Avec la nouvelle vague terroriste, les Palestiniens nient la réalité
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Analyse

Avec la nouvelle vague terroriste, les Palestiniens nient la réalité

Lors de plusieurs incidents récents, les faits, parfois attestés par des images de téléphones portables, sont tout simplement niés

Elhanan Miller est notre journaliste spécialiste des affaires arabes

Les deux adolescents palestiniens de Pisgat Zeev courent après un Israélien pour le poignarder avec leurs couteaux (Crédit : autorisation)
Les deux adolescents palestiniens de Pisgat Zeev courent après un Israélien pour le poignarder avec leurs couteaux (Crédit : autorisation)

Lorsque le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a accusé Israël d’avoir exécuté Ahmad Manasra, âgé de 13 ans, lors d’un discours télévisé mercredi soir, le cri de surprise au bureau du Premier ministre israélien était presque audible.

Manasra était encore en vie, a-t-on répondu au Bureau, et était soigné à l’hôpital Hadassah après avoir poignardé et sérieusement blessé un adolescent juif du même âge. « Abbas ment et incite à la haine », pouvait-on lire dans la déclaration du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Plus tôt ce jour-là, la police israélienne a diffusé les images de la vidéo de l’attaque elle-même. Jeudi, les images de Manasra « éxécuté » assis dans son lit d’hôpital ont été diffusées, et la police a dit qu’il avait avoué l’attaque.

L’échange indirect entre Netanyahu et Abbas n’est peut-être pas la première occasion publique de la guerre des narratifs caractérisant la violence palestino-israélienne, mais c’est parmi les plus frappantes.

L'adolescent palestinien, Ahmed Manasra, 13 ans, hospitalisé à l'hôpital Hassadah de Keren Eim (Crédit : YouTube)
L’adolescent palestinien, Ahmed Manasra, 13 ans, hospitalisé à l’hôpital Hassadah de Keren Eim (Crédit : YouTube)

Comme au cours de précédents conflits, ce n’est pas simplement les raisons de la poussée de violence qui sont contestées, mais les faits eux-mêmes.

Et pourtant, dans de nombreux incidents, les faits, parfois attestés par des images de téléphones mobiles, qui pourraient sembler incontestables, sont tout simplement niés par les Palestiniens.

Parmi les Palestiniens, il est largement admis que Shorouq Dwayyat, âgée de 18 ans, a été tuée dans la Vieille Ville de Jérisalem le 7 octobre non pas parce qu’elle avait poignardé un homme juif, mais plutôt parce qu’un habitant d’une implantation l’avait attaquée en essayant de lui enlever son voile par la force.

En réalité, Dawayyat avait poignardé l’homme, dont le nom n’a pas été publié dans les médias, le blessant modérément. Il lui a tiré dessus avec son arme personnelle, la blessant gravement. Tous les deux ont été transportés à l’Hôpital Ein Karem Hadassh. Auparavant, elle avait posté un statut sur Facebook en affirmant son intention de devenir une martyre.

Le 9 octobre, Basaraa Abed de Nazareth aurait tenté de poignarder un garde de sécurité à la gare routière de Afula. Les forces de sécurité lui ont tiré dans les jambes après lui avoir demandé à plusieurs reprises de lâcher son couteau.

Sheikh Zidan Abed, le père d’Israa, a nié que sa fille avait essayé de poignarder qui que ce soit, accusant les forces de sécurité d’avoir tiré à tout-va. « Cela montre la différence de traitement entre un Arabe et un Juif », a déclaré Abed.

« L’homme qui a tué [l’ancien Premier ministre israélien Yitzhak] Rabin n’a pas été touché, et il est maintenant en prison… et vous avez maintenant une personne innocente, et vous voyez sur les images ce qui s’est passé ».

Le portail d’information arabe Panet a inclus les images, présentées ci-dessus, dans son traitement de l’événement, mais a également cité des témoignages contradictoires de témoins visuels.

