Avec un accord qui « n’a pas changé la donne », les investisseurs se détournent d’Israël
Si les cours boursiers montent dans le monde entier après l'annonce de la fin de la guerre avec l'Iran, Tel Aviv connaît de fortes baisses
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Pendant plusieurs mois, les salves de missiles balistiques iraniens tirées sur Israël, l’escalade des tensions sur le front libanais et les craintes d’une généralisation du conflit n’ont guère ébranlé la confiance des investisseurs dans le marché financier israélien, propulsant les indices boursiers locaux à des niveaux records.
Tout a changé la semaine dernière.
Dans le monde entier, les marchés boursiers ont rebondi alors que les cours du pétrole s’effondraient, portés par les espoirs qu’un nouvel accord entre les États-Unis et l’Iran mettrait fin à la guerre et rouvrirait le détroit d’Ormuz, essentiel au trafic commercial, soulageant ainsi la pression sur l’approvisionnement énergétique, et réduisant l’incertitude économique et géopolitique.
Mais en Israël, lequel a déclenché la guerre aux côtés des États-Unis le 28 février dernier, la réaction des marchés locaux a été inverse : ils ont chuté brutalement dans un contexte de ventes massives. L’écart entre la sous-performance du marché boursier local et celle du marché américain a ainsi atteint son plus haut niveau depuis mars 2025, selon IBI Investment House.
« Alors que les roquettes pleuvaient, au plus fort des hostilités, le marché boursier local s’est montré excessivement optimiste quant à une diminution du risque géopolitique à long terme – le risque lié à l’Iran et au Hezbollah dans le nord », a déclaré Jonathan Katz, économiste en chef chez Leader Capital Markets, au Times of Israel. « Le marché exprime sa déception face au fait que le nouvel accord proposé n’a pas changé la donne. Il craint que l’Iran ne soit en train de se reconstruire et qu’il puisse bénéficier de revenus grâce à la réouverture du détroit d’Ormuz – ce qui laisserait présager de nouveaux conflits à l’avenir, ainsi qu’une résurgence de la menace nucléaire. »
« Il est clair que la menace des missiles balistiques n’a jamais disparu », a déclaré Katz.
L’accord en cours de négociation entre les États-Unis et l’Iran fait craindre au marché local un renversement de situation, dans lequel Téhéran gagnerait en influence tant sur Washington que sur l’agenda régional, après deux ans et demi consacrés par Israël à affaiblir progressivement l’Iran et ses proxys.
Par ailleurs, les responsables israéliens s’opposent farouchement aux termes de cet accord, qu’ils dénoncent comme échouant à atteindre les principaux objectifs de la guerre — notamment l’élimination des programmes nucléaire et balistique de l’Iran, ainsi que la mise en place des conditions nécessaires à la chute du régime.
Le protocole d’accord entre les États-Unis et l’Iran restreint également la liberté d’action d’Israël contre le Hezbollah au Liban, une décision que Jérusalem s’est engagée à défier.
Pour beaucoup en Israël, le discours émanant de Washington, l’allié de longue date le plus important d’Israël, s’est montré étonnamment peu sensible aux préoccupations du pays, les reléguant au second plan par rapport à la volonté de remettre l’économie mondiale sur les rails.
« Certains ont le sentiment qu’Israël a les mains liées face aux pressions américaines, et que ses relations avec le président Trump, notre plus solide allié, se sont légèrement tendues. C’est donc cette prise de conscience que la guerre n’a pas modifié les risques géopolitiques à long terme pour Israël qui est à l’origine de ce repli partiel – partiel, car le marché boursier israélien affiche toujours une belle progression depuis le début de l’année », a fait remarquer Katz.
L’indice TA-125 de la Bourse de Tel-Aviv a reculé de 4,9 % la semaine dernière. Il affiche une baisse de près de 8 % depuis le début du mois. Cet indice de référence reste toutefois en hausse de 11,4 % depuis le début de l’année, une progression alimentée par l’optimisme quant à la fin des hostilités dans la région et quant à une amélioration du contexte géopolitique.
