Avec le charisme maladroit de Rabin, Gantz réussit le test de l’AIPAC
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Analyse

Avec le charisme maladroit de Rabin, Gantz réussit le test de l’AIPAC

Le prétendant au poste de Premier ministre ne rivalise pas avec Netanyahu, impeccable et éloquent, mais son discours sonne juste, et le lobby pro-Israël a répondu avec enthousiasme

David Horovitz

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

מועמד "כחול לבן" לראשות הממשלה, בני גנץ - Benny Gantz, בוועידת AIPAC.

פורסם על ידי ‏בני גנץ - Benny Gantz‏ ב- יום שני, 25 במרץ 2019

WASHINGTON, DC – Lundi matin, lors de sa première intervention devant l’AIPAC, le potentiel futur Premier ministre Benny Gantz semblait rigide et un peu hésitant au début. Les chefs militaires aguerris au combat ne sont probablement pas trop nerveux, mais lorsqu’ils s’adressent à une salle immense abritant 18 000 personnes se préparant à juger votre carrière politique naissante, et ce, dans une langue étrangère, une certaine appréhension est compréhensible.

De plus, la réalité constamment provocante d’Israël a compliqué le grand moment de Gantz. L’homme à qui il souhaite succéder, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, venait d’annuler sa participation à l’AIPAC, prévue pour mardi, et a annoncé qu’il rentrerait chez lui immédiatement après avoir rencontré le président américain Donald Trump à la Maison Blanche dans la journée de lundi afin de gérer la réponse aux derniers tirs de roquettes en provenance de Gaza, qui ont causé des blessés, un choc et des dégâts considérables dans le centre d’Israël.

Dans ses apparitions politiques chez lui, Gantz s’est montré raisonnablement clair et capable de transmettre une certaine intégrité et passion, mais sans égal avec l’assurance raffinée de Netanyahu. Il savait très bien qu’il serait jugé ici aussi par rapport à Netanyahu, par un public qui traite le Premier ministre comme une rock star, et qu’il pourrait être insuffisant.

Gantz a peut-être aussi trouvé un certain réconfort en se rappelant les difficultés qu’un autre ancien chef d’état-major de Tsahal et dirigeant politique israélien, Yitzhak Rabin, a souvent rencontrées lors de ses interventions en langue anglaise. Rabin malmenait souvent les phrases soigneusement préparées pour lui, mais il réussissait à dégager un charisme bourru, celui de l’ex-général. Si originales que soient certaines des prononciations de Rabin, ses convictions n’ont jamais été mises en doute.

Le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin (à gauche) serre la main du roi Hussein de Jordanie sous les applaudissements du président des Etats-Unis Bill Clinton lors de la signature du traité de paix bilatéral, octobre 1994 (photo : Nati Shohat/Flash90).

Et, en effet, c’est ce qui s’est passé avec Gantz lundi. Le malaise initial a peu à peu fait place à une plus grande assurance. La prestation n’a certainement pas été parfaite. Quelques phrases ont en effet été mal prononcées. Mais le public de l’AIPAC était chaleureux et réceptif, prêt à applaudir et même à encourager, et son texte a été intelligemment construit pour les encourager à le faire.

Il a commencé, à juste titre, par évoquer l’attaque à la roquette dans son pays d’origine – saluant la résilience des Israéliens, approuvant la décision de Netanyahu de rentrer chez lui, assurant à ses partisans qu’Israël « sera à nouveau vainqueur ».

« Ceux qui aspirent à la vie sont toujours plus forts que ceux qui aspirent à la mort », a-t-il déclaré.

Il s’est ensuite penché sur sa carrière militaire – soulignant ses compétences en matière de commandement en soulignant les dangers auxquels il avait fait face, les responsabilités qu’il avait assumées, son engagement envers le bien-être du pays qu’il veut maintenant diriger. Il a également révélé que sa « première mission » en tant que soldat était « d’accompagner et d’assurer la sécurité du président égyptien Anwar el-Sadat lors de sa visite historique en Israël » il y a quarante ans – une révélation convaincante, qui montre à la fois un Gantz combattant et protecteur symbolique de la paix.

Une partie du thème militaire a été conçue comme une riposte à Netanyahu, qui cherche à le caractériser comme un faible gauchiste. En effet, au fur et à mesure de son discours, il était clair que Gantz cherchait à la fois à combattre les efforts de Netanyahu pour le décrire comme un non Premier ministre et à souligner combien son approche du leadership allait être différente.

« Si nous voulons de l’espoir, nous devons avoir l’unité », a-t-il affirmé au début de son allocution – une critique implicite à Netanyahu, et un point de vue qui a résonné particulièrement profondément à la conférence AIPAC de cette année, à un moment où la mission bipartisane de se tenir aux côtés d’Israël dans l’Amérique politiquement divisée est devenue si lourde et compliquée.

