Avec 35 % des tests COVID-19 qui reviennent positifs, Gaza vit sa deuxième vague
Rechercher

Avec 35 % des tests COVID-19 qui reviennent positifs, Gaza vit sa deuxième vague

Il y a actuellement 15 475 cas actifs de la maladie mais avec un dépistage médiocre, les responsables de la Santé du Hamas estiment que ce nombre pourrait être cinq fois plus élevé

Photo d'illustration : Des passagers attendent que leurs passeports soient traités pour pouvoir franchir le piste-frontière de Rafah vers l'Egypte, à Rafah, dans la bande de Gaza, le 4 novembre 2020. (Crédit : AP Photo/Adel Hana)
Photo d'illustration : Des passagers attendent que leurs passeports soient traités pour pouvoir franchir le piste-frontière de Rafah vers l'Egypte, à Rafah, dans la bande de Gaza, le 4 novembre 2020. (Crédit : AP Photo/Adel Hana)

Alors qu’Israël se dirige vers l’immunité de groupe, le nombre d’infections au coronavirus dans la bande de Gaza atteint des niveaux records, avec suffisamment de vaccins pour immuniser seulement environ 2 % de la population.

« Nous avons commencé à entrer dans cette vague de coronavirus au mois de mars. Aujourd’hui, nous assistons encore à une hausse des infections et de cas graves, et nous nous attendons à ce que ces chiffres augmentent encore », déclare Rami al-Abadleh, l’un des responsables chargé de superviser la lutte contre le coronavirus au sein du ministère de la Santé dirigé par le Hamas.

Selon le ministère de la Santé de Gaza, il y avait 15 475 cas actifs de coronavirus dans la bande de Gaza, dans la matinée de mercredi. Une première vague de l’épidémie, au mois de décembre, avait frôlé la barre des 10 000 cas.

Depuis le début de la pandémie, ce sont 75 375 Gazaouis qui auraient été touchés par la COVID-19. 642 personnes auraient succombé à une forme grave de la maladie.

Environ 35 % des tests de dépistage sont revenus positifs au cours de la dernière semaine, ce qui indique que le virus se propage probablement sans être détecté parmi les résidents.

Un employé prélève un échantillon pour un test au coronavirus dans un centre de santé de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 5janvier 2020. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)

Les officiels attribuent la responsabilité de la sévérité de cette vague aux variants du coronavirus dont la présence a été confirmée à Gaza la semaine dernière, et qui se répandent rapidement.

Les responsables du Hamas ont annoncé un renforcement des restrictions, mardi soir, imposant un couvre-feu sur la circulation automobile et ordonnant la fermeture des écoles.

Toutefois, avec un nombre de contaminations qui continue sa forte hausse et la fête du Ramadan qui approche – elle dure un mois – les autorités n’ont pas exclu un retour du confinement.

« Nous faisons tout ce qui est possible de manière à pouvoir entrer dans le mois du Ramadan avec une situation épidémique améliorée », a déclaré le porte-parole du ministère de l’Intérieur du Hamas, Iyad al-Bozm said.

« Et nous n’avons pas encore atteint le pic de la vague », déplore pour sa part al-Abadleh, qui ajoute qu’il s’attend à ce que le chiffre des nouvelles infections soit à son apogée à la mi-avril.

Des Gazaouis attendent de se faire vacciner à la COVID-19 dans un dispensaire de l’UNRWA à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 3 mars 2021. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)

Avec peu de dépistages réalisés sur un territoire densément peuplé, les officiels estiment que le nombre réel de cas de la maladie est probablement cinq fois plus élevé que les chiffres rapportés.

Le Hamas a démenti qu’un grand nombre de morts ait été tu, ainsi que le chiffre élevé des cas.

« Gaza est petit. Quand quelqu’un meurt – le défunt et sa famille sont connus des autorités. Personne ne parviendrait à dissimuler un décès », a commenté, la semaine dernière, Munir al-Bursh un officiel de la Santé du Hamas, auprès du Times of Israel.

Une étude menée début février par les autorités sanitaires du Hamas avait estimé qu’environ 40 % des Gazaouis possédaient des anticorps au coronavirus – un pourcentage bien plus élevé que le nombre de cas enregistré. Si deux Gazaouis sur cinq ont d’ores et déjà été touchés par la COVID-19, cela indiquerait que le taux de mortalité, à Gaza, est très faible, à bien moins de 1 %.

Certains responsables se disent optimistes, affirmant que le taux élevé d’infections apparemment mineures pourrait entraîner une vaste immunité de groupe. Les officiels du secteur de la Santé, au sein de l’enclave côtière, ont attribué l’immunité surprenante à Gaza à une population relativement jeune – seuls 2,7 % des Gazaouis sont âgés de plus de 65 ans contre environ 12 % des Israéliens.

