Avec son plus long concert en 11 ans, Radiohead prouve qu’il a toute sa place en Israël
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'This is what you get, if you mess with us'

Avec son plus long concert en 11 ans, Radiohead prouve qu’il a toute sa place en Israël

Le groupe britannique a chanté 27 de ses tubes, a évoqué son premier concert à Tel Aviv en 1993 et a brièvement parlé de la controverse du boycott

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Thom Yorke, chef du groupe de rock britannique Radiohead, en concert au Pak HaYarkon de Tel Aviv, le 19 juillet 2017. (Autorisation)
Thom Yorke, chef du groupe de rock britannique Radiohead, en concert au Pak HaYarkon de Tel Aviv, le 19 juillet 2017. (Autorisation)

Quarante-sept mille groupies en furie ont afflué vers le Park Hayarkon de Tel Aviv pour écouter Radiohead jouer dans l’État hébreu pour la première fois en 17 ans mercredi soir et saluer la résistance du groupe face aux activistes anti-Israël qui appelaient à l’annulation du concert.

Ces dizaines de milliers de fans, tous ceux qui ont économisé le prix d’un billet et aussi ceux qui ont écouté depuis la pelouse, derrière les barrières, ont eu droit au plus long concert de Radiohead en 11 ans, selon une estimation de Reddit. Vers ce qui semblait être la fin du concert, le chanteur principal, Thom Yorke, qui a été relativement calme toute la soirée, a clamé à la foule « Nous n’avons pas encore fini ! Nous avons fait tout ce chemin. Nous allons jouer à nous en brûler les doigts ! »

Outre les protocolaires « merci » et autres « yalla » (allez ! en hébreu), qui lui ont valu l’approbation de la foule, les autres propos tenus par Yorke sur scène durant le concert évoquaient la controverse liée à leur représentation à Tel Aviv.

Durant les mois précédant le concert, un groupe d’activistes qui soutiennent le boycott anti-Israël ont appelé Radiohead à annuler le concert, comme ils le font régulièrement avec tous les artistes se rendant en Israël, en raison selon eux de la politique israélienne menée envers les Palestiniens.

Le groupe de rock britannique Radiohead, en concert au Park HaYarkon de Tel Aviv, le 19 juillet 2017. (Autorisation)
Le groupe de rock britannique Radiohead, en concert au Park HaYarkon de Tel Aviv, le 19 juillet 2017. (Autorisation)

Contrairement à de nombreux artistes – ils sont une minorité à annuler, la plupart d’entre eux maintiennent leurs spectacles et ignorent les critiques – Radiohead a répondu avec virulence à la pression exercée par le mouvement BDS, la qualifiant de condescendante, et indiquant que le fait de jouer en Israël ne signifie en aucun cas approuver la politique d’un gouvernement.

« Ils jouent pour les gens, pas pour le gouvernement » du Premier ministre de droite israélien Benjamin Netanyahu, s’est de son côté exclamé dans la foule Sarai Givaty, un musicien de 35 ans.

Yorke n’a pas développé sur les détails de l’argumentaire, mais a déclaré calmement à la foule : « On en a beaucoup parlé, mais au bout du compte, on a fait de la musique », avant de lancer la dernière chanson de la soirée, « Karma Police », de son album « OK Computer ».

Un spectateur originaire d’Afrique du Sud, âgé de la trentaine et mariée à une Israélienne, a confié au Times of Israël en français, aimé le groupe mais pas au point de venir au concert. Avec la polémique, il a acheté deux places à 479 shekels l’une et a entraîné sa femme au Parc HaYarkon pour soutenir et saluer la décision du groupe de maintenir le concert.

Le concert faisait partie de la tournée du groupe pour son dernier album « A Moon Shaped Pool », ainsi que pour le vingtième anniversaire de « OK Computer ».

Le groupe de rock britannique légendaire a joué 27 chansons de leur répertoire vieux de 25 ans, notamment la chanson qui l’a rendu célèbre en Israël, « Creep ». (En 2006, le concert du groupe comptait 28 chansons.)

Yorke, flanqué d’un jean noir moulant, d’un t-shirt col V, arborant une barbe de quelques jours et un man-bun a commencé par chanter ce tube de 1992 – il était sorti sous forme de single avant d’être intégré, en 1993, à « Pablo Honey », avec des souvenirs du premier concert du groupe en Israël, un concert de trois nuits à Tel Aviv.

« Donc, euh, en 1993, nous sommes venus ici. Quelque part dans un endroit qui s’appelait Roxan. N’est-ce pas, Johnny ? », a déclaré Yorke en s’adressant au guitariste Johnny Greenwood, marié à une Israélienne qu’il avait rencontrée en tournée.

« Je pense que nous avions joué celle-ci », a affirmé Yorke, avant de se lancer dans la chanson, accompagné du public dans le parc.

« I’m a creep. I’m a weirdo. What the hell am I doing here? I don’t belong here », scandaient les fans.

Le groupe de rock britannique Radiohead, en concert au Park HaYarkon de Tel Aviv, le 19 juillet 2017. (Autorisation)
Le groupe de rock britannique Radiohead, en concert au Park HaYarkon de Tel Aviv, le 19 juillet 2017. (Autorisation)

Les fans présents au concert de mercredi soir formaient une foule hétéroclite. Des trentenaires et des quarantenaires, qui étaient au lycée quand Radiohead est passé en Israël dans les années 1990 ou 2000. Il y avait aussi les fans qui n’étaient pas nés quand « OK Computer » est sorti en 1997, ou qui n’étaient qu’une étincelle dans les yeux de leurs parents quand l’animateur de la radio musicale GalGalatz, Yoav Kutner, avait fait passer « Creep » à l’antenne pour la première fois en 1992.

