Avraham B. Yehoshua : « pourquoi nous allons vers un Etat binational »
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Avraham B. Yehoshua : « pourquoi nous allons vers un Etat binational »

Ancien défenseur d'une solution à deux Etats, l'auteur du récent Tunnel explique pourquoi il a abandonné cette vision de la résolution du conflit

L'écrivain israélien A.B. Yehoshua (Crédit: Chen Leopold/Flash90)
L'écrivain israélien A.B. Yehoshua (Crédit: Chen Leopold/Flash90)

L’auteur et lauréat du prix d’Israël A.B. Yehoshua publie son 19e roman Tunnel – qui vient d’être traduit en français – où les questions de fin de vie et d’Alzheimer côtoient les problématiques relatives aux implantations et aux relations entre Juifs et Arabes en Israël.

« Au cœur du Tunnel, on trouve un couple aimant de longue date, dont le mari, Zvi, ingénieur des ponts et chaussées à la retraite, retourne sur le terrain afin d’activer son cerveau et freiner un début d’Alzheimer, » raconte L’Express qui l’a rencontré. « C’est dans le désert du Néguev qu’il opère. Sa mission ? Tracer une route militaire secrète débouchant sur une station d’écoutes. Mais, pour éviter de raser une colline sur laquelle vivent quelques Palestiniens sans papiers, il lui faut convaincre l’État de financer un tunnel… »

C’est en français qu’A. B. Yehoshua a répondu à l’interview, une langue apprise lors d’un long séjour à Paris de 1963 à 1967, avec sa femme doctorante en psychanalyse. Depuis, la France et son modèle laïc et républicain gardent une place spéciale dans le cœur de l’auteur.

Dans les colonnes de L’Humanité, l’écrivain détaille pourquoi il a aujourd’hui abandonné la défense d’une solution à deux Etats pour lui préférer un Etat binational :

« Tout le mouvement de la colonisation qu’Israël a entreprise à partir de 1967 était basé sur la conception de la mémoire, » estime-t-il, regrettant que ce concept de mémoire grève toute possibilité de paix entre des Israéliens rêvant de l’Israël biblique et des Palestiniens réclamant le droit au retour.

« C’est pourquoi David Ben Gourion, premier ministre d’Israël à deux reprises, est allé dans le désert, là où il n’y a pas de mémoire, en disant : c’est notre place, c’est une terre vide, nous ne nous mêlons à personne. C’était pour lui une manière de dire qu’il ne fallait pas être esclave de la mémoire. Il faut être conscient que la moitié de l’État d’Israël est un désert très peu peuplé avec des choses magnifiques et un potentiel énorme. Mais, au lieu de mettre de l’énergie dans ce désert, on investit énormément d’argent dans les colonies [implantations] des territoires occupés. Et aujourd’hui, on ne peut plus faire partir les colons [résidents d’implantations] installés là-bas. C’est pourquoi nous allons, de fait, vers un État binational ».

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