Israël en guerre - Jour 256

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Aux Pays-Bas, le vainqueur d’extrême droite suscite la sympathie et la peur des électeurs juifs

Cette victoire de dernière minute, qui a surpris le chef populiste du Parti pour la liberté, reflète l'évolution rapide des mentalités suite aux atrocités du Hamas et à la guerre à Gaza

Le chef du Parti pour la liberté d'extrême droite Geert Wilders, à droite, célèbre sa victoire aux élections générales avec Fleur Agema, à gauche, et d'autres membres du parti, à La Haye, aux Pays-Bas, le 23 novembre 2023. (Crédit : AP Photo/Phil Nijhuis)
Le chef du Parti pour la liberté d'extrême droite Geert Wilders, à droite, célèbre sa victoire aux élections générales avec Fleur Agema, à gauche, et d'autres membres du parti, à La Haye, aux Pays-Bas, le 23 novembre 2023. (Crédit : AP Photo/Phil Nijhuis)

JTA — Les élections néerlandaises de novembre ont provoqué une onde de choc en Europe, après que les électeurs ont donné la victoire à Geert Wilders, populiste de la droite dure connu pour sa croisade contre l’islam, les immigrés et l’Union européenne, comme pour son soutien à Israël.

Mais pour certains Juifs néerlandais, confrontés depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas, le 7 octobre, à une peur nourrie par l’antisémitisme, les résultats n’ont pas été une surprise.

Le 22 novembre, le Parti pour la liberté (PVV) de Wilders a déjoué tous les pronostics, en remportant 37 sièges sur 150 au parlement (soit 23,6 % des voix) et devançant de loin l’alliance travailliste-verte, en deuxième position. Après des décennies en marge de la politique, Wilders a commencé à négocier pour former le gouvernement dont il deviendra le prochain Premier ministre des Pays-Bas.

Le politicien provocateur, dont le slogan « Les Pays-Bas d’abord » et les cheveux peroxydés peignés en arrière lui ont valu d’être comparé à Donald Trump, a depuis longtemps fait de l’anti-islam une pièce maîtresse de son programme. Non content d’exiger l’arrêt du « tsunami des autorisations d’asile » dans son pays, il a demandé l’interdiction des écoles islamiques, des Corans et des mosquées. Un tribunal l’a reconnu coupable d’insulte après avoir fait chanter à ses partisans une chanson en faveur de « moins » de Marocains aux Pays-Bas lors d’un rassemblement de campagne en 2016. En 2009, il s’est vu refuser l’entrée au Royaume-Uni, en route pour la projection de son film « Fitna », qui associait le Coran au terrorisme et s’était attiré des protestations de l’ensemble de la communauté internationale.

Après 13 ans d’un gouvernement de centre-droit dirigé par l’ex-Premier ministre Mark Rutte, la victoire de Wilders a été qualifiée de « plus grand bouleversement politique » dans le pays depuis la Seconde Guerre mondiale. La montée en puissance de son parti est arrivée très tard dans la campagne, et Wilders lui-même ne semblait pas s’attendre à cette victoire, comme en témoigne la location tardive d’une salle – trois jours avant seulement – pour la soirée électorale.

Cette victoire est sans doute liée aux semaines d’indignation publique face au bombardement de Gaza par Israël, qui a parfois donné lieu à des agressions contre les Juifs néerlandais, explique Esther Voet, rédactrice en chef du Nieuw Israelietisch Weekblad, l’hebdomadaire juif néerlandais.

Des centaines de personnes ont participé à un rassemblement « Light and Love » pour protester contre la victoire électorale du parti d’extrême droite PVV – Parti pour la liberté – de Geert Wilders aux élections générales, à Amsterdam, aux Pays-Bas, le 24 novembre 2023. (Crédit : AP Photo/Peter Dejong)

« Il y a quelques semaines encore, il n’était crédité que de 13 à 17 sièges », explique Voet à la Jewish Telegraphic Agency. « Cela a commencé il y a quelques semaines – au moment où toute cette agressivité a envahi les rues – et il a explosé dans les sondages. »

Voet pense que Wilders a bénéficié de cette vague de préjugés contre les Juifs des Pays-Bas. Un organisme de surveillance fait état d’une augmentation de 818 % des incidents antisémites en octobre, allant des agressions dans les écoles à la démolition de mezouzot en passant par des croix gammées sur des maisons habitées par des Juifs.