Contrairement au concert de samedi soir, de Guns and Roses, aucun blessé sérieux n’a été signalé pendant le concert de Radiohead. Cependant, les ambulanciers de Magen David Adom ont pris en chargé 39 personnes pour déshydratation, état de faiblesse, épuisement, consommation abusive d’alcool, et ont dû hospitaliser une personne.

L’argument de Yorke, qui affirmait que les fans écoutant sa musique sont différents de leur gouvernement s’est révélé vrai durant la chanson « No Surprises ».

Quand Yorke a atteint le verset « Bring down the government, they don’t speak for us », (« Faites tomber le gouvernement, ils ne parlent pas pour nous »), une salve d’applaudissements inattendue s’est élevée de la foule. On aurait dit que la cinquantaine de milliers de personnes présentes n’appartenaient pas à l’électorat du Likud.

Le groupe de rock britannique Radiohead, en concert au Park HaYarkon de Tel Aviv, le 19 juillet 2017. (Autorisation)
Le groupe de rock britannique Radiohead, en concert au Park HaYarkon de Tel Aviv, le 19 juillet 2017. (Autorisation)

Radiohead a entonné « Daydreaming », suivi de « Lucky ». Le groupe a maintenu une ambiance détendue avec « Full Stop » de son nouvel album « A Moon Shaped Pool » et « Airbag » de « Ok Computer ».

Le groupe a ensuite enflammé l’auditoire avec « 15 Step », un tube vif avec un tempo rythmé. Puis ils ont maintenu l’énergie avec « Myxomatosis » de l’album « Hail to the Thief », avant de faire retomber l’énergie « All I Need » et « Pyramid Song », de l’album « Amnesiac » sorti en 2001.

« Let Down » de « OK Computer » – ai-je précisé que c’était le vingtième anniversaire de l’album ? – a fait hurler la foule. Quelques chansons de ses deux derniers albums « Bloom » de « Kings of Limbs » et « Identikit » de « A Moon Shaped Pool » ont été bien reçus, même si la plupart du public ne semble pas s’y identifier.

Le groupe de rock britannique Radiohead, en concert au Park HaYarkon de Tel Aviv, le 19 juillet 2017. (Autorisation)
Le groupe de rock britannique Radiohead, en concert au Park HaYarkon de Tel Aviv, le 19 juillet 2017. (Autorisation)

Le tube nerveux « 2+2=5 » et « Hail to the Thief », un album presque entièrement dédié à détester l’ancien président George W. Bush, a remporté les suffrages de la foule.

« You can scream and you can shout. It is too late now… », a chanté Yorke, avant un roulement de tambour et l’accompagnement du public.

Le groupe de rock britannique Radiohead, en concert au Park HaYarkon de Tel Aviv, le 19 juillet 2017. (Autorisation)
Le groupe de rock britannique Radiohead, en concert au Park HaYarkon de Tel Aviv, le 19 juillet 2017. (Autorisation)

« Because you have not been paying attention! Paying attention! Paying attention! Paying attention! », a scandé le public.

Les paroles de « Idioteque » toutes aussi cyniques et irritantes et également extraites de « Hail to the Thief », ont ravi l’audience.

Le groupe a quitté la scène juste après cette chanson pour un court entracte, avant de revenir pour le premier des deux rappels, et ont enchanté le public avec « No Surprises » et d’autres chansons plébiscitées, telles que « Paranoid Android » et « Like Spinning Plates ».

Le groupe de rock britannique Radiohead, en concert au Park HaYarkon de Tel Aviv, le 19 juillet 2017. (Autorisation)
Le groupe de rock britannique Radiohead, en concert au Park HaYarkon de Tel Aviv, le 19 juillet 2017. (Autorisation)

Les musiciens ont quitté l’estrade une nouvelle fois après « The Reckoner », et sont revenus pour « Creep ».

Yorke a souligné que le prochain tube qu’ils allaient interpréter avait probablement aussi été chanté lors de leur premier concert à Tel Aviv en 1993.

Yorke et ses acolytes sont ensuite passés à « There There », et trois batteurs jouaient simultanément. Le batteur Philip Selway était à la batterie principale, Johnny Greenwood jouait avec une plus petite batterie, et Ed O’Brien jouait du bongo avec des maillets pour les percussions.

Le groupe de rock britannique Radiohead, en concert au Park HaYarkon de Tel Aviv, le 19 juillet 2017. (Autorisation)
Le groupe de rock britannique Radiohead, en concert au Park HaYarkon de Tel Aviv, le 19 juillet 2017. (Autorisation)

Radiohead a fini sur « Karma Police » de « OK Computer », avec Yorke qui entraînait la foule dans un dernier verset: « For a minute there I lost myself, I lost myself. Phew, for a minute there I lost myself, I lost myself ».

Cette dernière chanson interprétée par les rockers britanniques comporte aussi un couplet – qui peut sans doute être une dernière réponse à la polémique de la tenue de ce concert en Israël : « This is what you get, if you mess with us. »

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