Israël en guerre - Jour 196

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Avec la guerre, les écoles passent à l’enseignement à distance

Les enseignants espèrent que l'expérience du COVID facilitera les choses, mais le système éducatif est sous tension, avec des élèves traumatisés et des personnels appelés au combat

La salle de classe d'une école primaire de Tel Aviv est vide suite à la fermeture des écoles en Israël avant un confinement général destiné à enrayer la propagation du coronavirus, le 17 septembre 2020. (Crédit : AP Photo/Sebastian Scheiner)
La salle de classe d'une école primaire de Tel Aviv est vide suite à la fermeture des écoles en Israël avant un confinement général destiné à enrayer la propagation du coronavirus, le 17 septembre 2020. (Crédit : AP Photo/Sebastian Scheiner)

Israël intensifie son effort de guerre et ses enseignants sont également appelés à ce qui s’apparente à une forme de réserve, sur Zoom. C’est ainsi que Hagit Babad, directrice de l’école primaire Yehuda Halevy de Jérusalem, parle ce dimanche de la reprise de l’enseignement en ligne à laquelle doit faire face le système scolaire.

« Nous devons répondre à l’appel, dans l’intérêt des élèves et de la communauté. Nous allons donner tout ce que nous pouvons. La communauté de parents nous aide beaucoup », confie Babad.

Alors que nombre de parents d’élèves sont rappelés par l’armée, enseignants, conseillers et autres membres du personnel vont s’avérer essentiels pour aider les enfants d’Israël à vivre les jours difficiles qui s’annoncent, explique Babad au Times of Israel.

Cette tâche est compliquée par un autre changement de taille, à savoir la décision du ministère de l’Éducation de revenir à l’enseignement à distance, de la maternelle à la Terminale, comme durant les confinements liés à la COVID entre 2020 et 2021. Les écoles ont reçu pour ordre de commencer l’enseignement à distance dès ce dimanche. Certaines écoles ont déjà organisé des cours ou des réunions en ligne la semaine dernière.

Suivant le lieu et la situation sécuritaire, et sous réserve de l’accord du ministère, du conseil scolaire local et du commandement du front intérieur, le ministère a également publié une directive permettant à certains établissements d’organiser des cours ou des activités en personne dès demain, lundi.

En vertu de cette directive, le pays est découpé en trois zones de couleur différente : en rouge, soit les zones proches de Gaza, le long de la côte (y compris Ashkelon, Ashdod et Tel Aviv), et le long de la frontière nord d’Israël, y compris le Golan, où l’enseignement en personne n’est pas autorisé ; en jaune, soit la plupart des zones du centre/nord du pays, y compris les implantations de Jérusalem, Haïfa et Cisjordanie, où l’apprentissage en personne peut être autorisé sous réserve de certaines conditions de sécurité ; et en vert, les zones de l’extrême sud et du sud-est (Eilat, Arava, sud du Neguev et sud de la mer Morte), où l’enseignement en personne peut se faire sans restrictions.

Dans une déclaration publiée samedi, le ministère de l’Education a annoncé le report d’un mois des examens des élèves de Première et Terminale.

On ignore encore combien de temps durera l’enseignement à distance, mais pour Babab, cela implique de faire une croix sur les critères et exigences académiques habituels.

« Nous ne nous attendons pas à ce que les élèves progressent comme ils le devraient », estime-t-elle, expliquant que sa priorité est de créer une routine d’activités destinées à rassurer les élèves.

Des jeunes suivent la classe en ligne, chez eux, depuis le Moshav Yashresh, dans le centre d’Israël, le 18 mars 2020. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

Suivant la trajectoire que prendra cette guerre, cela pourrait s’avérer problématique. Nombre d’élèves de son école primaire ont vu des images très violentes de la guerre sur Internet, confie Babab.

« Facebook, TikTok, les journaux d’informations, toutes les choses qu’ils entendent de leurs parents … Nous voulons être là pour eux », assure-t-elle.

Le système doit également s’adapter et faire une place aux élèves – et leurs proches – évacués des communautés proches de Gaza. Ces familles, dont le nombre exact est inconnu, sont dispersées dans tout le pays : certaines sont logées à l’hôtel, d’autres chez des proches et d’autres encore chez des familles qui les ont gracieusement accueillies. Elles sont nombreuses à avoir vécu des événements très traumatisants lors de l’assaut initial et des massacres du Hamas.

Les communautés manquent d’ordinateurs

Le ministère de l’Éducation a publié une série de directives pour aider les enseignants et personnels scolaires à faire face à cet afflux et mis en place une ligne d’assistance téléphonique accessible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 (*6552). Le nombre d’appels, confie un responsable du ministère au Times of Israel, est « énorme ».

« Nous sommes confrontés à une situation très difficile, d’autant que nombre de parents prennent désormais part aux combats. Pour dire les choses clairement, pour certains, c’est le chaos », confie le responsable. Souvent, les personnes évacuées n’ont pas accès à suffisamment d’ordinateurs, ce qui complique pour eux le projet d’enseignement à distance.