Selon Voet, certains électeurs juifs ont pu se croire protégés par Wilders, qui parle partout de son soutien à Israël, « ami proche » des Pays-Bas, et a condamné la veine antisémite rouverte par le massacre du Hamas du 7 octobre en Israël, qui a tué 1 200 personnes – essentiellement des civils -, fait 240 otages aujourd’hui séquestrés dans la bande de Gaza et la campagne militaire d’Israël pour en finir avec l’organisation terroriste.

Les Juifs néerlandais s’étaient jusqu’à présent opposés aux partis populistes de droite, mais ils sont nombreux à avoir radicalement changé d’avis sur Wilders ces dernières semaines, ajoute Voet. Un sondage du Nieuw Israelietisch Weekblad, réalisé en 2017, avait révélé que les Juifs étaient moins enclins à voter pour Wilders que le reste de la population néerlandaise, 10 % des personnes interrogées exprimant leur soutien au PVV, contre 15 % dans le reste de la population.

Le parti le plus populaire chez les Juifs était le Parti populaire pour la liberté et la démocratie de Rutte, alors au pouvoir, suivi du Parti travailliste de centre-gauche.

« Nombre de mes amis juifs de gauche ont voté pour le PVV à cause de ce qu’ils ont vu ces dernières semaines », précise Voet.

Bien qu’il ne soit pas juif, Wilders a fait du bénévolat dans un kibboutz israélien, dans sa jeunesse, et est marié à une ex-diplomate juive hongroise. Il a également plaidé en faveur des implantations israéliennes en Cisjordanie et proposé que les Palestiniens soient déplacés en Jordanie.

Certaines organisations juives, dont le site d’information juif Joods.nl, se sont réjouies de la victoire de Wilders comme étant une victoire pour Israël et pour les Juifs néerlandais. Le jour de l’élection, le média a dédié un « Mazel tov » à Wilders accompagné d’une publication sur Instagram disant : « Le Hamas a perdu les élections ».

Des gens brandissent des fleurs et des drapeaux israéliens en signe de soutien lors d’une manifestation à Amsterdam, aux Pays-Bas, le 12 octobre 2023. (Crédit : AP Photo/Peter Dejong)

Lievnath Faber est la fondatrice d’Oy Vey, organisation juive progressiste qui organise des événements et des discussions à Amsterdam. Face à la multiplication des attaques antisémites ces dernières semaines, sa collègue a mis en place un « système de parrainage » sur WhatsApp pour que les Juifs d’Amsterdam puissent prendre des nouvelles les uns des autres et se soutenir.

« Les gens ont vraiment besoin d’être ensemble », a-t-elle déclaré à la JTA. « Pour beaucoup, être Juif signifie être seul en ce moment. »

Malgré tout, Faber pense que les Juifs qui ont voté pour le parti de Wilders ont été induits en erreur par leurs « craintes légitimes ».

« Peu importe ce que dit un politicien – qu’il aime les Juifs, qu’il veut les protéger – nous savons tous, de par l’histoire, de par notre ADN, que nous sommes en danger lorsque le dirigeant est un homme d’extrême droite anticonstitutionnel », a-t-elle ajouté.

Les Juifs constituent une petite minorité d’environ 30 000 personnes sur une population néerlandaise de 17,7 millions d’habitants. Les autres électeurs qui ont contribué à la victoire de Wilders de sont dits séduits par ses promesses de baisser les impôts, les prestations de santé et le coût de la vie. Certains se sont sentis négligés par le gouvernement et ont ressenti du ressentiment à l’égard des migrants qui se sont vu accorder un logement, alors que le pays connait une crise du logement, estime Voet. Wilders a par ailleurs considérablement adouci son discours anti-islam lors de la campagne, bien que son manifeste contienne toujours des propositions visant à interdire les Corans, les mosquées et le foulard islamique.

Faber est d’avis que la victoire de Wilders a libéré le discours raciste et xénophobe qui préexistait au sein de la société néerlandaise – aujourd’hui contre les musulmans, mais qui pourrait très bien se retourner contre les juifs.

« Si une personne avec des responsabilités publiques dit des choses ouvertement racistes, cela en encourage d’autres à en faire de même », conclut-elle. « C’est le côté effrayant de cette victoire – ce qu’elle permet au sein de la société. »

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