Un graphique montrant les cas quotidiens à Gaza depuis le début de la pandémie. (Capture d’écran : Ministère de la Santé)

Oxymétrie basse

Le groupe terroriste et les observateurs internationaux ont averti que le système de soins de Gaza – éprouvé par des années de blocus israélo-égyptien et par trois guerres entre Israël et les dirigeants de l’enclave – n’était pas équipé de façon à pouvoir affronter une grave épidémie de coronavirus.

Gaza manque de lits d’hôpitaux et de matériel médical. Le Hamas dit avoir peu d’argent pour rémunérer ses personnels soignants, et un grand nombre d’entre eux ne reçoivent depuis des années que des salaires partiels.

Des médecins palestiniens portent des costumes de protection dans la salle des urgences de l’hôpital al-Quds de Gaza City, le 7 septembre 2020. (Crédit : AP Photo/Khalil Hamra)

L’oxygène nécessaire pour soigner les malades du coronavirus dans un état critique est aussi rare. Tandis que trois réservoirs à oxygène sont arrivés la semaine dernière au sein de l’enclave côtière, ils ne seront pas suffisants pour répondre aux besoins des patients dans un état critique si les cas continuent à augmenter, selon Abd al-Latif al-Haj, responsable de la Santé du Hamas.

« Nous sommes inquiets – en ce qui concerne l’oxygène – parce que si le nombre de malades devait dépasser ce que nous avons anticipé, ce sont des vies qui disparaîtront », dit al-Haj, qui dirige au sein du ministère la coopération avec les organisations internationales.

Même le dépistage de la COVID-19 n’est pas une chose simple dans la bande. Il n’y a que deux laboratoires qui sont équipés des machines PCR qui servent à examiner les prélèvements à Gaza.

Selon al-Haj, les kits de dépistage manquent également, ce qui amène les autorités à devoir compter sur les tests rapides, qui sont bien moins fiables et qui présentent un taux plus élevé de faux négatifs.

« Les tests négatifs que nous obtenons en rapide, nous finissons par les examiner par un test PCR quoi qu’il arrive au cas où il s’agisse d’un faux négatif », ajoute-t-il.

Photo d’illustration : Des passagers attendent que leurs passeports soient traités pour pouvoir franchir le piste-frontière de Rafah vers l’Egypte, à Rafah, dans la bande de Gaza, le 4 novembre 2020. (Crédit : AP Photo/Adel Hana)

Gaza manque aussi d’une ressource bien plus difficile à importer : Des personnels-soignants formés et compétents, note al-Haj. Alors qu’il n’y a que peu d’opportunités d’emploi, de nombreux médecins et infirmiers ayant eu l’occasion de partir travailler à l’étranger ont quitté la bande.

« Tous les étudiants en médecine qui vont faire leurs études en Jordanie, au Qatar, ils ne reviennent pas », a déploré al-Haj.

Mais al-Abadleh – qui dit s’attendre à ce que 70 % à 80 % des Gazaouis attrapent finalement le virus – rejette la possibilité d’un effondrement du système de santé sous le poids des infections graves.

« Au ministère de la Santé, nous nous préparons à toutes les éventualités », explique-t-il. « Pendant la première vague, nous n’avions pas suffisamment de lits en soins intensifs, alors nous avons utilisé des lits normaux ».

« On fera avec », ajoute-t-il.

« Ils vérifient leur température et leur font signe de passer »

Pendant les mois qui ont suivi le départ de la pandémie en mars dernier, les autorités du Hamas ont réussi à bloquer l’entrée du virus dans l’enclave au moyen de strictes mesures de quarantaine. Quiconque arrivait à Gaza devait obligatoirement rester dans un centre d’isolement géré par le Hamas pendant trois semaines et subissait de nombreux tests de dépistage.

Le virus a toutefois fini par faire son incursion dans la bande de Gaza. Les premiers cas de contagion généralisée ont été signalés fin août, six mois après le début de la pandémie. A la mi-décembre, le taux de positivité était de 45 %.

Un confinement strict imposé par les autorités sanitaires du Hamas ont permis d’enrayer la contagion et c’est au début du mois de février qu’un retour à la normale a pu être amorcé, avec la réouverture des écoles, des mosquées et des marchés.

L’accalmie n’a cependant pas duré. Au cours des deux semaines, des milliers de nouvelles infections ont été enregistrées dans la bande de Gaza.

« Il y avait un relâchement dans le respect des directives – les gens recommençaient à faire de grands mariages et à remplir les marchés », a expliqué Jawad al-Tibi, un ancien ministre de la Santé de l’Autorité palestinienne, désormais conseiller du dirigeant palestinien en exil Mohammad Dahlane.

L’ancien ministre palestinien de la Santé, Jawad al-Tibi, reçoit une injection du vaccin COVID-19 Sputnik V de fabrication russe, dans la ville de Gaza, le 22 février 2021. (Crédit : AP Photo/Khalil Hamra)

Mais un autre facteur a joué un rôle crucial. En février, le poste-frontière de Rafah entre l’Egypte et Gaza a rouvert pour la première fois depuis des années, dans le contexte d’une médiation égyptienne entre les factions palestiniennes au Caire.

