Avec sa proposition « paritétique », Rivlin se tourne vers le passé pour gouverner
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Analyse

Avec sa proposition « paritétique », Rivlin se tourne vers le passé pour gouverner

Donnant à Netanyahu le mandat de former un gouvernement, le président a utilisé un mot pour décrire les arrangements d'unité de la Réforme en Europe et en Israël des années 1980

Raoul Wootliff

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Le leader de Kakhol lavan Benny Gantz (à gauche), le président Reuven Rivlin (C) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) se rencontrent à la résidence du Président à Jérusalem, le 25 septembre 2019. (Amos Ben Gershom/GPO)
Le leader de Kakhol lavan Benny Gantz (à gauche), le président Reuven Rivlin (C) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) se rencontrent à la résidence du Président à Jérusalem, le 25 septembre 2019. (Amos Ben Gershom/GPO)

En confiant au Premier ministre Benjamin Netanyahu le mandat de former le prochain gouvernement, le président Reuven Rivlin a présenté mercredi soir au public non seulement ses efforts considérables pour mettre en place un gouvernement d’union entre le Likud du Premier ministre et le parti rival Kakhol lavan, dirigé par Benny Gantz, mais également la proposition spécifique qu’il avait faite aux deux dirigeants.

Rivlin a dit qu’il avait suggéré à Gantz et Netanyahu un changement juridique au poste de « Premier ministre intérimaire » qui accorderait au titulaire du poste « plein pouvoir » dans le cas où le Premier ministre ne pourrait exercer ses fonctions.

Un tel changement pourrait théoriquement permettre à Netanyahu de prendre un congé autorisé s’il est formellement accusé dans les trois affaires de corruption contre lui, permettant à Gantz d’éviter de servir dans un gouvernement avec un Premier ministre qui est sous mise en accusation. M. Netanyahu doit être entendu la semaine prochaine par le procureur général, avant qu’une décision ne soit prise quant à une éventuelle inculpation dans les trois affaires qui le concernent.

Pour ce qui est de la façon dont un tel gouvernement d’unité pourrait fonctionner, M. Rivlin a dit qu’il avait suggéré un accord de partage du pouvoir, en vertu duquel l’autorité gouvernementale serait répartie également entre les deux partis rivaux – et il a introduit un mot assez peu familier dans la conversation.

« J’ai offert aux deux candidats l’établissement d’un gouvernement paritétique », a-t-il dit, en utilisant un terme juridique hébreu adopté, expliquant : « Cela signifierait un gouvernement d’égal à égal, dans lequel aucun des deux blocs n’aurait l’avantage ».

Le Président Reuven Rivlin (à droite) charge le Premier ministre Benjamin Netanyahu de former un nouveau gouvernement, lors d’une conférence de presse à la résidence du Président à Jérusalem, le 25 septembre 2019. (Menahem Kahana/AFP)

Bien qu’il ne figure pas dans le lexique contemporain, le mot « paritétique » trouve ses racines dans l’Europe de la Réforme, dérivé du mot « parité » et utilisé à l’origine pour décrire un accord de partage du pouvoir municipal entre Protestants et Catholiques.

Dans la ville de Ravensberg, dans le sud de l’Allemagne, un gouvernement  » paritétique a vu le jour au XVIIe siècle, avec une répartition égale des fonctions publiques entre les Catholiques et les Protestants. Le conseil municipal était à moitié protestant et à moitié catholique et pendant un certain temps, il y avait même un maire catholique et un maire protestant en même temps. Le système de gouvernance a finalement été approuvé dans les traités de paix de Westphalie, qui ont établi un certain nombre de villes « paritétiques » de direction catholique et protestante conjointe dans la région.

Ressuscité en Israël

Le terme, qui s’est depuis lors évanoui du langage politique, a été relancé et est devenu largement utilisé en Israël pour décrire l’accord de partage du pouvoir dans le premier gouvernement d’unité hors guerre du pays, qui a vu le jour après les élections de 1984.

L’accord a vu le jour lorsque le Parti travailliste (alors appelé l’Alignement) dirigé par Shimon Peres a remporté 44 sièges à la Knesset (120 sièges) et que le Likud dirigé par Yitzhak Shamir a remporté 41 sièges, mais ni l’un, ni l’autre, n’a obtenu la majorité des recommandations, les obligeant à former un gouvernement d’union nationale dans lequel le poste de Premier ministre alternait.

Le Prof. Gideon Rahat. (Avec l’aimable autorisation de l’IID)

Selon le professeur Gideon Rahat, de l’Université hébraïque de Jérusalem et du groupe de réflexion de l’Institut israélien de la démocratie, cet arrangement était particulièrement nécessaire car ni le Likud ni le Parti travailliste ne pouvaient former une coalition sans l’autre, et le gouvernement avait donc constamment besoin du soutien des deux groupes.

« La parité en termes de ministres entre chaque bloc de partis signifiait que les deux camps disposaient d’un droit de veto automatique et étaient donc obligés de gouverner ensemble », a dit M. Rahat. « Dans les gouvernements d’unité précédents et successifs, il y a toujours eu un côté avec une majorité. Quand il n’y en a pas, un arrangement doit être pris pour garder les deux camps égaux et unis. »

Lorsque Netanyahu n’a pas réussi à former une coalition majoritaire après que Rivlin lui ait donné le mandat de le faire après les élections d’avril, les Israéliens ont été renvoyés aux urnes. Les élections du 17 septembre ont vu les partis Likud de Netanyahu et Kakhol lavan de Gantz se retrouver presque à égalité et, cette fois, ni l’un ni l’autre des blocs n’a réussi à obtenir une majorité.

Si 61 ou plus des 120 députés avaient recommandé un candidat, Rivlin lui aurait presque certainement confié la tâche de former une coalition, comme il l’a fait lorsque le parti d’Avigdor Liberman, Yisrael Beytenu, a soutenu Netanyahu en avril. Mais comme personne n’a reçu 61 recommandations cette fois-ci, comme en 1984, il n’y avait pas de lignes directrices claires à suivre pour Rivlin, et peu de restrictions juridiques.

Flashback à l’époque des Premier ministres en rotation : Le Premier ministre Yitzhak Shamir, (à gauche), et le ministre des Affaires étrangères Shimon Peres au parc Sacher de Jérusalem pendant une fête de la Mimouna, le 15 mars 1988. (Crédit : Nati Harnik / Service de presse du gouvernement)

« Il se base sur le modèle de 1984 parce que c’est tout ce que nous avons comme exemple pertinent », dit Rahat.

En 1984, cependant, en plus d’un nombre égal de ministres, Peres et Shamir ont convenu de partager également le poste de Premier ministre dans le cadre d’un système de rotation selon lequel Peres a servi pendant deux ans, et ensuite, Shamir.

« Il semble que c’est ce que Rivlin propose maintenant, même s’il n’a pas spécifiquement mentionné une rotation », a dit M. Rahat.

Il y a peut-être une raison à cela », a-t-il ajouté, car même si les principes d’un gouvernement paritétique peuvent être acceptables pour les deux parties, « partager le poste de Premier ministre est une toute autre histoire, qui ne sera probablement pas aussi facilement acceptée ».

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