Autriche : Le chef de la communauté juive salue la chute de Strache
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Autriche : Le chef de la communauté juive salue la chute de Strache

Oskar Deutsch a expliqué que le boycott communautaire du parti de la Liberté avait été validé par la démission du leader d'extrême-droite suite à un scandale de corruption

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Des manifestants brandissent des pancartes mettant en vedette le chancelier autrichien Sebastian Kurz (à gauche) et Heinz-Christian Strache, président du Parti de la liberté d'Autriche (FPO), lors de manifestations contre la tenue du "Bal des étudiants" organisé par l'extrême droite autrichienne à Vienne, Autriche, le 26 janvier 2018. (AFP/APA/HANS PUNZ)
Des manifestants brandissent des pancartes mettant en vedette le chancelier autrichien Sebastian Kurz (à gauche) et Heinz-Christian Strache, président du Parti de la liberté d'Autriche (FPO), lors de manifestations contre la tenue du "Bal des étudiants" organisé par l'extrême droite autrichienne à Vienne, Autriche, le 26 janvier 2018. (AFP/APA/HANS PUNZ)

Le chef de la communauté juive d’Autriche a déclaré dimanche que la chute du vice-chancelier Heinz-Christian Strache, haut-responsable d’extrême-droite, avait donné raison à la politique de boycott de la faction mise en place par la communauté.

Strache a démissionné samedi après qu’une séquence filmée en caméra cachée l’a montré promettant des contrats publics à une femme Russe, un soutien, en échange d’une aide pour sa campagne. Le scandale a fait l’effet d’un séisme politique à Vienne, renversant le gouvernement du chancelier Sebastian Kurz, dont l’OVP s’était alliée au parti de la Liberté d’extrême-droite de Strache.

La communauté juive avait critiqué ce partenariat et avait mis en place une politique de zéro contact avec le parti de la Liberté, connu sous l’acronyme allemand FPÖ, en raison de l’échec présumé de la formation à prendre ses distances avec son passé néo-nazi. Les responsables en Israël ont également évité d’entrer en communication avec les membres de la formation.

S’exprimant auprès du Times of Israel, le chef de la communauté juive allemande, Oskar Deutsch, a expliqué que la démission de Strache et la chute du gouvernement ont « montré que la communauté juive et le gouvernement israélien avaient fait une bonne évaluation du FPÖ ».

« Malgré quelques personnes qui ont fait l’apologie du FPÖ, on sait maintenant qui se trouvait du bon côté de l’histoire : C’est la nation d’Israël », a-t-il ajouté.

Dans une publication parue sur Facebook, Deutsch a vivement recommandé aux Autrichiens de voter pour d’autres factions que le parti de la Liberté lors des prochaines élections européennes.

Oskar Deutsch, (à gauche), avec le président autrichien Alexander van der Bellen, rencontrant des Juifs à Jérusalem, février 2019. (HBF/Peter Lechner)

« Ces démissions et la fin de la participation du parti de la Liberté au gouvernement sont une validation de la communauté juive mais également la validation puissante d’un journalisme critique et indépendant », a-t-il écrit.

La communauté juive autrichienne avait toujours mis en garde le chancelier Sebastian Kurz contre la formation d’une coalition avec le parti, a écrit Deutsch dans son post publié dimanche.

« Et malheureusement, depuis, nos craintes ont été régulièrement confirmées », a-t-il déploré, citant « plus de 70 incidents antisémites d’extrémistes de droite et de néo-nazis » depuis que le FPÖ a intégré le gouvernement.

« Cela n’a pas toujours été facile mais en tant que Juifs, nous devons toujours faire ce qui est juste. La Torah et l’histoire juive nous l’ont enseigné », a continué Deutsch, à la tête de la communauté juive du pays depuis 2012.

Samedi, Strache a remis sa démission après la publication dans les journaux allemands Der Spiegel et Sueddeutsche Zeitung d’enregistrements réalisés en caméra cachée lors d’une opération secrète qui aurait eu lieu dans une villa luxueuse d’Ibiza, quelques mois avant les élections parlementaires de 2017 en Autriche.

Dans ces enregistrements, Strache et le leader du groupe de son parti au parlement, Johann Gudenus, discutent avec une femme qui prétend être la nièce d’un oligarque russe de la manière dont elle peut investir des fonds en Autriche.

Elle explique vouloir spécifiquement prendre le contrôle du plus important tabloïd du pays, le Krone Zeitung.

Strache suggère alors que les nouveaux propriétaires du journal pourraient procéder à des changements dans l’équipe du Krone et utiliser le journal pour soutenir le FPÖ dans sa campagne électorale.

Il laisse ensuite entendre que la femme pourrait bénéficier d’un accès à des contrats publics.

Selon les deux journaux, Strache déclare qu’il n’y aurait pas de résistance dans l’équipe éditoriale du Krone, les journalistes étant « les plus grandes pu.ains de la planète ».

Les deux journaux ayant publié les enregistrements précisent n’avoir aucune information sur la personnalité à l’origine de cette réunion secrète.

Le chancelier autrichien issu du parti populaire conservateur Sebastian Kurz, à gauche, et le vice-chancelier du parti d’extrême-droite de la Liberté Christian Strache lors de la cérémonie de prestation de serment du nouveau gouvernement à Vienne, le 18 décembre 2017 (Crédit : AFP PHOTO / VLADIMIR SIMICEK)

Strache a reconnu que la rencontre avait eu lieu mais il nie tout acte répréhensible. Il a clamé samedi qu’il était « victime d’une attaque politique ciblée » qui avait utilisé des moyens illégaux mais il a indiqué qu’il quittait son poste pour éviter de nuire davantage au gouvernement.

Il a déclaré au Sueddeutsche Zeitung que « beaucoup d’alcool avait été consommé, la soirée passant » et qu’il y avait eu une « barrière de la langue élevée » au cours de la conversation.

Strache avait également semblé faire allusion aux moyens possibles d’effectuer des dons à une fondation liée au FPÖ et non au parti directement, pour échapper apparemment aux contrôles.

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