La députée Pnina Tamano-Shata est applaudie à la conférence politique de l’AIPAC, le 25 mars 2019. (Capture d’écran AIPAC)

Il a souligné la moralité de l’armée israélienne, dont « les ordres de bataille comprennent les règles d’engagement et les Dix Commandements ».

Et il a souligné son propre rôle dans le sauvetage des Juifs éthiopiens du Soudan par Tsahal. Dans un moment particulièrement bien orchestré, il a ensuite désigné la députée Yesh Atid, Pnina Tamano-Shata, qui est venue à l’AIPAC spécialement pour l’occasion et maintenant candidate de son parti Kakhol lavan – une parmi ces Juifs éthiopiens qui ont été sauvés. Les applaudissements ont été longs et sincères. « Pnina – Je suis si fier de t’avoir dans mon parti, a-t-il dit. « Nous avons été envoyés dans cette mission parce que l’État d’Israël a, et aura toujours, le devoir moral d’assurer la sécurité de tous les Juifs du monde. »

Gantz est ensuite passé à l’histoire de sa famille – passée et présente – encore une fois avec une révélation. Il a fait référence à la photo en noir et blanc qu’il avait dans son portefeuille de sa mère à la libération de Bergen-Belsen. Et à une autre, celle-ci en couleur, de son fils Nadav, diplômé de la formation des Parachutistes. « Entre ces deux photographies se trouve l’histoire d’Israël, a-t-il déclaré, sous les applaudissements. Ces photographies « nous enseignent que la force et le pouvoir doivent s’accompagner de normes morales élevées. Ils nous apprennent que les miracles n’arrivent pas tout seuls. »

Gantz a affirmé sa ligne dure et sa bonne foi en avertissant l’Iran et les groupes terroristes, laissant entendre que les chefs terroristes ne seront pas en sécurité s’il dirige Israël. (Il a réussi à injecter de l’humour dans la controverse entourant le prétendu piratage de son téléphone par l’Iran : « Vous me connaissez bien – et pas seulement grâce à mon téléphone portable, a-t-il dit.) Il a juré de ne jamais diviser Jérusalem et a indiqué son opposition à la création d’un État palestinien en promettant que « la responsabilité de la sécurité sur toute la Terre d’Israël restera entre les mains de Tsahal, et de Tsahal seul ».

Mais il a aussi fait preuve d’humanité en disant : « Je sais que les enfants de Téhéran et les enfants de Jérusalem sont nés sans haine. Je sais que le peuple iranien attend une aube nouvelle, que nous verrons tous de notre vivant, je l’espère. »

Et il a promis, « à ceux qui voudraient tourner une nouvelle page : Nous étendrons la main vers la paix et nous nous efforcerons d’obtenir la paix avec n’importe quel dirigeant arabe honnête et volontaire. » Encore une fois, il a été applaudi.

Gantz a abordé les principales préoccupations des Juifs américains, y compris le statut du judaïsme non orthodoxe, et la prière au mur Occidental. « A Bergen-Belsen, personne n’a demandé : Qui est réformé, qui est libéral, qui est orthodoxe et qui est laïc. Avant d’aller au combat, je n’ai jamais vérifié qui avait une kippa sous son casque », a-t-il déclaré dans un passage très efficace. Et pour le Kotel (il possède le béret rouge des parachutistes qui ont libéré le mur Occidental) : « En tant que libérateur du Kotel, je peux vous dire avec confiance que le mur Occidental est assez long pour accueillir tout le monde. Tout le monde ! »

Il a fait l’éloge du président américain Donald Trump, qui a reconnu Jérusalem et le plateau du Golan comme étant Israéliens – encore une fois, sous des applaudissements chaleureux.

Il a ensuite parlé de Netanyahu et des préoccupations que les politiques et les actions du Premier ministre suscitent chez de nombreux Israéliens et Juifs américains. « Un dialogue qui divise, a-t-il dit, peut servir à des fins politiques, mais il déchire le tissu qui nous unit. »

Sous sa direction, Gantz a juré : « Il n’y aura pas de kahanistes à la tête de notre pays ; il n’y aura pas de racistes à la tête de nos institutions étatiques ; il n’y aura pas de corruption à la tête de notre pays ».

Il n’a pas nommé Netanyahu dans ce passage critique. Même au plus fort d’une campagne électorale, les politiciens israéliens se retiennent en parlant en public à l’étranger. Mais le point a été soulevé. Le discours était terminé.

Gantz a quitté la scène sous des applaudissements retentissants. Il a réussi le test.

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