« J’ai vu les événements devant mes yeux. De l’angle où j’ai vu les événements, je peux confirmer que la femme arabe sur laquelle on a tiré n’a attaqué personne. Elle portait un sac qui ressemblait à un sac d’écolier, et on lui a tiré dessus simplement par suspicion, rien de plus », a déclaré Fadi Khatib, un témoin visuel de la ville de Deir Hanna en Galilée. « La jeune femme n’a cetainement pas essayé de poignarder quelqu’un, comme cela a été dit aux informations ».

La police a déclaré vendredi qu’Abed avait acheté le couteau peu avant de monter dans le bus, dans sa ville natale de Nazareth. On a dit aux enquêteurs de se pencher sur la piste de problèmes mentaux pour justifier son comportement.

Baha Alyan, le terroriste qui a ouvert le feu sur des passagers à bord du bus 78 à Jérusalem mardi, a affirmé qu’il essayait de défendre la réputation de Israa Jaabees sur Facebook après des accusations par les médias israéliens qu’elle se préparait à mener une attaque terroriste à Jérusalem.

En fait, Jaabees a été gravement blessée lorsqu’elle a fait exploser les bombonnes de gaz dans sa voiture après avoir été arrêtée par un officier de police. Celui-ci a été légèrement blessé à cause de l’explosion.

« La façon de comprendre les récits des gens est d’ajouter les mots ‘j’aurais voulu que…’ avant ce qu’ils disent », explique Hillel Cohen, un expert de l’histoire palestinienne à l’Université hébraïque.

« Les gens parlent souvent de ce qu’ils auraient voulu voir se produire, pas nécessairement de ce qui s’est réellement produit. A un moment, ils commencent à y croire eux-mêmes. Cela s’applique à la fois aux récits historiques et à ceux plus récents et locaux ».

Cohen a ajouté que de tels préjugés cognitifs existent des deux côtés du conflit. Lorsque certains Juifs affirment qu’il n’y avait pas d’Arabes sur la terre à l’arrivée du Sionisme, ce qu’ils veulent réellement dire est « nous voudrions qu’il n’y ait pas eu d’Arabes lorsque nous sommes arrivés ici », a-t-il déclaré. Il en est de même pour le déni palestinien du lien historique juif avec la terre.

« C’est une forme de pensée-vœu qui ne peut jamais être réalisée, a-t-il précisé. Il n’y a quelque chose de très basique dans la nature humaine, lorsque vous pensez que quelque chose devrait avoir lieu. Lorsque vous entendez un récit qui vous convient, vous n’examinez même pas les faits ».

Pour des chercheurs comme Cohen, des tels préjugés locaux sont fascinants, puisqu’ils mettent en lumière la perception des sujets du « récit cadre » ou méta-récit.

« Avec cela, nous apprenons que des Palestineins se perçoivent comme des victimes innocentes, et ignorent donc le fait que [l’adolescent terroriste Ahmad Manasra] est venu avec un couteau. Des Israéliens se voient de la même façon, a affirmé Cohen, ignorant les situations qui ne correspondent pas à ce narratif, comme le cas de Fadi Allound [qui a poignardé Moshe Malka, âgé de 15 ans, près de la Vieille Ville, le 3 octobre] abattu alors qu’il ne posait plus de danger », a-t-il déclaré.

Mais contrairement à Cohen, qui croit que la référence d’Abbas à la mort de Manasra constituait une erreur honnête, Kobi Michael, un chercheur à l’Institut pour les Etudes Nationales de Sécurité à l’Université de Tel Aviv, a déclaré que les intentions du chef de l’Autorité Palestinienne étaient beaucoup plus néfastes.

Il a expliqué que la rapide détérioration de la popularité de l’Autorité palestinienne dans la rue palestinienne a poussé Abbas à renforcer sciemment sa rhétorique nationaliste dans une tentative désespérée de renforcer sa légitimité.

« Il faut trouver un bouc-émissaire, a déclaré Michael. Il essaie d’accuser Israël des crimes afin de détourner l’attention du public sur ses propres erreurs ».

Michael a affirmé que dans les médias palestiniens, les faits reçoivent systématiquement moins d’importance que la « perception ».

« La même chose se produit également chez nous, a-t-il admis, et pourtant il y a une différence significative. De notre côté, la base objective et factuelle est beaucoup plus forte ».

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