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Avec le soutien de la FIFA, l’Israélien Playermaker se lance dans le Sport Analytics

Selon la société, ses trackers intégrés aux chaussures vont permettre aux athlètes d'affiner leur jeu de jambes ou d'éviter les blessures grâce aux analyses de données

Un match de football entre le Pays de Galles et la Belgique au stade Cardiff City à Cardiff, Pays de Galles, le 11 juin 2022. (Crédit : Kirsty Wigglesworth/AP)
Un match de football entre le Pays de Galles et la Belgique au stade Cardiff City à Cardiff, Pays de Galles, le 11 juin 2022. (Crédit : Kirsty Wigglesworth/AP)

Ces dix dernières années, les progrès réalisés dans le domaine de l’analyse de données ont révolutionné le monde du sport, changeant la façon dont les entraînements et les compétitions sont gérés et joués, et permettant aux équipes de bénéficier d’avantages distincts en leur fournissant des nouveaux outils de mesure de leurs performances et compétences.

Alors que certaines méthodes d’analyse visent à déterminer la valeur d’un joueur ou à évaluer les forces et les faiblesses des choix tactiques ou d’autres décisions, peu d’entre elles ont jusqu’à présent examiné à la loupe le jeu de jambes des athlètes.

« Si vous observez les sportifs de haut niveau dans n’importe quel sport, qu’il s’agisse de Steph Curry au basket-ball, de grands joueurs de tennis ou du joueur de football américain Troy Polamalu, entre autres, tout commence avec un excellent jeu de jambes », a récemment déclaré Erez Morag, responsable des innovations de la startup Playermaker, au Times of Israel.

La société, spécialisée dans les trackers de performance sportive portables, cherche à exploiter l’approche analytique reposant sur les données qui a révolutionné les grandes ligues sportives comme la National Basketball Association et la Major League Baseball ces dix dernières années, tant en termes de présentation que de performances.

Le système de tracking StatCast de la MLB a été introduit dans les 30 stades de la ligue en 2015, et a été très rapidement adopté par les services de scouting et les grandes chaînes sportives comme ESPN. En partenariat avec Google Cloud et Hawk-Eye Innovations North America, la technologie utilise 12 caméras positionnées tout autour des stades de baseball, accumulant plus de 17 pétaoctets de données par saison.

Playermaker – initialement axée sur l’analyse du football, mais en passe de s’étendre à d’autres sports comme le basket-ball – n’utilise pas de caméras mais plutôt des capteurs fixés sur les joueurs. Alors que d’autres sociétés de données sportives, comme PlayerData et StatSports, proposent des capteurs fixés à un gilet, Playermaker affirme être la seule à placer ses trackers sur les crampons de chaussures des joueurs.

« Notre avantage est que nous sommes placés directement à la source du mouvement – le pied – où tout commence. Le jeu de jambes, c’est le secret du sport », a déclaré Morag.

Une équipe de football utilisant la technologie PlayerMaker (Crédit : Capture d’écran/YouTube)

La société affirme que la collecte de données à partir des mouvements effectués par les joueurs sur le terrain, et plus particulièrement au niveau des pieds, permet de révéler le potentiel des athlètes d’une manière difficile à détecter à l’œil nu, tout en contribuant à les protéger des blessures et à améliorer leur prise en charge.

Erez Morag, directeur de l’innovation de la startup Playermaker. (Crédit : Autorisation)

« En plaçant notre capteur dans les deux pieds, nous obtenons des informations sur les habitudes en matière d’activité et sur le jeu de jambes d’un grand nombre de jeunes [joueurs], hommes et femmes, pendant la pratique active de leur sport », a-t-il déclaré.

Pour décortiquer toutes ces données, Playermaker a développé un algorithme « qui nous permet de comprendre non seulement l’aspect physique du jeu, mais aussi l’aspect technique du jeu, à quel point vous êtes impliqué dans le jeu, combien de fois vous touchez le ballon, combien de fois vous en avez le contrôle, à quel point vous êtes équilibré entre le pied gauche et le pied droit », a déclaré Morag.

