Australie : enquête sur une communauté ultra-orthodoxe qui aurait aidé une directrice abusive à s’échapper
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Australie : enquête sur une communauté ultra-orthodoxe qui aurait aidé une directrice abusive à s’échapper

Le Premier ministre Turnbull prévoit de parler de l’extradition de Malka Leifer lors de ses rencontres avec Netanyahu la semaine prochaine

Malka Leifer (Capture d'écran YouTube)
Malka Leifer (Capture d'écran YouTube)

La police du Victoria a confirmé qu’elle enquêtait sur les membres d’une communauté ultra-orthodoxe de Melbourne, en Australie, qui auraient aidé une directrice d’école accusée d’avoir agressé sexuellement des élèves, à fuir le pays a annoncé lundi ABC News.

Dassi Erlich, 30 ans, mère d’un enfant, qui avait dit que son agression par Malka Leifer lui avait laissé des cicatrices émotionnelles, a dit à ABC qu’elle avait été informée par les autorités de la province de Victoria que des membres de la communauté Adass Israël faisaient l’objet d’une enquête pour avoir participé à la fuite de Leifer en Israël, pour éviter qu’elle ne soit accusée.

« Suite à la décision du juge [Jack] Rush et des preuves qui sont sorties, je comprends que la police de Victoria étudie la possibilité d’accuser les membres du conseil d’administration d’avoir aidé Leifer à quitter le pays », a dit Nick Mazzeo, l’avocat d’Erlich.

Mazzeo et Erlich s’adressaient lundi aux journalistes, juste avant de partir en Israël accompagnés des sœurs d’Erlich – qui accusent elles aussi Leifer de les avoir agressées. Ils veulent y faire pression pour que Jérusalem extrade l’ancienne directrice en Australie, afin qu’elle soit jugée.

« Je veux que la justice soit faite, je veux attirer l’attention sur cette affaire », a dit Erlich à ABC.

Posted by Dassi Erlich; Beyond a Survivor on Saturday, 25 March 2017

Leifer, qui a quitté l’Australie pour Israël en 2008, peu après la révélation des accusations de molestation à son encontre, a été absente de plusieurs audiences d’extradition en Israël car elle s’était fait admettre dans des institutions psychiatriques pour de courtes périodes correspondant aux dates de ces audiences. Leifer est recherchée pour être interrogée en Australie sur 74 chefs d’accusation de molestation, dont des viols, de plusieurs adolescentes.

L’ancien Premier ministre de la province du Victoria, Ted Baillieu, accompagne également Erlich en Israël. Il l’a aidée à organiser une rencontre avec le Premier ministre australien Malcolm Turnbull. « Le Premier ministre est sur cette affaire depuis un certain temps », a dit Baillieu à ABC.

« Je pense qu’il y a beaucoup de personnes en Israël qui veulent que cela arrive. Il y a un soutien énorme de la communauté juive ici, en Victoria, pour que cela arrive aussi », a-t-il ajouté.

Turnbull a indiqué qu’il prévoyait d’aborder le sujet de l’extradition pendant ses rencontres avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu la semaine prochaine.

En 2015, Erlich avait reçu l’une des plus importantes sommes en dommages et intérêts pour abus sexuels de toute l’histoire de l’Australie, la Cour suprême victorienne ordonnant à l’école Adass Israël de lui verser plus de 750 000 dollars pour ne pas avoir empêché les abus systématiques subis par Erlich depuis qu’elle avait quinze ans. Erlich avait indiqué avoir été témoin d’une agression de Leifer perpétrée sur une autre fille, mais elle « n’avait rien dit. »

L'école Adass Israel de Melbourne, en Australie. (Crédit : capture d'écran Google Maps)
L’école Adass Israël de Melbourne, en Australie. (Crédit : capture d’écran Google Maps)

Si Leifer « est mentalement malade, alors elle doit être soignée jusqu’à ce qu’elle se sente suffisamment bien pour être jugée en Australie, avait dit Erlich. C’est incompréhensible qu’en 2017, le système judiciaire d’un pays occidental [Israël] soit manipulé de cette façon. »

En juin, le Comité exécutif du conseil rabbinique d’Australie et de Nouvelle-Zélande avait exprimé des préoccupations similaires, déclarant dans un communiqué être « profondément inquiet de l’issue des audiences de la cour en Israël en ce qui concerne la procédure d’extradition de Mme Leifer, et qu’il fera part de ses préoccupations à la ministre israélienne de la Justice. »

Leifer, qui vit en Israël sans aucune restriction de liberté, avait été photographiée au mois de mai en train de participer à une fête religieuse de Lag BaOmer dans le nord du pays, un cliché qui, selon Erlich, est la preuve que les troubles psychiatriques présumés de Leifer ne l’empêchent pas de mener ce qui semble être une vie normale.

Les avocats de Leifer, qui nient tout acte répréhensible de la part de leur cliente, ont minimisé l’importance des photos, affirmant qu’elles prouvaient peu de choses sur sa santé mentale.

Contactées par ABC en mai dernier, les autorités judiciaires israéliennes avaient affirmé étudier le dossier.

L’affaire Leifer survient après deux autres scandales similaires dans des écoles juives ultra-orthodoxes de garçons en Australie, l’une à Sydney et l’autre à Melbourne.

Une commission d’enquête gouvernementale a découvert en 2016 des preuves de la réticence des deux institutions à s’attaquer au problème, et a émis des directives pour prévenir de telles affaires.

« Comme la commission royale l’a clairement établi, les abus sexuels sur les enfants ont pu continuer en raison des actions et de l’inaction de certains rabbins et dirigeants communautaires. Les victimes ne sont pas toujours crues ou soutenues, ce qui vient ajouter au traumatisme », avait déclaré le Comité exécutif du conseil rabbinique d’Australie et de Nouvelle-Zélande.

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