communauté ultra-orthodoxe en raison de son évocation, pourtant prudente, de la théorie de l’évolution et des dinosaures dans des articles et des ouvrages.

Un jeune visiteur haredi au Musée d’histoire naturelle biblique de Beit Shemesh (Avec l’autorisation du service des Relations Publiques)

Mais même si Slifkin est persona non grata dans certains milieux, son musée attire de nombreux visiteurs haredi, comme en témoignent les foules de visiteurs ultra-orthodoxes en ce mardi matin du mois de septembre.

Il mentionne l’une de ses dernières créations, une version mensuelle « casher » du Hebrew National Geographic for Kids appelée « Niflaot », garantie sans référence à l’Évolution, pour bien montrer qu’elle convient aux ultra-orthodoxes. L’Evolution est un sujet (très) épineux pour la communauté haredi. Les cochons, eux, vont bien, explique Slifkin.
« La Torah parle des cochons ! »

L’encyclopédie du règne animal de la Torah, par Slifkin, un ouvrage volumineux et plein de couleurs, est disponible dans la boutique située à l’entrée du musée.

« Le plus important, dans ce que nous faisons ici, est de montrer aux gens que l’identité juive ne se réduit pas à Shabbat et à Yom Kippour », explique Slifkin. « Il y a aussi les hyènes, les crocodiles et les caméléons et tous les détails passionnants sur la corne de ces différents animaux. »

C’est une information d’importance, particulièrement pertinente pour le shofar, le plus souvent fabriqué avec une corne de bélier, mais parfois de kudus, espèce d’antilope et grande favorite de la communauté yéménite.

D’autres cornes exposées dans ce musée ne peuvent pas être utilisées comme shofar. Les vaches, par exemple, ont des cornes, mais en raison du symbolisme négatif associé à l’épisode du veau d’or dans la Bible, elles ne peuvent pas être utilisées comme shofar, dont on arrache quelques notes pour la liturgie avant et pendant les Jours Saints.

« Les arguments de l’accusation ne peuvent pas servir à la défense », rappelle Slifkin, avec cette citation du Talmud. « Rosh HaShana et Yom Kippour sont les jours de crainte, des jours de jugement. La vache est un témoin pour l’accusation à cause du veau d’or. Donc, impossible de faire un shofar avec des éléments provenant de vaches. »

Au cours de la visite, Slifkin aime que les visiteurs touchent et sentent les cornes. Il en met souvent dans les mains de ses visiteurs. La corne du buffle africain, par exemple, est immense, l’équivalent en taille et en poids de trois ou quatre battes de baseball.

Un oryx cimeterre exposé dans la salle des Shofars du Musée d’histoire naturelle biblique de Beit Shemesh (Avec l’autorisation du service des Relations Publiques)

Il a légalement rapporté cette corne d’Afrique, où il fait un safari casher chaque été, imprégné de la loi et de références juives.

Sur les rayonnages, on trouve une corne de buffle asiatique et une autre de bison d’Amérique. Certains shofars casher sont plus inhabituels encore, comme celui de l’oryx, animal souvent considéré à l’origine de la légende des licornes, en raison de ses cornes parfaitement droites et symétriques.

La corne d’oryx n’est pas utilisée comme shofar, en raison justement de sa rectitude, explique Slifkin, sauf si aucune autre corne casher n’est disponible.

Idéalement, le shofar doit être recourbé, pour symboliser le fait que, le jour de Rosh HaShana, les jours de crainte, il faut se plier, se soumettre à Dieu, précise Slifkin.

Faire d’une corne un shofar n’est pas une mince affaire. Les os intérieurs de ces cornes torsadées et formées de kératine sont extraits en les faisant bouillir et en laissant un creux que l’on ouvre ensuite pour pouvoir souffler dans la corne.

Collectionner les shofars est devenu une sorte de passe-temps pour Slifkin, qui ménage ses relations en Afrique et passe beaucoup de temps sur eBay, en attendant les perles rares.

Il y a donc des règles qui fixent ce qui peut être utilisé comme shofar, mais la corne de bélier – dont Charles Darwin estimait qu’elle était un accessoire de séduction ou de lutte contre des rivaux – reste une corne.

« On peut poser le shofar sur le sol ou le jeter à la poubelle », rappelle Slifkin. « Ce n’est pas un objet saint, même s’il est utilisé pour une mitsvah. »

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