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Au Soudan, la peur des civils traqués par les drones tueurs

Plus de 500 civils ont été tués en l'espace de dix semaines, entre début janvier et mi-mars

De la fumée s'élevant après que des drones ont frappé les Forces de soutien rapide (RSF), une milice paramilitaire, qui ont visé le port nord de la ville de Port-Soudan, au Soudan, le 6 mai 2025. (Crédit : AP Photo)
De la fumée s'élevant après que des drones ont frappé les Forces de soutien rapide (RSF), une milice paramilitaire, qui ont visé le port nord de la ville de Port-Soudan, au Soudan, le 6 mai 2025. (Crédit : AP Photo)

Au Kordofan, l’une des régions du Soudan où l’armée et les paramilitaires se livrent une guerre sans merci, le commerçant Hamed Hamidan, 53 ans, vit les yeux rivés sur le ciel.

« Les drones ne quittent jamais la ville, la peur est constante », confie-t-il à l’AFP dans un message écrit depuis Dilling, une ville du Sud-Kordofan contrôlée par l’armée et que les Forces de soutien rapide (FSR) assaillent depuis des mois.

Sourds aux appels répétés des Nations unies à épargner les civils, les deux camps s’affrontent depuis plusieurs mois dans une guerre de drones pour provoquer le maximum de dégâts en épargnant leurs troupes au sol, dans l’espoir d’obtenir un avantage décisif sur le terrain. Avec des morts par dizaines dans les hôpitaux, les écoles ou les marchés.

« L’impact dévastateur d’armes de haute technologie et relativement bon marché dans des zones peuplées » a tué plus de 500 civils en dix semaines, entre début janvier et mi-mars, selon un bilan publié la semaine dernière par l’ONU, avant de nouvelles frappes qui ont fait, depuis, plus d’une centaine de morts.

Drones kamikazes et stratégiques

« Dès que le drone apparaît, nous attrapons nos marchandises et les clients disparaissent. Tout le monde court pour se sauver », raconte Hamed Hamidan.

A El-Obeid, la capitale régionale du Nord-Kordofan que les FSR s’efforcent aussi de prendre depuis des mois, Othman Abdel Karim, un fonctionnaire de 46 ans assure qu’il peut désormais distinguer les différents types de drones.

« Nous avons appris à les reconnaître, drones suicides ou drones stratégiques », dit-il à l’AFP.

Les premiers, bon marché et de petite taille, sont parfois assemblés de façon artisanale, certains sont à peine plus grands qu’un appareil photo. On les appelle « kamikazes » car ils explosent à l’impact.

Les « stratégiques », bien plus coûteux, peuvent avoir une portée de plusieurs centaines de kilomètres et transporter de lourdes charges avant de revenir à leur base.

Approvisionné par ses alliés émiratis, l’arsenal des FSR comprend des drones chinois. L’armée, de son côté, dispose de drones turcs et iraniens.

Les Emirats, comme d’autres pays accusés de nourrir un conflit par procuration au nom de leurs intérêts propres – Egypte, Arabie saoudite, Iran, Russie, entre autres – ont toujours nié toute ingérence.

Quel que soit l’engin, chaque frappe sème le chaos.

« Lorsque ces drones frappent un site – marché, école ou hôpital -, l’impact va au-delà des victimes immédiates », explique Grace Wairima Ndungu, de Mercy Corps, l’une des rares organisations humanitaires encore actives au Kordofan.

« Sans avertissement »

« Les familles perdent l’accès à la nourriture », souligne-t-elle : lorsque les commerçants s’enfuient pour des lieux plus sûrs, les prix grimpent dans des villes déjà menacées par la famine et l’accès humanitaire devient encore plus difficile.

Longtemps épargné par les attaques aériennes, Shukeiri, un village tenu par l’armée à l’ouest d’Al-Dueim, dans l’Etat du Nil Blanc, à l’est du Kordofan, a été à son tour ébranlé tour le mois dernier.

« Nous pensions que la guerre s’était éloignée de nous », relate Hachim al-Saleh, encore sous le choc. « Jusqu’à ce que ce drone frappe ».

Cinq membres de sa famille élargie ont été tués, dont deux enfants, dans la frappe qui a touché le lycée du village et une clinique, tuant au moins 17 civils, selon l’ONU. Et « maintenant, nous craignons chaque jour qu’un autre drone arrive », ajoute-t-il.

L’Etat du Nil Blanc, et principalement sur la grande ville de Kosti, a connu ce mois-ci des frappes sporadiques: l’une a blessé sept étudiants dans un dortoir universitaire, une autre a touché la centrale électrique d’Um Dabakir, provoquant de vastes coupures de courant.

A plus de 700 kilomètres à l’ouest, en territoire FSR, une frappe attribuée à l’armée a éventré l’hôpital universitaire d’El-Daein (Darfour-Est), faisant 70 morts et 146 blessés le 20 mars dernier.

L’agriculteur Mohamed Sayer, 63 ans, ne s’était pas encore remis de la précédente frappe meurtrière qui avait déclenché un violent incendie sur le marché de la ville. « J’étais tout près, j’ai vu les morts et les corps brûlés », dit-il à l’AFP via une connexion internet par satellite. Selon lui, « les drones sont un problème parce qu’ils frappent sans avertissement ».

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