Les populations ultra-orthodoxes et arabes du pays, qui ont des écoles spéciales subventionnées par l’État, rencontrent les mêmes problèmes au moment de reprendre l’enseignement à distance, dans la mesure où les deux populations n’ont pas suffisamment d’ordinateurs pour tous les élèves de la maison. Ceci est particulièrement vrai pour les ultra-orthodoxes qui, pour beaucoup, n’utilisent pas d’ordinateurs au quotidien.

Pourtant, l’expérience de la COVID devrait faciliter les choses, estiment les enseignants interrogés pour les besoins de cet article, car les établissements et les enseignants ont déjà vécu cela.

« Tout est prêt, ce qui est le plus important », dit l’enseignant Yehuda Rothner. « La dernière fois, il a fallu un certain temps pour que tout se mette en marche… Nous avons appris de nos erreurs. »

Rothner est le directeur de Kol Tzofayich, un lycée religieux expérimental à Kfar Hasidim, près de Haïfa, et est un vétéran de l’éducation juive américaine et du monde des camps d’été.

L’enseignant Yehuda Rothner. (Capture d’écran Facebook, utilisée conformément à l’article 27a de la loi sur les droits d’auteur)

Il n’est « pas fan » de l’enseignement à distance, qui pose « d’énormes problèmes parce qu’il n’y a pas de dynamique de classe », admet Rothner. Il ajoute qu’il est « primordial de créer du lien, et nous avons la technologie pour pouvoir le faire ».

« Le plus important est d’avoir du temps en face à face avec les élèves, de leur permettre d’apprendre, d’évoluer et aussi de faire face à leurs difficultés émotionnelles. Ils ont besoin de savoir que leurs enseignants sont avec eux et pensent à eux ».

Une transition difficile

La transition pourra s’avérer délicate pour les élèves qui commencent tout juste leur scolarité ou qui entrent au collège, estime la Dre Naama Gershy, psychologue clinicienne et professeure adjointe à l’École d’éducation de l’Université hébraïque.

Suite à la COVID, « les enfants qui venaient d’entrer en primaire ont eu les pires résultats en lecture, écriture et mathématiques », dit-elle. Les élèves plus âgés, qui entraient au collège ou au lycée, « ont eu des problèmes sociaux. Chaque âge a connu des effets différents. »

« L’enseignement à distance ne se résume pas à des cours sur Zoom. C’est une vision très étroite des choses, et tous les élèves ne sont pas capables de se concentrer sans une relation personnelle avec un enseignant », poursuit-elle. (Le ministère recommande d’utiliser Google Meet, Microsoft Teams ou Zoom pour donner des cours en ligne.)

Le ministère de l’Education a « connu beaucoup de changements et d’instabilité au cours de cette année », rappelle Gershy, évoquant les multiples démissions de hauts fonctionnaires et la nomination de Yoav Kisch, du Likud, au poste de ministre de l’Education, au sein du gouvernement de coalition d’extrême droite du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

La Dre Naama Gershy de l’École d’éducation de l’Université hébraïque. (Autorisation)

« Dans le district sud, il n’y a pas à proprement parler de système éducatif et les enfants sont très traumatisés. J’ignore dans quelle mesure l’enseignement scolaire classique peut trouver sa place. Surtout avec des directives strictes venues de la capitale… Je pense que le ministère l’a compris. Il faut laisser de côté certains contrôles. Il y a eu beaucoup de débats autour de la question d’une plus grande autonomisation après la COVID. Si c’est possible, alors il y aura davantage de progrès. Si les directeurs ont plus d’autonomie, ils pourront tenir compte des spécificités de chaque communauté au moment de définir les enseignements », explique-t-elle.

Il semble que le ministère de l’Éducation ait tenté de tirer les leçons de la COVID, car « suggère des activités dans tous les domaines de la connaissance, pour tous les âges », sans directives pédagogiques strictes. En outre, de nombreux messages adressés aux administrateurs et membres du personnel des établissements scolaires soulignent l’importance des aspects sociaux et psychologiques du programme.

« Le retour à une routine, en ces temps d’urgence, est essentiel pour la résilience du pays et particulièrement celle des élèves, qui ont besoin d’un cadre clair, d’enseignants généreux et solides, et de moments avec leurs camarades de classe (même si c’est en ligne) », explique le ministère dans l’une de ses annonces.

Certains redoutent le retour de l’enseignement en ligne.

« Je souffre de stress post-traumatique depuis que j’ai donné des cours sur Zoom pendant la COVID », déclare Leah Gottlieb, professeure d’art et mère de quatre enfants. « Ce format n’est absolument pas propice à l’apprentissage – c’est une perte de temps colossale », estime-t-elle.

Son aîné, qui est maintenant en Quatrième, « n’a rien appris » pendant la COVID, dit-elle.

« Mon expérience a été tout sauf positive à l’époque, et j’ai l’impression que l’on y revient, en pire, parce que nous sommes en guerre. Pendant la COVID, on pouvait s’enfermer chez soi et se sentir en sécurité, mais aujourd’hui… Il règne un sentiment de grande vulnérabilité. L’idée de m’asseoir et de faire cours dans ces circonstances, avec les enfants à la maison, c’est trop m’en demander », déclare Gottlieb.

Rothner, le directeur de Kfar Hassidim, reste lui optimiste.

« Nous faisons de notre mieux dans cette situation épouvantable. J’espère que, cette fois, cela ne durera pas plus d’une semaine ou deux », conclut-il.

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