Avec sa visite en Iran, le Hamas fait un pied de nez à la réconciliation palestinienne
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Avec sa visite en Iran, le Hamas fait un pied de nez à la réconciliation palestinienne

Le groupe terroriste signale qu'il n'abandonnera jamais ses armements et affiche son indépendance face à l'Egypte avec un voyage surprise à Téhéran

Dov Lieber est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Les chefs du Hamas et du Fatah  se rencontrent à Gaza pour évoquer la réconciliation palestinienne le 22 avril 2014. De gauche à droite : le leader du Hamas  Moussa Abu Marzouk, le responsable du Fatah Azzam Al-Ahmed, le chef du gouvernement du Hamas Ismail Haniyeh, et le président-ajoint du parlement palestinien Ahmed Bahar (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)
Les chefs du Hamas et du Fatah se rencontrent à Gaza pour évoquer la réconciliation palestinienne le 22 avril 2014. De gauche à droite : le leader du Hamas Moussa Abu Marzouk, le responsable du Fatah Azzam Al-Ahmed, le chef du gouvernement du Hamas Ismail Haniyeh, et le président-ajoint du parlement palestinien Ahmed Bahar (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)

Au début de la série actuelle de pourparlers consacrés à la réconciliation palestinienne, le Hamas est apparu soucieux de travailler avec l’Egypte pour trouver un accord et pour mettre un terme à dix ans de rivalité amère avec le Fatah qui contrôle l’Autorité palestinienne.

Mais une haute-délégation de responsables de l’organisation terroriste est allée effectuer une visite inattendue en Iran, semant le doute sur les efforts qui visent à l’unité.

Lorsque les discussions ont commencé, il semblait que le Hamas avait su faire le point – qu’il avait analysé le déclin de son positionnement à l’international et qu’il avait bien vu les souffrances en termes de chômage élevé et les crises écrasantes de l’eau et de l’électricité qui accablent le territoire qu’il contrôle, la bande de Gaza – et qu’il avait compris qu’il devait faire des changements drastiques pour rester au pouvoir.

Puis il y a eu l’affaire de l’Egypte. Le Caire a une forte emprise sur le Hamas dans la mesure où il peut partiellement supprimer le blocage handicapant de l’enclave qui dure depuis 11 ans et qui mettrait fin à des années de limitations des déplacements et stimulerait l’économie gazaouie. La haute-direction du Hamas a dorénavant son siège à Gaza et, sans l’autorisation de l’Egypte, elle est donc dans l’incapacité de quitter le territoire.

Alors tandis que les tentatives de réconciliation antérieures entre le Hamas et le Fatah ont échoué, les deux factions palestiniennes ont affirmé qu’avec l’aide de l’Egypte, de véritables progrès seraient envisageables.

Cette perspective s’est assombrie durant le week-end quand une haute délégation du Hamas, qui comprenait le chef politique adjoint du groupe, Salah al-Arouri, s’est rendue de manière inattendue en Iran, faisant l’article de cette visite sur son média officiel.

Au début du mois, c’est Arouri qui a personnellement signé un accord au Caire permettant au gouvernement de l’Autorité palestinienne de reprendre le contrôle de Gaza sous le regard attentif du ministre égyptien des Renseignements Khalid Fawzi.

Et deux semaines plus tard, Arouri s’est trouvé à Téhéran, jurant « l’élimination d’Israël » et serrant la main de responsables iraniens qui ont promis que le soutien de la république islamique – notamment une aide militaire – continuerait à se renforcer « jour après jour ».

Lundi, Hossein Sheikholeslam, conseiller du ministre des Affaires étrangères iranien Javad Zarif, a indiqué au site d’information lié au Hamas, al-Shehab, que « nous donnerons au Hamas tout ce qu’il réclame à l’Iran ».

Depuis le début du processus de réconciliation, le Hamas a indiqué qu’il n’abandonnerait pas le contrôle de son armée forte de 25 000 hommes. Et en même temps, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a précisé qu’il ne permettrait la circulation d’aucune arme hors du contrôle de son gouvernement. En conclusion, les deux parties ont décidé qu’elles ne traiteraient pas de cet obstacle au cours du stade initial des négociations.

Avec ce déplacement en Iran, le Hamas envoie un message à l’Egypte et à l’AP qu’il ne se soumettra pas.

