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Avec Israël, des Saoudiens polis mais encore loin de devenir amis

Le puissant royaume refuse toute normalisation avec Israël sans résolution de la question palestinienne, même si l'État juif a établi des liens diplomatiques avec plusieurs pays arabes

Un membre de la garde d'honneur est couvert par le drapeau de l'Arabie saoudite, à Washington, le 22 mars 2018. (Crédit : AP Photo/Cliff Owen, Archive)
Un membre de la garde d'honneur est couvert par le drapeau de l'Arabie saoudite, à Washington, le 22 mars 2018. (Crédit : AP Photo/Cliff Owen, Archive)

Le journaliste israélien Yoav Limor a eu l' »agréable surprise » de ne pas se sentir « indésirable » lorsqu’il s’est récemment rendu avec un collègue en Arabie saoudite, le riche pays du Golfe ayant toujours refusé, par soutien à la cause palestinienne, de normaliser les relations avec l’Etat hébreu.

Bien qu’arrivés à Ryad avec des passeports non israéliens, les deux hommes n’ont pas caché leur nationalité au cours de leurs rencontres. Dans une chronique pour le journal Israel Hayom, Yoav Limor parle de ses échanges avec les commerçants ou les chauffeurs de taxi.

« Certains souriaient et secouaient la tête en signe d’incrédulité ou d’inquiétude. D’autres étaient curieux et ont entamé une conversation », écrit le journaliste. « Personne ne nous a fait sentir indésirables ».

La première visite du président américain Joe Biden au Moyen-Orient, qui a débuté mercredi, a alimenté les spéculations sur une éventuelle avancée dans la normalisation des liens entre Israël et l’Arabie saoudite, les deux plus importants partenaires de Washington dans la région.

Le président américain Joe Biden, à gauche, et le Premier ministre Yair Lapid s’adressent aux médias après leur rencontre à Jérusalem, le 14 juillet 2022. (Crédit : Evan Vucci/AP)

La puissante monarchie refuse toute normalisation avec Israël sans résolution de la question palestinienne.

Israël a établi des liens diplomatiques avec plusieurs pays arabes, dont l’Egypte, la Jordanie et, plus récemment, le Maroc et le Soudan. Mais un accord avec l’Arabie saoudite serait considéré comme un succès diplomatique, le pays étant la première économie arabe et une référence incontournable dans le monde musulman.

Mais en dépit de contacts commerciaux et sécuritaires en coulisses, Ryad n’a pas suivi la position de ses alliés du Golfe, les Emirats arabes unis et Bahreïn, qui ont signé en 2020 les accords dits d’Abraham négociés par les Etats-Unis, établissant des liens officiels avec Israël.

Si, dans les rues de Ryad, les Saoudiens se montrent polis avec des Israéliens de passage, l’opinion publique, comme ailleurs dans le monde arabe, reste profondément attachée à la cause palestinienne.

Deborah Lipstadt à Mishkenot Sha’ananim, Jérusalem, le 11 juin 2017. (Crédit : Renee Ghert-Zand/TOI)

« Je n’irai jamais en Israël. Je ne les aime pas. Ce sont des occupants », lance à l’AFP Abou Rached, un vendeur de pièces détachées de voitures dans la capitale Ryad.

« Mais le gouvernement est mieux informé et fera ce qui est le mieux pour le peuple et le pays », assure-t-il, dans un Etat où les autorités sont notoirement hostiles à toute critique publique.

Les responsables américains veulent pourtant y croire, voyant dans les récentes initiatives saoudiennes visant à lutter contre les discours haineux contre les autres religions, une volonté de se rapprocher d’Israël.

« L’Arabie saoudite a été un grand exportateur de haine des juifs », avait déclaré Deborah Lipstadt, envoyée spéciale de Washington contre l’antisémitisme, dans un discours prononcé après une visite dans le royaume en juin.

« Mais ce que j’y ai trouvé est quelque chose de tout à fait différent, quelque chose qui a changé là-bas de façon spectaculaire », avait-elle assuré.

Les manuels scolaires, autrefois connus pour dénigrer les juifs et les non-musulmans désignés par des noms d’animaux, sont en cours de révision, les autorités ayant lancé une campagne contre l’extrémisme dans l’enseignement.

Le gouvernement lutte également contre le dénigrement des juifs et des chrétiens dans les mosquées.

Mohammed al-Issa enlace le rabbin de l’AJC David Rosen devant l’entrée du camp d’Auschwitz, le 23 janvier 2020. (Yaakov Schwartz/ Times of Israel)

Mohammed al-Issa, un religieux saoudien à la tête de la Ligue islamique mondiale, s’est attiré les louanges d’Israël en janvier 2020 après s’être rendu en Pologne pour assister aux commémorations marquant les 75 ans de la libération du camp nazi d’Auschwitz.

Le roi Salmane a de son côté accueilli le rabbin David Rosen, basé à Jérusalem, le mois suivant, et pendant le ramadan de cette même année, la chaîne de télévision saoudienne MBC a diffusé une série évoquant Israël.

Des pilotes israéliens ont participé au rallye Dakar de janvier 2021 en Arabie saoudite, et Arab News, important quotidien anglophone du royaume, a publié des éditorialistes israéliens.

Dirigeant de facto en raison de l’état de santé fragile du roi, le prince héritier Mohammed ben Salmane lui-même a décrit Israël comme un « allié potentiel », si la question palestinienne était résolue.

Le prince héritier Mohammed ben Salmane à Washington, le 22 mars 2018. (Crédit : AP Photo/Cliff Owen)

Contacté par l’AFP, les autorités saoudiennes n’ont pas répondu aux questions au sujet d’une normalisation avec Israël.

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