Fondée à Tel Aviv en 2014, l’entreprise affirme que sa technologie a déjà été utilisée par plus de 250 organisations de football de haut niveau, professionnelles et récréatives, dont les poids lourds du football anglais Arsenal et Liverpool.

En 2019, le manager légendaire d’Arsenal, Arsène Wenger, est devenu un investisseur majeur dans l’équipe, qui a déménagé à Londres la même année, changeant son nom de Motionize Israël. Le PDG de Playermaker, Guy Aharon, a déclaré à Sky News qu’au départ, Wenger était sceptique à l’égard de la technologie, mais qu’il y a adhéré après que l’entreprise a fait venir une équipe de jeunes dans le jardin du nord de Londres du manager pour lui faire une démonstration.

« Il a enregistré et surveillé leur séance à l’aide de notre équipement, puis a examiné les données. Il a dit que c’était incroyable et qu’il voulait nous aider à faire avancer le projet en tant qu’investisseur », a déclaré Aharon l’année dernière.

Guy Aharon, PDG de PlayerMaker, à gauche, Arsène Wenger, ancien entraîneur d’Arsenal, au centre, et Yuval Odem, directeur de l’exploitation de PlayerMaker. (Crédit : Woody Rankin)

La capacité d’analyser les données sur les joueurs a permis à PlayerMaker de comprendre le développement des joueurs et la réhabilitation suite à une blessure, mais aussi de se pencher sur un domaine qui est généralement laissé de côté dans la révolution analytique : le sport féminin.

« Nous avons eu plus d’un milliard de mètres de données collectées sur les seules joueuses. C’est du jamais vu. Du jamais vu. Vous pouvez en apprendre tellement [sur] les modèles d’activité », a déclaré Morag, en faisant référence à la distance parcourue par les athlètes portant ses capteurs.

Lors des récentes Maccabiades en Israël, les « Jeux olympiques juifs », Playermaker a parrainé une équipe de football féminine U-16, et lui a offert l’accès à cette technologie.

Après avoir été à la tête du département « Performance des athlètes » de Nike, Morag a rejoint Playermaker en 2015 et a joué un rôle clé dans le développement du système permettant de synthétiser les données brutes recueillies par les capteurs en un outil pouvant aider les joueurs. Chercheur prolifique en biomécanique, il a déjà reçu 30 brevets pour ses travaux.

Pour résoudre les problèmes de confidentialité liés à la transmission des données des joueurs par l’intelligence artificielle, Morag indique que les joueurs ont la possibilité de choisir avec qui ils souhaitent partager leurs données individuelles.

Sur son site Web, la société affirme que toutes les informations sont « hautement confidentielles pour tous les clubs et utilisateurs du système » et qu’elle respecte les lois sur la protection des données.

« Toutes les données sont stockées sur des serveurs privés, ce qui signifie que les données sont sécurisées à tout moment », indique le site Web.

L’année dernière, Playermaker a été ajouté au programme d’innovation de la FIFA, un effort de l’instance dirigeante du football pour aider à développer et à standardiser les technologies émergentes dans le sport. Wenger, qui a quitté Arsenal en 2018, est devenu le chef du développement mondial du football de la FIFA peu après avoir rejoint Playermaker. La valeur de son investissement n’a pas été divulguée.

La société a levé 50 millions de dollars lors de deux tours de financement ultérieurs – une injection de 40 millions de dollars en juin dirigée par Ventura Capital Group, une société de capital-risque basée aux Émirats, et 10 millions de dollars en 2019 de FengHe Group, basé à Singapour.

L’entreprise fait également de nouvelles percées sur le terrain professionnel. En mars, Harvey Elliott – un ailier/milieu de terrain de 19 ans de Liverpool, qui a déjà plusieurs championnats à son actif – est devenu ambassadeur de la marque pour l’entreprise.

Selon Morag, le style de jeu d’Elliot, très technique et pas seulement physique, personnifie ce que les offres de Playermaker peuvent apporter sur le terrain.

« Nous voulions être en contact avec des joueurs authentiques, avec des histoires authentiques, qui utilisent notre produit et qui sont des joueurs en devenir », a déclaré Morag. « En même temps, [nous] pouvons les aider à développer leur jeu grâce à notre petite contribution au sport. »

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