C’est également un rejet manifeste de l’exigence israélienne que le Hamas coupe ses liens avec l’Iran.

Le ministre iranien des affaires étrangères Javad Zarif (centre, à droite) rencontre de hauts-responsables du Hamas à Téhéran le 7 août 2017 (Capture d'écran)
Le ministre iranien des affaires étrangères Javad Zarif (centre, à droite) rencontre de hauts-responsables du Hamas à Téhéran le 7 août 2017 (Capture d’écran)

Pour sa part, depuis le voyage d’Arouri à Téhéran, Abbas et ses adjoints ont clairement établi que, malgré des informations livrées dans les médias et affirmant le contraire, ils n’ont pas abandonné leur demande que leur soit remis le contrôle de toutes les armes à Gaza.

« Il n’y aura pas de milices » à Gaza », a déclaré lundi Abbas dans une interview accordée à l’agence de presse chinoise officielle Xinhua. « C’est bien ce que nous entendons par la réconciliation et c’est ce à quoi nous travaillons », a-t-il dit.

Lundi également, le conseiller politique d’Abbas Ahmad Majdalani a détaillé ce que le président de l’AP entendait en parlant de contrôle total de la bande de Gaza, lors d’une interview accordée à Palestine TV.

« Nous imposerons notre contrôle à Gaza sur la terre et sous la terre », a-t-il déclaré, faisant une référence manifeste aux tunnels creusés par l’aile militaire du Hamas dont certains s’étendent jusqu’en Israël. Le groupe terroriste avait utilisé ces tunnels pour s’infiltrer au sein de l’état Juif durant la guerre de l’été 2014.

Le Hamas affirme que ses armes sont nécessaires dans le cadre de la « résistance » à Israël. Majdalani a expliqué que si le Hamas devait conserver ses armements, « toute faction pourrait former une milice le lendemain, en disant : « Ce sont les armes de la résistance et vous ne pouvez pas les toucher’… Ce n’est pas imaginable », a-t-il ajouté.

L’Egypte doit encore commenter le voyage du Hamas en Iran, même s’il est probable que ce déplacement aura agacé le Caire. Lundi, le président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi a répété que le Caire et l’Iran n’entretenaient pas de liens d’amitié.

Khaled Fawzi, chef des services de renseignements égyptiens, avec Azzam al-Ahmad du Fatah, à gauche, et Saleh al-Arouri du Hamas, à droite, avant la signature d'un accord de réconciliation au Caire, le 12 octobre 2017. (Crédit : Khaled Desouki/AFP)
Khaled Fawzi, chef des services de renseignements égyptiens, avec Azzam al-Ahmad du Fatah, à gauche, et Saleh al-Arouri du Hamas, à droite, avant la signature d’un accord de réconciliation au Caire, le 12 octobre 2017. (Crédit : Khaled Desouki/AFP)

« Cela fait presque quarante ans que nos relations avec l’Iran sont rompues. Nous cherchons à réduire les risques de tensions existants et à assurer la sécurité de nos frères dans le Golfe », a-t-il déclaré sur France 24 lundi soir, en se référant au conflit qui oppose les pays du Golfe arabe et l’Iran.

Connaissant très exactement les tensions persistantes entre le Caire et Téhéran, le Hamas a néanmoins choisi de rendre public son déplacement en Iran, ce qui souligne la certitude que le groupe peut encore fonctionner indépendamment de l’Egypte.

Abbas, dans l’entretien accordé à Xinhua, a semblé désapprouver l’intervention iranienne dans les affaires internes palestiniennes, disant : « Nous voulons la réconciliation, l’unité, et que personne n’interfère dans nos affaires internes parce que nous ne nous mêlons pas des affaires des autres ».

« Nous voulons qu’une aide, qu’elle qu’elle soit, fournie par quelque partie que ce soit dans le monde, soit accordée à travers l’Autorité palestinienne », a-t-il ajouté.

Le président du Parlement iranien Ali Larijani a indiqué à la délégation du Hamas au cours du week-end que « ce qui importe, c’est que les factions palestiniennes mettent leurs différences de côtés et s’unissent contre l’entité sioniste ».

Mais grâce à la promesse de l’Iran de continuer – et de renforcer – l’aile armée du Hamas, l’unité palestinienne paraît plus improbable que jamais.

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