L’indice TA-35, qui regroupe les valeurs phares, a perdu 4,6 % la semaine dernière, ramenant son gain depuis le début de l’année à 14 %. L’indice TA-90, qui suit les actions à plus forte capitalisation non incluses dans l’indice TA-35, a chuté de 5,9 % et n’affiche plus qu’une hausse de 1,9 % cette année. Lundi, le TA-35 a reculé de 0,4 % et le TA-90 a chuté de 2 %.
« L’excès de confiance pendant la guerre était exagéré, et le pessimisme ambiant de la semaine dernière semble également exagéré », a souligné Katz.
Au cours de la même période, aux États-Unis, l’indice S&P 500 a progressé de 0,9 % et l’indice composite Nasdaq a bondi de 2,4 %.
« C’est un signe que la réalité géopolitique est moins optimiste », a indiqué Rafi Gozlan, économiste en chef chez IBI Investment House. « La dynamique positive du marché local s’est essoufflée. »
Même s’il est plongé dans la période de combats la plus longue et la plus intense de son histoire, Israël a vu ses principaux indices boursiers franchir plusieurs records au cours des deux dernières années, récupérant rapidement après une chute brutale initiale au début de la guerre contre le groupe terroriste palestinien du Hamas en octobre 2023.
En 2024, année marquée par des combats intenses à Gaza et au Liban, ainsi que par la toute première attaque directe de l’Iran contre Israël, la bourse de Tel Aviv (TASE) a été la place boursière qui a connu la plus forte progression au monde.
Jusqu’à cette semaine, les marchés boursiers poursuivaient leur ascension fulgurante. Les investisseurs pariaient en effet massivement sur le fait que les succès militaires d’Israël, soutenus par les États-Unis, contre le programme nucléaire iranien, et contre les proxys iraniens déjà affaiblis au Liban, en Syrie et à Gaza, allaient changer la donne et réduire les risques pesant sur la sécurité et l’économie d’Israël.
Pendant des décennies, la menace iranienne a fait planer une ombre sur l’horizon économique d’Israël. Les rapports des investisseurs locaux et mondiaux, les agences internationales de notation et les prévisions par pays l’ont citée comme une menace géopolitique majeure.
Selon Gozlan, la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, ainsi que les combats sur plusieurs fronts, ont également suscité chez les investisseurs l’espoir d’un Moyen-Orient transformé et, potentiellement, d’une nouvelle ère de paix et de prospérité économiques dans la région, laissant entrevoir des opportunités très attendues avec les voisins d’Israël.
« Le marché local avait intégré des scénarios trop optimistes. Même si, en général, les marchés sont tournés vers l’avenir, dans ce cas précis, la réaction aux développements réels sur le terrain a été tardive », a estimé Gozlan.
La perspective d’une amélioration de la situation sécuritaire dans la région, conjuguée aux succès militaires d’Israël, a également contribué à renforcer l’optimisme des investisseurs et à les inciter à acheter des shekels.
La monnaie locale, qui a récemment atteint son plus haut niveau depuis 33 ans face au dollar, s’est dépréciée d’environ 0,75 % la semaine dernière. Depuis début juin, le shekel a perdu 5,2 % de sa valeur face au dollar. Toutefois, vendredi dernier, il affichait toujours une hausse de 7,3 % depuis le début de l’année.
« Après un excès d’exubérance et ce qui semble désormais être un excès de pessimisme, de nombreuses incertitudes subsistent concernant l’avenir », a expliqué Katz. « Si les négociations actuelles avancent et que l’accord entre les États-Unis et l’Iran tient, si le calme règne totalement au Liban et si la situation mondiale s’apaise avec le maintien de l’ouverture du détroit d’Ormuz, alors les marchés sont susceptibles de se corriger – car ils ont fluctué dans les deux sens. »
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