De nombreux Gazaouis se sont réjouis de pouvoir bénéficier d’une plus grande liberté de mouvement pour entrer et sortir de l’enclave sous blocus. Mais al-Tibi a affirmé que le passage, ainsi que l’assouplissement des restrictions relatives au coronavirus, ont entraîné un afflux d’infections passant de l’Égypte à Gaza.

« Nous avons commis une erreur en Cisjordanie et dans la bande de Gaza – nous avons assoupli les restrictions aux postes frontières », a déclaré al-Tibi. « À Gaza, ils ont ouvert le passage de Rafah dans les deux sens. Des milliers de personnes traversent maintenant chaque jour depuis l’Égypte, ils vérifient leur température et leur font signe de passer. »

« Maintenant, tous ceux qui viennent – ils se dirigent directement chez eux », a déclaré al-Tibi. « Je ne suggère pas la quarantaine, mais au moins de prendre des échantillons sérologiques aléatoires pour vérifier la présence du virus. »

Peu de vaccins, mais peu de demandes aussi

Gaza a mis du temps à lancer sa campagne de vaccination contre le coronavirus. Jusqu’à présent, l’enclave a reçu suffisamment de doses pour immuniser complètement un peu plus de 2 % de la population totale.

Environ 60 000 doses russes Sputnik V envoyées par les Émirats arabes unis sont arrivées à Gaza ; 2 000 autres ont été transférées par l’Autorité palestinienne à Ramallah. Gaza a également reçu 20 000 doses Pfizer et AstraZeneca par le biais de COVAX, un programme international de vaccination soutenu par l’Organisation mondiale de la santé.

Une infirmière prépare une dose de Pfizer à Gaza, le 21 mars 2021. (Crédit : Adel Hana/AP)

En mars, l’Autorité palestinienne a également reçu environ 100 000 doses du vaccin chinois Sinopharm, un don de Pékin. Mais selon al-Haj, seules
10 000 de ces doses devaient parvenir à Gaza.

« C’est une catastrophe, car nous représentons 45 % de la population palestinienne », a-t-il déclaré.

Al-Haj a reconnu que Gaza avait précédemment dépassé la Cisjordanie en termes de taux de vaccination grâce aux livraisons de vaccins émiratis. Mais il a fait remarquer qu’Israël avait également fourni des vaccins à quelque 105 000 Palestiniens de Cisjordanie qui travaillent en Israël.

Certains habitants ont également hésité à prendre les vaccins qui sont déjà arrivés dans l’enclave.

« Nous devrions voir une énorme ruée pour se faire vacciner. Mais bien que nous ayons 82 000 doses en main, seules 25 000 environ ont été utilisées jusqu’à présent », a déploré al-Bursh.

Al-Tibi a blâmé la désinformation sur les réseaux sociaux pour le scepticisme généralisé : « Dix vidéos avec moi, Dr Jawad, disant aux gens de se faire vacciner ne peuvent pas battre une vidéo les effrayant ».

« La confiance des citoyens dans leurs institutions et l’activité publique n’est, en général, pas très forte. Et, vraiment, les gens hésitent [à se faire vacciner] », a noté al-Tibi.

Des Gazaouis attendent de se faire vacciner à la COVID-19 dans un dispensaire de l’UNRWA à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 3 mars 2021. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)

Avec la recrudescence des cas et une population qui n’atteindra probablement pas l’immunité collective dans un avenir proche, Gaza a commencé à s’orienter vers un renforcement des restrictions. Mais les autorités n’ont pas encore ordonné le retour au confinement total qui a mis fin à la première vague d’infections à la fin de l’année dernière.

« Nous essayons d’éviter le confinement. L’option est toujours sur la table, mais nous voulons essayer de maintenir une sorte de terrain d’entente aussi longtemps que possible », a déclaré M. al-Abadleh.

Depuis la prise du pouvoir par le Hamas en 2007 et le blocus qui s’en est suivi, Gaza est en proie à une crise économique sans répit. En février 2021, le taux de chômage tournait autour de 43 %, contre 15 % en Cisjordanie, selon les statistiques officielles de l’Autorité palestinienne.

Al-Tibi a fait valoir que la situation économique excluait l’option du confinement ; des restrictions plus strictes permettraient de contenir le virus sans l’impact dévastateur d’une fermeture massive, a-t-il déclaré.

« Il y a des gens dans les rues, qui vendent quelques fraises pour pouvoir gagner 10 à 15 shekels avec lesquels ils pourront nourrir leurs enfants. Quand vous dites ‘fermeture’, il y a des familles qui vont tout simplement être écrasées », a déclaré al-Tibi.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...